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 L'ogre du lait : Lactalis, une firme sans foi ni loi
Épisode 2 :

Belle-Île-en-Mer parviendra-t-elle à quitter Lactalis ?

28 min
À retrouver dans l'émission

A Belle-île-en-mer, sur les 10 éleveurs de vaches laitières, 9 travaillent pour Lactalis. Ces derniers sont peu payés. Leur lait est transporté quotidiennement, aux frais de la communauté de communes de Belle-île-en-mer, par bateau et camions dans les usines du groupe Lactalis sur le continent.

L'ogre du lait : Belle-île-en-mer parviendra-t-elle à quitter Lactalis ?
L'ogre du lait : Belle-île-en-mer parviendra-t-elle à quitter Lactalis ? Crédits : Disclose / Nicolas Serve

Disclose en partenariat avec Les Pieds sur terre a enquêté sur le système Lactalis pendant un an. Des dizaines de témoignages inédits ont été recueillis, des centaines de documents administratifs et judiciaires ont été analysés, de nombreux spécialistes interrogés. Ce travail dévoile pour la première fois l’étendue des dérives dissimulées au consommateur par le géant laitier. Manquements à la sécurité alimentaire ; pollution des rivières ; dissimulation d’informations ; faillite des mécanismes de contrôle ; course aux profits ; évasion fiscale à grande échelle ; chasse aux lanceurs d’alertes… Loin, donc, de la prétendue « stratégie de proximité, respectueuse de son environnement, de ses hommes et exigeante en matière de qualité sanitaire », vantée par la communication officielle de la multinationale.

A Belle-Île-en-Mer, au large de Quiberon, quasiment tous les éleveurs de vaches laitières travaillent pour Lactalis, le géant des produits laitiers. Lactalis a peu à peu racheté toutes les laiteries du coin, les éleveurs n'ont pas eu leur mot à dire. 

Des éleveurs sous le joug des distributeurs 

Lactalis a tout racheté, on les a subis, on ne nous a pas demandé si on était d'accord. Il n'y aura jamais de dialogue, ils décident des prix, content ou pas content c'est comme ça. Un éleveur 

Il faut savoir que l'île est dépendante du continent en termes d'alimentation à environ 90%, le lait produit sur l'île est envoyé sur le continent dans les usines Lactalis pour finir par être importé. Une aberration écologique et économique. 

D'autre part, les éleveurs de vaches laitières sont soumis au prix de vente du lait, fixé par les industriels et les supermarchés. A bout, les éleveurs réfléchissent à une façon de revaloriser leur lait, produire moins mais mieux. 

Les gros industriels n’ont pas de sentiments pour les éleveurs. Il y a un contrat et tout ce qui compte, c'est de respecter le contrat. Un éleveur 

En 2016, alors que le prix du lait est très bas, les éleveurs trouvent l’aide d’une association locale, le Centre Permanent d'Initiatives pour l'Environnement. L'idée est de mettre en place une laiterie sur l’île afin de transformer le lait localement, garder la valeur ajoutée, et permettre à Belle-Île de retrouver une partie de son autonomie alimentaire. 

On pourrait faire moins de lait mais mieux valorisé, on aurait moins de boulot mais mieux payé. Il vaut mieux faire du lait plus cher avec peu de vaches, que du lait mal payé avec beaucoup de vaches. Un éleveur 

Les vaches à Belle-île-en-Mer
Les vaches à Belle-île-en-Mer Crédits : Mary-Anne Bassoleil

Une coopérative laitière locale ? 

Mary-Anne Bassoleil est ingénieure dans l'agroalimentaire, elle se donne corps et âme pour qu'une laiterie voit le jour à Belle-Île-en-Mer. Elle a mené des études de marché sur le territoire et constate l'évolution sur place : alors que dans les années 1970, l'île comptait une quarantaine d'éleveurs de vaches laitières, aujourd'hui il n'en reste qu'une dizaine. 

95% de ce qu'on consomme sur l'île est importé du continent. Ce qui est consommé sur l'île en une année est à peu près équivalent à ce qui est produit sur l'île. Sauf que sur les dix éleveurs qui produisent du lait, huit d'entre eux remettent toute leur production à Lactalis. Mary-Anne Bassoleil

Le projet de création d'une coopérative laitière donne de l'espoir aux producteurs de lait de l'île. Les élus locaux sont favorables au projet, mais celui-ci prend du temps à se développer, cela fait plusieurs années que l'idée a été lancée mais rien n'est encore en place. En attendant, la communauté de communes a acheté le camion de collecte du lait et finance cette collecte à hauteur de 75 000€ par an. 

Visite d'une ferme à Belle-île-en-Mer.
Visite d'une ferme à Belle-île-en-Mer. Crédits : Mary-Anne Bassoleil

Entre espoir et désillusion, ceux qui cherchent à quitter le système Lactalis 

De nombreux éleveurs de l'île se sont fait une raison, ils ne croient plus au projet de création d'une coopérative laitière locale. Et pour cause, les subventions de la région accordées à l'agriculture intensive font polémique : depuis 18 ans, les collectivités bretonnes versent environ 1 million d'euros par an à Lactalis. 

