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A Paris, le 12/09/2020

Les forces du désordre : CRS et manifestants

28 min
À retrouver dans l'émission

Une course poursuite entre une femme en fauteuil roulant et un canon à eau, une rencontre imprévue entre deux gilets jaunes et un crs racontant sa pire manifestation en vingt ans de métier. Entre Toulouse et Paris, trois récits, trois profils singuliers avec pour point commun : la violence.

A Paris, le 12/09/2020
A Paris, le 12/09/2020 Crédits : GEOFFROY VAN DER HASSELT - AFP

Alors que certains points du texte de la loi de Sécurité Globale ravivent les tensions entre policiers et manifestants, la question des violences et de son impunité est au centre des débats.

Les scènes de débordement lors de manifestations sont devenues fréquentes. Les uns dénoncent les violences policières et leur impunité auprès de la loi tandis que, de l'autre côté de la barricade, on fustige ceux qu'on appelle les casseurs.

- Le premier récit se passe le 1er décembre 2018 à Paris, pendant l'acte 3 des gilets jaunes. Un CRS délégué UNSA raconte particulièrement quelques heures où il doit déloger des manifestants d'un hôtel particulier donnant sur l’arc de Triomphe. 

Son métier était une vocation, il le pratique depuis septembre 2006. Son travail consiste normalement à encadrer les manifestations pour éviter les débordements. Pendant longtemps, lors des manifestations, lui et ses collègues avaient pour ordre de rester passif.

On nous a clairement indiqué de désormais répondre aux violences qu'on subissait.

Le 1er décembre 2018, avec les gilets jaunes, ça a été plus de 12 heures de bagarre de rue. Je n'ai jamais vu de manifestation aussi violente.

L'armurier venait nous ravitailler de l'autre côté de la barricade, on n'avait plus rien et, de l'autre côté, on entendait dire "il faut en buter un". 

En une seule journée, j'ai tiré 70 cartouche de LBD, autant qu'en 20 ans de carrière dans la police. 

S'il reconnait le devoir d'exemplarité de sa profession, il évoque la fatigue et les violences subies à répétition pour justifier une contre-violence qu'il estime légitime et nécessaire au maintien de l'ordre et de la sécurité de ses collègues.

Si on n'avait pas réagi par la violence le 1er décembre 2018, il y aurait eu des policiers qui seraient morts.

- Dans le cortège des gilets jaunes, le 13 avril 2019 à Paris du côté de la rue de Rivoli, lors de l’acte 22, des manifestants de toute la France et de tous les âges, se rencontrent.

Il y a des provocations, on nous incite à la violence, on a des blessés. Quand on ne casse pas, on ne nous écoute pas. 

Entre manifestants et policiers, les tensions sont palpables, mais chacun fait plus ou moins attention à ne pas faire d'amalgames. 

Moi, j'ai du respect envers les bons flics. Les CRS, je les respecte, ce sont les vrais. A l'acte 6, ils ont enlevé leurs casques, ils ont baissé leurs boucliers et ont discuté avec nous pendant près de 30 minutes. 

Nous rencontrons deux hommes qui se dirigent vers l'hôtel de ville, afin de rejoindre le cortège de l'acte 22. L'un a 19 ans, l'autre 48. Tous deux sont remontés contre l'Etat, le capitalisme et la police. 

On ne va rien lâcher, on va continuer à se battre. 

- Odile est quinquagénaire. Atteinte d’une maladie génétique, elle se déplace en fauteuil électrique depuis une vingtaine d’années. Elle se bat contre le "validisme", c'est-à-dire les discriminations contre les personnes vivant un handicap. Le combat contre le validisme a pour but de rendre accessible tous les espaces, y compris les manifestations aux personnes en situation de handicap.

J'ai pensé que c'était important que les personnes qui ont des problèmes de mobilité soient présentes, de manière visible.

Témoin des violences lors des manifestations des gilets jaunes, elle a besoin de s'équiper pour se protéger mais aussi de filmer les altercations avec les policiers. Elle raconte une attaque des forces de l'ordre où elle a manqué d'être éjectée de son fauteuil avant de subir cinq fractures au pied et une entorse.

C'est une question de principe, je refuse d'être violentée. Je ne répond pas à la violence mais je suis caustique, je me moque d'eux. Je revendique la provocation, c'est le minimum face à un Etat autoritaire qui nous violente.

Convoquée en correctionnelle pour outrage à agent et usage d'arme, elle découvre que l'arme en question est en fait son fauteuil roulant.

Je n'aime pas la violence, je ne l'approuve pas, mais je peux la comprendre.

Reportage : Valérie Borst 

Réalisation : Anne-Laure Chanel

Merci à Odile, Céline Boussié, Jessie Castane, David Michaux et aux personnes rencontrées dans les manifestations.

Chanson de fin : "Never give up" de Son Little, Album : Aloha (2020), Label : Antin, Inc.

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