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Un ours brun obsevé par deux photographes animaliers.

L'homme et l'animal, deux histoires

28 min
À retrouver dans l'émission

L’anthropologie a mené Marc Higgins à toutes sortes d’aventures : des prisons londoniennes aux babouins de Namibie en passant par les limaces. Jean-Jacques Camarra, quant à lui, est biologiste. Il a passé sa vie dans les hauteurs pyrénéennes, aux côtés des ours.

Un ours brun obsevé par deux photographes animaliers.
Un ours brun obsevé par deux photographes animaliers. Crédits : Michel Melford - Getty

Mark est un anthropologue anglais de 42 ans. Ses travaux portent notamment sur la vie quotidienne et l’environnement, l’habitat et tout ce qui entoure l’Homme. Élevé dans une banlieue de Londres, il a vite développé un intérêt pour la nature :

J'étais toujours assez pris dans la nature, dans les feuilles, à dessiner, à rêver un peu. C’était mon monde. J’ai toujours eu cette passion pour le monde naturel et les animaux.

Après des études de zoologie, il se voit proposer un jour de partir en Namibie pour étudier la transmission de maladies entre certaines espèces animales. Au milieu du désert aride, il affronte une pandémie qui décime la population de chacals. Mark apprend progressivement à les suivre et les étudier :

On passait tous nos journées à les suivre dans le désert, à dormir à côté d'eux. On les suivait huit heures par jour et à force de les suivre pendant six mois, j’ai commencé à connaître une petite douzaine de chacals. C'étaient des personnalités : on suivait leur vie amoureuse, leurs bébés, toutes les différentes trames de leur vie. Quelques-uns ont commencé à venir assez près, une sorte de d'apprivoisement mutuel se faisait.

Après cette première expérience incroyable, Mark doit rentrer en Angleterre. Il écume les petits boulots, quand on lui propose un jour de repartir. L’institut de zoologie grâce auquel il est parti en Namibie manque de volontaires. Face à une telle opportunité, Mark ne bronche pas : il se rend non loin des lieux de sa première expérience, pour étudier cette fois-ci le mode de vie des babouins.

Accompagné de ses collègues, l'anthropologue entre en immersion au plus près de ces grands singes. Son but est d’observer les relations sociales et les rapports qu’entretiennent différentes espèces entre elles. C’est aussi l’occasion d’en apprendre plus sur les babouins.

C’était vraiment un apprentissage très dur : comment être poli dans cette communauté ? Comment ne pas faire des trucs merdiques pour se faire engueuler ensuite par les singes ? Ils avaient tous des noms de maladies. Le mâle dominant s’appelait TB, pour tuberculose. Les deux principaux étaient Ebola et Tuberculose.

Les premiers temps d’observation ne sont pas très aisés : étranger au sein de la communauté, l’anthropologue enchaîne les petites bévues...

J'ai passé pas mal de temps à leurs côtés, mais chaque jour je faisais des conneries. Je passais un buisson trop vite, sans faire attention, ils il me voyaient tout à coup et commençaient à crier. Et là c'était le chaos.

Au fil des semaines, les observateurs sont progressivement intégrés au groupe. Ainsi, lorsqu’une femelle en chaleur ne parvient pas à trouver de mâle pour s’accoupler, les humains lui semblent la solution ultime :

Elle a passé toute la journée à essayer d'avoir l'attention des différents mâles toute la journée. Mais ils l'ignoraient et la fin de la journée, elle est venue devant nous et elle s'est présentée. On s'est dit qu’on était vraiment les derniers du troupeau. Mais dans ces petits moments là, on voit à quel point il y avait plein de rapports qui se dessinent.

Pendant plusieurs mois, Mark et ses collègues suivent les babouins pour passer du temps avec eux. Ils traversent les contrées et les rivières, escaladent des falaises, et découvrent avec les grands singes une nouvelle fenêtre sur le monde. Tant et si bien qu’un jour, à l’ombre d’un mesquite, Mark décide de s’allonger pour se reposer, sous le regard interloqué de babouins…

Jean-Jacques, lui, a connu une expérience plus sombre avec les animaux. Aujourd’hui retraité, il a longtemps travaillé sur les ours à l’Office national de la chasse et de la faune sauvage dans les Pyrénées. 

L’ours, ici, c’est un voisin. C’est comme un homme sauvage qui me rend visite de temps en temps, extrêmement intelligent et extrêmement robuste. Il est là, tout comme moi, et je ne suis ni plus ni moins fait de la même chair que lui.

Au fil de ses recherches, Jean-Jacques a parcouru les sentiers et les forêts, jusqu’à identifier un ours, en 1993, grâce à des appareils photographiques. Intrigué, il procède à une série d’analyses avec des généticiens et découvre qu’il s’agit d’une jeune femelle, dont la fourrure lui inspire le nom de Cannelle :

Elle vivait ici, autour de la maison, dans la forêt qui est au-dessus. Bien évidemment, on s'attache à ces animaux puisqu'ils sont quand même très durs à voir. Et quand on les voit, c'est un peu la fête. C'est vraiment comme des amis qu'on aime beaucoup et qu'on voit rarement. Moi, cette femelle, je l'ai suivie pendant de 1993 à 2004.

En 2004, Cannelle est la dernière ourse des Pyrénées. Elle devient mère d’un ourson, baptisé Carmelito. Mais un jour, un journaliste appelle Jean-Jacques : une ourse a été tuée. Jean-Jacques comprend que Cannelle est morte. Elle a été victime de chasseurs peu chevronnés :

J’ai été vraiment très, très surpris. La dernière femelle avec un petit, abattus ? Comment ? Comment est ce possible ? Ça m'a quand même traumatisé.

Défait, Jean-Jacques fait son deuil, tout en décidant de ne pas trop s’acharner sur le chasseur, qui sera par la suite condamné. Néanmoins, le sort tragique de Cannelle aura provoqué la réintroduction d’ours dans les Pyrénées. « Pas fier », mais « vraiment heureux », confie le retraité…

Reportage : Stéphanie Thomas, Clawdia Prolongeau

Réalisation : Emmanuel Geoffroy

Merci à Mark et Jean-Jacques, au Théâtre de la ville et à Martine Abat.

Musique de fin : "The Cross", Jim Yamouridis, Seb Martel, Sarah Murcia & Warren Ellis - Album : Into the Day, 2011 - Label : Stalight Walker.

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