Les élus disent, en tout cas, qu'un tel projet serait bénéfique pour l'île et la région, puisqu'en créant des produits de terroir, on rencontre le désir du public qui cherche à consommer plus local. Le fait est que le projet est né il y a 4 ans, mais jusqu'à aujourd'hui, rien n'est fixé, aucun lieu n'a été choisi pour accueillir la coopérative

Il n'y a pas de retard des pouvoirs publics, c'est le temps qu'il faut pour bien choisir et implanter ce projet. On ne peut pas faire n'importe quoi, et nous avec l'argent public encore moins.  Annaïck Huchet

Face à la cristallisation du projet, certains agriculteurs ont décidé de partir de leur coté. C'est le cas de Frank, éleveur laitier qui a décidé de sortir du système Lactalis pour remettre tout son lait à Maude, fromagère belliloise. Ensemble, ils décident de l'alimentation des bêtes, de l'apport de pesticides aux cultures et du prix du lait. 

On a bien étés clairs au début, Maude voulait moins de maïs dans la ration, plus aucun aliment OGM -alors que j'étais le premier à acheter de l'aliment OGM à Belle-Île, comme quoi, on change- tout en baissant l'apport de pesticides sur les cultures. Frank

On ne change pas les pratiques d'une année à l'autre, on y va étape par étape. Frank

Paysage Bellilois.
Paysage Bellilois. Crédits : Mary-Anne Bassoleil
  • Reportage : Inès Léraud
  • Réalisation : Emmanuel Geoffroy

Merci à Tous les éleveurs rencontrés sur l'île, les élus et le CPIE de Belle-Île-en-Mer, Mary-Anne Bassoleil, Caroline Trouillet et Marion Baillet.

Une enquête d’Inès Léraud, réalisée par Les Pieds sur Terre en partenariat avec le média d'investigation Disclose. L'enquête "L'ogre du lait" est à retrouver en intégralité sur le site de Disclose.

Morceau de fin : "Get What We Want" de "Whilk & Misky" - Album "My Round" - 2017

Pour en savoir plus : 

L'enquête complète "L'ogre du lait" 

À Belle-Île, l’agriculture s’affranchit du continent 

Le courrier adressé à Olivier Allain, vice-président en charge de l'agroalimentaire au Conseil Régional de Bretagne, resté sans réponse :

Les éleveurs du GIEE « Transformation laitière à Belle-Ile » :
M. Patrick Canevet, EARL de Domois, Bangor
M. Xavier Samzun, GAEC de Borticado, Sauzon
M. Yves Caro, GAEC de l’Armorique, Le Palais 

À M. Olivier Allain
Vice-Président en charge de l’agriculture et l’agroalimentaire
Conseil Régional de Bretagne    
Le Palais, 01 juin 2020

Objet : Demande de soutien pour l’installation d’une laiterie coopérative à Belle-Ile-en-Mer    

Monsieur le vice-président, 

Comme vous le savez, nous travaillons maintenant depuis plusieurs années sur le projet d’installation d’une laiterie coopérative à Belle-Ile-en-Mer. Nous avions eu l’occasion de vous en présenter les premiers éléments au cours d’une réunion sur l’agriculture belliloise le 10 mai 2019. Vous trouverez ci-joint une présentation détaillée de l’état d’avancement du projet. 

Après avoir passé en revue un grand nombre de scénarios, et confrontés à l’inexistence d’une solution plus adaptée, nous avons réussi à identifier un bâtiment qui nous permettrait de démarrer cette activité dans des délais raisonnables. Ce bâtiment, aujourd’hui propriété intercommunale, se situe à proximité de l’abattoir de Belle-Ile. L’aménager pour en faire une laiterie permettrait de constituer un pôle alimentaire local. Par ailleurs, les investissements nécessaires à cet aménagement et à l’équipement de ce local sont raisonnablement envisageables, eu égard à nos capacités financières personnelles et nos capacités d’emprunt. 

Nous avons réuni nos élus locaux au mois de janvier 2020 pour leur présenter cette solution, ainsi que les modalités administratives (relatives notamment aux documents d’urbanisme) à mettre en œuvre pour que nous puissions installer l’activité de transformation du lait dans ce bâtiment. 

A ce jour, aucune démarche permettant de faire avancer cette piste n’a été entreprise par les élus. Bien sûr, le confinement et l’incertitude générée par le report des élections municipales sont sans doute un frein à la prise d’une décision concertée autour de notre proposition.  

Néanmoins, la situation de crise générée par l’épidémie de coronavirus a mis en lumière la nécessité de revoir très rapidement nos systèmes agricoles et alimentaires, et de les orienter vers des modèles  plus résilients, bâtis sur une agriculture de proximité et autonome. Notre future laiterie s’inscrit parfaitement dans cette perspective. Aussi, nous sommes déterminés à poursuivre nos efforts pour mener ce projet collectif à bien. 

Nous avons besoin, surtout en ces temps difficiles, de votre soutien pour encourager nos élus locaux à nous épauler dans la mise en œuvre de notre laiterie et en particulier à étudier dès que possible et en détail cette piste de localisation.  

Dans cette perspective, nous souhaiterions pouvoir échanger par téléphone avec vous rapidement sur la façon la plus pertinente d’enclencher un dialogue et une action concertée des élus autour de notre projet, à l’échelle intercommunale, avec l’appui des structures qui nous accompagnent. 

Comptant sur votre mobilisation et restant à votre disposition, nous vous prions d’agréer, Monsieur le vice-président, nos sincères salutations.    

Les éleveurs laitiers et leurs associés,
MM. Canevet, Samzun, Caro
Mme Bassoleil et M. Pingault.

Bibliographie

L'omerta alimentaire: On empoisonne nos enfants !

L'Omerta Alimentaire : On empoisonne nos enfants !Editions Kiwi, collection Lanceurs d’alerte, 2019

Intervenants
L'équipe
Production
Production déléguée
Réalisation
Avec la collaboration de
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