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Campement de consommateurs de crack le long du jardin d'Eole
Épisode 7 :

Les crackés du nord-est de Paris

28 min
À retrouver dans l'émission

Dans le nord de Paris, les consommateurs de crack sont régulièrement déplacés par la police, provoquant chaque fois la colère des riverains, mais qui sont-ils ? Rencontre avec Asma, une consommatrice chevronnée.

Campement de consommateurs de crack le long du jardin d'Eole
Campement de consommateurs de crack le long du jardin d'Eole Crédits : Ian Langsdon - Maxppp

Les premiers consommateurs se sont d'abord réunis autour du métro Stalingrad dans le XVIIIe arrondissement de Paris, puis le camp s’est déplacé dans la fameuse colline du crack, située porte de la Chapelle. Lorsqu'elle est détruite en 2019, les crackés reviennent à Stalingrad puis sont déplacés aux jardins d’Éole au printemps dernier. Mais tout récemment, suite à une grande mobilisation des riverains, le camp du parc d’Éole a été démantelé et déplacé porte de la Villette. Notre collaboratrice Adila Bennedjaï-Zou s'est rendue à une manifestation. Elle y a rencontré les riverains et les consommateurs de crack du jardin. 

Les riverains excédés

Lors de la manifestation, les riverains du jardin d’Éole clament leur colère et leurs revendications : il faut à tout prix sortir les usagers de crack de la rue et ouvrir des salles de consommation.  

Il faut nommer l'état d'urgence stupéfiant dans la France et dans l'Europe. Le crack a envahi nos rues, et aujourd'hui on a des gens qui sont de vrais sociopathes. Ils s'en prennent aux enfants et aux gens vulnérables. 

Les manifestants dénoncent la misère et l'insécurité qui règnent aux abords du campement. Ils se disent régulièrement pris à partie par les consommateurs et ce parfois violemment. Une riveraine s'inquiète de l'effet de cet environnement sur ses enfants. 

Ils font leurs besoins devant tout le monde ces gens-là ! 

Asma, fumeuse de crack

Asma, elle, est une consommatrice chevronnée. Elle fume du crack depuis trente ans. 

Nous, les femmes, en fait, on consomme, mais c'est la rue qui nous tient. Asma

Elle se rend quotidiennement dans le jardin d’Éole pour se procurer de quoi fumer. 

En vingt-quatre heures, tu vas avoir peut-être cinq vendeurs en fréquence. Ce qui représente en moyenne quatre-vingts euros tous les jours. Asma

Pour pouvoir acheter tous les jours sa substance, Asma se prostitue. Elle consomme parfois avec ses clients. La drogue lui permet de s'oublier et de s'abandonner tout à fait pendant la prestation sexuelle.

Les clients aiment les filles qui fument. Elles sont plus maniables. Asma

Asma prend régulièrement une chambre dans un hôtel de la rue Pajol, un hôtel où la prostitution et la consommation de crack sont tolérées.  

Dans l'hôtel, tu entends les briquets toute la nuit, c’est l'hôtel des fumeurs et des putes. Asma

Pour elle, c'est le jackpot quand un client l'y emmène : la chambre et sa consommation lui sont offertes pour la nuit. Elle peut y fumer à loisir, même si elle garde en tête que la nuit à l'hôtel, c'est avant tout du travail : 

Parce que t’es obligée de baiser, il n’y a pas que fumer. Asma

"Ils pourraient être nos enfants !"

Cela fait dix-neuf ans que Patrick vit dans un appartement donnant sur le jardin d'Éole. Il considère avoir toujours cohabité avec des toxicomanes et cela ne lui a jamais posé problème. Mais, avec le démantèlement de la colline du crack en février 2019, il y a eu un tel afflux d'usagers que la situation est devenue invivable.

Un jour, mon fils, Antonin, qui avait l'habitude depuis très longtemps d'aller jouer sur les terrains de foot du parc d'Eole avec tous les ados du quartier, rentre, en me disant d'un air assez triste : "On n'a pas pu jouer, il y avait les toxs qui étaient installés sur les terrains." Patrick

Dès lors, les ados désertent les terrains de football. Patrick s'en indigne : il ne peut pas laisser faire ça ! Il décide donc d'organiser une manifestation avec d'autres riverains, qui, comme lui, souhaitent mettre fin à l'empire du crack dans leur rue. Si certains manifestants demandent à ce que les consommateurs soient chassés du quartier, Patrick, lui, appelle à l'empathie. Selon lui, les salles de consommation ne devraient pas être éloignées des villes et des habitations, comme le réclament certains riverains. 

Il y a des slogans dans la manifestation qui disent : "On veut bien prendre en charge les toxicomanes, mais dans des centres, loin des habitations !" Ah oui, la belle affaire. Mais moi, ce que je leur dis, c'est que ça pourrait être leurs enfants ! Patrick 

Merci à Daniel Keller. 

Reportage : Adila Bennedjaï-Zou

Réalisation : Clémence Gross

Mixage : Fabien Capel

Musique de fin : "Send me" de Tirzah.

Pour aller plus loin :

- l'article de Denis Cosnard, "Crack à Paris : le schéma pour résoudre un problème vieux de trente ans se heurte à l’hostilité des riverains", Le Monde, 1er octobre 2021.   

-  l'article du Collectif du 19 mai qui porte sur l’efficacité réelle des lieux de consommations, "Visite d'une salle de consommation pour usagers de crack", VST - Vie sociale et traitements, 2011/2 (n° 110), p. 13-16. 

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