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Ouvrières et ouvriers du Net, leur boss est un algorithme ou un robot.

Mon boss est un algorithme

28 min
À retrouver dans l'émission

Julie est micro travailleuse et elle a entraîné Cortana, l’assistante vocale de Microsoft. Nassim, lui, était livreur pour Deliveroo et son temps de travail était décidé par un algorithme. Deux histoires de micro travailleurs précaires qui posent d'importants problèmes éthiques.

Ouvrières et ouvriers du Net, leur boss est un algorithme ou un robot.
Ouvrières et ouvriers du Net, leur boss est un algorithme ou un robot. Crédits : PeopleImages - Getty

Julie a été micro travailleuse. Après toute une série de tests – non rémunérés – elle est acceptée, dit-elle, par le site de recrutement, suite à quoi elle est envoyée sur une plateforme de micro travail appartenant à Microsoft. Son travail consiste à entraîner Cortana, l’assistante vocale de Microsoft, dans la plus grande précarité. Pour ce faire, elle écoute les conversations et corrige les fautes de l’intelligence artificielle. 

La société qui m’employait était chinoise, mon manager était basé en Italie, le site fait référence à l’Espagne en ce qui concerne les mentions légales et les paiements venaient des Etats-Unis.

Au bout d’un moment, il n’y avait plus assez de travail, nous étions trop nombreux à avoir été recrutés. On aurait dit un groupe de vautours qui se jetaient sur toutes les transcriptions qui arrivaient sur la plateforme de micro travail.  C’était impressionnant de voir les chiffres descendre d’un coup. En cinq minutes, les trois milles transcriptions avaient disparu.

Il fallait faire entre cent-vingt et cent soixante-dix transcriptions à l’heure. Si on en faisait moins, on était expulsés et si on en faisait plus, on était rappelé à l’ordre en nous disant qu’on bâclait notre travail.

Même si Julie parvient à obtenir des transcriptions, son salaire ne dépasse jamais plus de six-cents euros. Son micro-travail est précaire, dans la solitude de son salon ou de sa chambre. D’autre part, l’entrainement d’assistants vocaux pose également des questions éthiques : écoute de conversations privées, employés non soumis à des clauses de confidentialité, enregistrement de conversations alors que assistant vocal n’a pas été sollicité… Ces écoutes pratiquées par de nombreuses entreprises d'informatique mettent en péril le droit à la vie privée et donnent lieu à des questionnements encore inédits. 

Parfois, Cortana se déclenchait de façon non-sollicitée, donc elle enregistrait quelque chose alors qu’on ne l’avait pas activée. C’est là où des pistes pouvaient durer trois minutes. Elle est aussi connectée à la X-box, donc on entendait les conversations de personnes qui jouent à des jeux en réseau.

C’étaient des choses complètement privées, les gens n’avaient clairement pas conscience que d’autres personnes allaient entendre leur conversation. Je ne me doutais pas que j’allais avoir accès à toutes ces données personnelles et confidentielles. C’était hyper-alarmant.

De son coté, Nassim a été livreur pour Deliveroo et lui aussi a été un micro travailleur précaire. Il n’a jamais rencontré de représentant. Il dit lui-même que son patron était un algorithme. Peu importe la météo, il effectuait ses livraisons. Au début, il recevait des primes lorsqu’il pleuvait ou neigeait. Mais, en 2019, les primes ont soudain disparu. Pire encore, une nouvelle tarification entre en vigueur : Deliveroo s’aligne sur les prix de Uber Eats et divise le salairedes livreurs par deux.

J’ai travaillé pendant l’hiver 2018. Je suis arrivé à 62 heures par semaine. Une commande toute les douze, treize minutes.

Après avoir participé à un mouvement social suite à la baisse drastique de son salaire, Nassim reçoit un mail qui lui annonce la fin de son contrat. Aucun motif de renvoi n’est mentionné. Grace à un journaliste du Huffington Post, il découvre qu’il est en fait soupçonné d’avoir volé des commandes qu’il était censé livrer. Le comble étant qu’aucune preuve ne peut être avancée par l’entreprise.  

On travaille pour un robot. Ce n’est pas de l’humain.

En tant qu’indépendant je n’ai pas droit au chômage. En ayant travaillé cinquante-cinq heures par semaine, en ayant fait plus de deux-cent heures par mois pendant presque un an, je n’ai pas droit au chômage donc à partir de demain, je suis à 0€ par mois.

  • Reportage : Martine Abat
  • Réalisation : Anne-Laure Chanel

Merci à Julie et Nassim.

Musique de fin : "Everyday robots”, Damon Albarn.

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