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"Into the Woods", 2016
Épisode 2 :

Black à part

28 min
À retrouver dans l'émission

Une personnalité et des choix déroutants. Plus il cherche à se faire discret, plus la légende du peintre texan Kermit Oliver grandit. Plus il se mure dans le silence, plus ceux qui l'ont croisé manifestent leur admiration et leur affection pour cette personnalité atypique.

"Dans les bois", 2016
"Dans les bois", 2016 Crédits : Kermit Oliver, Collection Privée - Galeries Hooks-Epstein

Être étudiant et artiste à l'époque de la lutte pour les Droits Civiques

Les manifestations et les tensions autour de l'obtention des droits civiques se déroulent sous les yeux de jeune homme de Kermit Oliver. 

En 1970, Kermit Oliver devient le premier artiste noir à exposer dans une grande galerie de Houston alors qu'il est alors fraîchement diplômé de la Texas Southern University (université qui compte aujourd'hui encore 80% d'étudiants noirs et a été à l'avant-garde à l'époque de la ségrégation). 

Sa faculté fait partie de ce qu’on appelle aux Etats-Unis “les universités historiquement noires”. Son mentor de l'université, John Biggers, redoute que les blancs qui décident de l'exposer le fassent pour l'exploiter alors même que, quelques années plus tôt, les noirs n'étaient encore acceptés que le jeudi dans les musées, ils leur étaient fermés le reste de la semaine. 

Pas de militantisme mais un engagement par l'art

Kermit Oliver passe une dizaine d'années à l'université en plein mouvement des Droits Civiques. S'il ne s'implique pas directement dans cette lutte et n'est pas, à proprement parler, un militant, le campus garde comme trace de son passage une fresque mettant en scène les violences subies par les populations afro-américaines. 

Kermit n’était pas passif, il était créatif. Ce que j’ai fait, personne ne s’en souvient à part moi, lui, ça appartient à l’histoire. Il parle avec une toute petite voix, c’est son art qui le fait parler. Robert Jones

Une des scènes marquantes de cette période intervient un soir lorsque des policiers tirent des milliers de balles sur les fenêtres du dortoir des jeunes hommes de la T.S.U. Un policier est tué lors de cette attaque et près de 500 étudiants sont interpellés. L’enquête conclut que la balle qui a tué le policier a été tirée par un policier et les étudiants sont finalement innocentés. A la même période, de grandes figures de la lutte pour les droits civiques, comme Martin Luther King, sont assassinées par balle. 

L'érudition et l'humilité

Robert Jones, aujourd'hui avocat, était étudiant à la Texas Southern University en même temps que Kermit Oliver. Robert et sa femme Velma ont bien connu l’artiste. Ils mettent en avant ses qualités humaines et le génie de son art, ils semblent animés par une admiration inconditionnelle. Kermit Oliver se démarque aussi auprès de ses camarades par sa grande culture et ses lectures pointues qui vont de Proust à Dante en passant par Goethe. 

Il est tant décrit comme une apparition, un personnage de mythologie, par ceux qui ont croisé sa route et qui l'évoquent, des sanglots dans la voix, qu'on en vient presque à douter de son existence véritable. 

Kermit avait une telle aura. Il ne dit rien et on ne voit que lui, sa présence. _Ça se voyait qu’il n’était pas à l’aise mais il dominait les choses_

Les moments que vous passez avec Kermit sont des moments dont vous vous souvenez toute votre vie. Kermit est de ces hommes auxquels les hommes voudraient ressembler.

Il fait un choix déroutant pour un artiste de son envergure, mais qui illustre son humilité et son désir de discrétion. Entre 1978 et 2013,  de minuit à 8h30 du matin, 5 jours par semaine, il exerce le métier de postier en triant des lettres et des colis, à Houston puis à Waco où il déménage. Ce métier lui permet d'assurer un revenu stable pour sa famille et lui laisse toute la journée pour se consacrer à son art, dans l'atelier de son domicile. 

Quand on a tant de talent, on ne perd pas son temps en dormant. Alvia Wardlaw

Tournage, écriture, montage, réalisation : Anne Lamotte

Musique originale, mixage : Léo Poumey

Musique de fin : "Freedom" de Jimi Hendrix.

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