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Pyramide de femmes, 1937
Épisode 2 :

Les coiffeuses de Château-d'eau

27 min
À retrouver dans l'émission

Au 57 boulevard de Strasbourg à Paris, 18 coiffeuses sans papiers sont en grève depuis huit mois.6 jours sur 7, de 9h à 23h, elles tressent, tissent, collent des mèches et font les ongles, pour quelques centaines d’euros qui parfois ne leur sont parfois pas données. Récits de femmes en lutte.

Les coiffeuses de Château-d'Eau
Les coiffeuses de Château-d'Eau Crédits : Martine Abat - Radio France

Elles sont d'origine africaine, parfois chinoise. Elles sont coiffeuses, travaillent beaucoup mais ne gagnent presque rien. Et pour cause : elles subissent l'oppression et l'exploitation de patrons guidés par le profit. Un jour, elles décident de faire valoir leurs droits : aidées de la CGT, les coiffeuses du 57, à Paris, se mettent en grève.

Aminata a 20 ans. Elle est guinéenne. Arrivée en France en 2012, elle fait une demande d'asile, mais ne parvient pas à être scolarisée. Elle décide alors d'aller travailler à Château-d'Eau. 

Au fur et à mesure, je travaillais. Mais c'était vraiment un calvaire. J'habitais dans le 91, il fallait que je me réveille à 6h30 pour me préparer et m'habiller. J'étais là dès 9h-9h30, six jours sur sept, du lundi au samedi. Jusqu'à 22h ou 23h. Tant qu'il y avait de la clientèle, on ne prenait pas de pauses.

Aminata et ses collègues sont payées par tête et par pourcentage : sur 1000 euros de chiffres d'affaire, les coiffeuses ne touchent ainsi que 300 à 400 euros par mois. Le reste, c'est pour les patrons.

On n'avait pas de droits : ils profitaient de cela pour nous exploiter. On n'avait pas le droit de se plaindre, car la police pouvait nous rapatrier.

Pour Aminata, cette situation est toujours meilleure que la prostitution. Avec l'argent qu'elle gagne, elle essaie d'aider sa famille en Guinée en lui envoyant de l'argent. Face à l'exploitation, elle s'engage avec ses collègues. Ensemble, elles font appel à la CGT et commencent la grève pour faire valoir leur droit. Au bout de huit mois, la lutte est toujours aussi difficile :

Nous occupons les locaux. Les gens viennent nous aider financièrement. On essaie de se partager tout pour avoir à manger. C'est dur. Parfois, on se réveille le matin, désespérée. Tu n'as pas de revenus, mais tu dois manger tous les jours. [...] Il ne faut compter que sur soi.

Fatou, elle, est ivoirienne. C'est une pionnière du salon. Coiffeuse de formation et de métier, elle est spécialisée dans les cheveux afro. En France depuis 2013, elle a dû quitter sa Côte d'Ivoire natale car sa vie devenait trop difficile. Hébergée dans une centre d'urgence, elle a été comme beaucoup démarchée dans la rue pour travailler dans les salons de coiffure.

J'aimais bien, mais là on me fait perdre le goût d'un métier que j'aime depuis longtemps. 

Malgré toutes les difficultés et la solitude, Fatou ne veut pas inquiéter sa famille restée en Côte d'Ivoire. Son combat, elle le mène avec ses collègues et amies : 

Le combat que l'on mène, c'est un combat que l'on trouve juste. Il faut aller jusqu'au bout. Vu le traitement d'esclavagisme qu'il existe ici, il faut que les autorités agissent un jour, pour améliorer la situation. On a reçu des menaces de mort. Ça demande du courage, ce que l'on fait.

Fatou veut être régularisée pour avoir une vie meilleure et payer ses impôts, qui sont pour elle la preuve d'une vie réussie et d'une insertion. Si l'emprise des patrons rend l'action difficile, la grève a fini par payer : en portant plainte , les coiffeuses ont réussi à avoir des fiches de paies et être régularisées.

On est du côté de la vérité. [...] Quoi qu'il en soit, on sait que la loi ne va pas nous lâcher.

Alphonse, burkinabé, est caissier du salon. Lui aussi est exploité et sous-payé. Il sait que les patrons mènent une politique aussi vicieuse qu'illégale, qui leur permet de diviser pour mieux régner. 

Ici, les gens préfèrent avoir le gain que le bien. 

Au salon, Alphonse mène la lutte avec toutes ses collègues. Comme Aminata et Fatou, il est animé par le courage, et tait les difficultés qu'il affronte, notamment pour ne pas inquiéter sa mère.  

Reportage : Martine Abat

Réalisation : Emmanuel Geoffroy

Merci à Aminata, Alphonse, Fatou, à Mariam, et la petite Leslie. Merci aussi à Maryline Poulain de la CGT. 

Musique de fin : "Africain à Paris", Tiken Jah Fakoly - Album : L'Africain, 2007.

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