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Marcelle dans sa boutique.

Marcelle, vendeuse de lingerie

27 min
À retrouver dans l'émission

À 78 ans, Marcelle tient encore une boutique de lingerie dans un petit village de la Nièvre. Dessous en dentelles, strings, jarretelles et balconnets : tout se perd dans ce village de plus en plus désert, mais Marcelle tient le coup.

Marcelle dans sa boutique.
Marcelle dans sa boutique. Crédits : Stéphanie Thomas - Radio France

Marcelle a 78 ans et tient une boutique de lingerie depuis plusieurs années déjà. 

Cela se passe quelque part dans la Nièvre, pays de forêt et de secrets bien cachés, pays de lettrés et cher à notre cœur puisqu’y vit le grand écrivain Gérard Oberlé. C'est une boutique qui survit tant bien que mal, une boutique tenue par Marcelle, septuagénaire spécialiste de lingerie, qui vient de recevoir la livraison d'une marque "du feu de Dieu".

Marcelle et la lingerie, c'est une histoire d'amour, une histoire de savoir. Elle a vu les époques changer et les clientes défiler :

Beaucoup de femmes, quand elles sont en cabine, ne savent pas attacher leur soutien-gorge par l’arrière. [...] 6 femmes sur 10 ne savent pas enfiler un soutien-gorge.

À force de vendre et de conseiller les clientes, Marcelle sait ce qui pèche chez les femmes : elles sont dans l'erreur. Certaines ignorent leurs tailles, leurs bonnets, ou ne savent simplement pas ce que sont des bretelles.

Quand elle reçoit Huguette, la commerçante fait une belle démonstration :

Hé bah Huguette, quand elle achète un 90B, elle achète le slip avec, elle achète l’ensemble. Quand elle achète du bleu en haut, elle veut pas mettre du blanc en bas !

Soixante ans de vente, ça ne s'oublie pas. Mais voilà : le commerce perd du terrain, et c'est un grand jour quand une personne - autre que le postier - pousse la porte de sa boutique. Malgré tout, Marcelle a conservé sa bonne humeur et le sens des affaires.

J’ai trouvé une maxime : "vendre une vieille lapine pour une belle vache". Voilà tout le secret du commerce !

La commerçante connaît tous les petits secrets de ses clientes, et n'hésite pas à élaborer ses propres théories : la manque d'originalité des hommes, la déliquescence de l'Église anti-avortement, les répercussions de l'usage des cartes bancaires, la mascarade de Noël ou la splendeur de Colette. 

Quand les femmes n'achètent pas d'ensembles complets, Marcelle ironise.

Elles achètent leurs slips ailleurs. Je me dis que c'est des sans-culottes !

Qu'on l'aime ou qu'on la haïsse, Marcelle est une institution. Elle est là depuis 60 ans, à observer la ville. Jadis, elle aimait regarder à travers la fenêtre le distributeur de préservatifs qui se trouvait en face de chez elle. Elle y voyait des situations drôles, parfois cocasses. 

Moi, depuis 60 ans, la rue je l'observe, je la vis, je la comprends et je la décortique. Chaque individu qui passe, je sais un peu ce qu'il pense...

Insatiable, Marcelle continue à travailler. C'est selon elle pour exorciser une angoisse universelle - la peur de la mort. 

Je me suis déjà sentie morte ! Plus sentir son corps, plus sentir son âme, plus sentir rien du tout, sentir se liquéfier... ça m’est arrivé. Depuis, c’est pour ça que j’aime le travail !

La mort, justement, fascine la commerçante. Elle voudrait se faire incinérer, pour une raison bien particulière :

Moi je vais pas emmerder mes enfants avec le pot de chrysanthèmes à la Toussaint, ça sûrement pas !

Et quand on lui demande ce qu'elle fait pendant la journée, face au manque cruel de clients, Marcelle répond poétiquement :

Je photographie les arbres morts. Ils sont tout seuls, ils sont perdus, et ils ont vécu. Ils sont dénudés, ils sont des squelettes...

Reportage : Stéphanie Thomas

Réalisation : Benjamin Hû

Chanson de fin :"J'aime", Brigitte Fontaine - Album : J'ai l'honneur d'être.

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