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A l'usine Goossens de Marcq-en-Baroeul (Nord), octobre 2013.

Ma grève de la faim

28 min
À retrouver dans l'émission

Pourquoi et comment décide-t-on de faire une grève de la faim ? Comment arrêter aussi ? Trois histoires aux quatre coins de la France.

A l'usine Goossens de Marcq-en-Baroeul (Nord), octobre 2013.
A l'usine Goossens de Marcq-en-Baroeul (Nord), octobre 2013. Crédits : © Pierre Le Masson - Maxppp

Jean-Jacques Diaz habite à Mérignac, dans le sud ouest de la France, et a rejoint les gilets jaunes dès le premier jour pour défendre « ceux qui n’ont rien ». Il participe avec eux aux blocages et occupations de rues, ronds-points et péages. Déçu par l’intervention télévisée du Président de la République, il décide d’entreprendre une action plus radicale, symbolique. 

Dire qu’on ne mange pas, se mettre en danger, tout le monde le comprend, ça interpelle les gens.

Jean-Jacques installe son camion sur la place du marché de Saint-Gaudens et commence une grève de la faim qui ne laisse pas les habitants indifférents.

J’ai rencontré une mémé qui me disait : "Monsieur, ne vous mettez pas en danger, ils n’en valent pas la peine !".

Il raconte la solidarité des habitants mais aussi l’incompréhension de sa famille. Il veut son action forte, pour qu’on se préoccupe des gens "qui n’ont rien".

Au bout d’un moment je me foutais de savoir si j’allais vivre ou mourir. L’esprit prend le dessus sur le corps. On est dans une sorte de lévitation.

Au bout de dix jours, ayant perdu quatorze kilos, il interrompt sa grève de la faim, mais continue de croire à la mobilisation des gilets jaunes.

Ma grève de la faim m’a montré que les gilets jaunes, ça relie les gens et ça pourrait changer la donne. Je veux y croire.

Après avoir été licencié pour incapacité physique, Eric Herguault choisit de vivre dans un camion aménagé. Un jour, il découvre que son camion ne passera pas les nouvelles normes du contrôle technique.  Il dénonce alors cette nouvelle mesure et souhaite qu’elle soit annulée.

J’ai décidé de faire une grève de la faim pour mobiliser les gens.

Je n’ai pris pendant vingt jours que mes deux cafés, un verre de jus d’orange et de l’eau.

Pendant sa grève de la faim, il échange avec d’autres personnes confrontés au même problème. Conseillé par des associations, il modifie son véhicule, démonte les tuyaux de gaz, cache ses plaques de gaz, replie son matelas et réussit le contrôle technique.

Je suspends ma grève, mais je ne l’arrête pas. Car si on ne fait rien, ça va péter dans peu de temps. Et vous voyez, ça n’a pas loupé.

Klo et Michel Le Déan habitent Saint-Nazaire. En 2008, ils apprennent que trois ouvriers grecs du chantier naval ont entamé une grève de la faim. Installés dans le hall de la mairie de Saint-Nazaire, Nikos, Boris et Leonidas ne mangent rien pendant dix-neuf jours. Klo et Michel racontent l’engagement des trois hommes, leur détermination face à l’injustice de leur employeur.

En désespoir de cause, comme rien n’avançait, Nikos, Boris et Leonidas ont décidé de faire leur grève de la faim.

Un grande solidarité se met en place : une centaine de personnes viennent soutenir les trois hommes, leur parler, s’occuper de leur linge et veiller sur eux.

Les derniers jours, on a vraiment cru qu’ils allaient les laisser mourir. 

Nikos, Boris et Leonidas obtiennent finalement les dédommagements qu’ils souhaitent. Mais le retour en Grèce n’est pas aussi heureux qu’on l’attendait.

On ne sait pas si la mort de Nikos est liée ou non à sa grève de la faim.

  • Reportage : Ilana Navaro
  • Réalisation : Yaël Mandelbaum

Merci à Jean-Jacques Diaz, Eric Herguault, Klo et Michel Le Déan.

Chanson de fin : "Mercy" par Jim Yamouridis - Album : "The Other Side" (2018).

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