LE DIRECT
Etre licencié du jour au lendemain

Monaco, licenciements à l'américaine

28 min
À retrouver dans l'émission

A Monaco, où le revenu par habitant est parmi les plus élevés du monde, l'article 6 du code du travail stipule qu'un employeur peut licencier un employé sans motif, telle une épée de Damoclès au-dessus de la tête de chaque salarié. Trois histoires.

Etre licencié du jour au lendemain
Etre licencié du jour au lendemain Crédits : zodebala - Getty

Après cinq, dix ou vingt ans de travail à Monaco, ils ont perdu leur emploi du jour au lendemain en vertu de l’article 6 du code du travail monégasque, qui stipule que : "le contrat de travail à durée indéterminée peut cesser par la volonté de l'une des parties". Trois hommes racontent l’envers de la flexibilité. 

Code monégasque
Code monégasque Crédits : Stéphanie Thomas - Radio France

A quarante-huit ans, Frédéric est embauché dans une entreprise à Monaco pour développer une marque et son réseau de distribution mondial. Ses employeurs, français, en s’installant dans la Principauté, peuvent profiter de la flexibilité qu’offre le code du travail grâce à son article 6. 

L'article 6 du Code monégasque
L'article 6 du Code monégasque Crédits : Stéphanie Thomas - Radio France

Au début, tout se passe bien pour Frédéric, mais peu à peu, ses conditions de travail se dégradent. 

Je subissais des insultes au quotidien, devant les gens que je manageais, une ambiance de travail très dix-neuvième siècle. Frédéric

Il tente de discuter, s’insurge contre ces mauvais traitements. Jusqu’à ce qu’un jour, il reçoit une convocation.

Mon patron m’a demandé de m’asseoir puis m’a dit : "T’es viré, tu dégages, je veux plus voir ta sale gueule de con, t’as vingt minutes pour dégager". Je suis parti en pleurs, avec ma sacoche et mon ordinateur. Frédéric

Au début, c’était une tentative de licenciement pour faute grave, alors que mon dossier était vierge. L’employeur a compris que j’allais me défendre, donc la faute grave est devenue faute. Puis, comme il a compris que j’irai jusqu’au bout, ça s’est terminé en article 6. C’est là où l’utilisation de l’article 6 est totalement fallacieuse. Frédéric

Frédéric raconte la brutale descente aux enfers qui a suivi son licenciement.

Je gagnais très bien ma vie. Du jour au lendemain, mes revenus ont été divisés par deux, j’ai dû vendre tout ce que j’avais et avec ma femme et mes enfants, on s’est retrouvé à quatre dans un 21 m². Frédéric

Un autre habite et travaille à Monaco depuis vingt-deux ans. Pendant dix-huit ans, il est très heureux de son travail jusqu’à ce qu’après une restructuration, sa direction tente de le pousser à bout.

On m’a empêché de faire des heures sup tout en me donnant beaucoup plus de travail ; j’arrivais plus tôt sans pointer pour avoir le temps de tout faire. Je changeais d’horaires toutes les semaines. (...) On attendait que je n’en puisse plus pour me reprocher des choses.

Il finit par être licencié, comme beaucoup d’autres. 

Maintenant, je travaille en intérim. On dit que c’est un travail précaire mais en fait, comme un CDI ne veut pas dire grand-chose à Monaco, ce n’est pas si mal.

Rino, lui, Italien d’origine écossaise, a commencé à travailler à Monaco en 1995, comme concierge dans un hôtel de luxe. Constatant que les conditions de travail de sa profession se détériorent, il tente de faire appel à des syndicats, non sans difficulté.

On me dit qu’il n’y a pas de syndicat à Monaco. Si, il y a l’USM, l’Union des Syndicats de Monaco. Ça faisait trente-cinq ans qu’ils essayaient de mettre les pieds dans le palace où je travaillais, sans jamais y arriver. Rino

Peu de temps après son adhésion à l’USM, Rino est licencié au moyen de l’article 6. 

Je leur dis qu’on ne peut pas licencier un délégué syndical avec l’article 6, ils me répondent : "C’est pas vous, les communistes, qui faites la loi". (...) En représailles, on a détruit ma Vespa, coupé les freins de ma voiture. Mais il fallait que quelqu’un ait le courage de faire ce que je faisais. Rino

  • Reportage : Stéphanie Thomas
  • Réalisation : Clémence Gross

Chanson de fin : "Lungo Treno del Sud" par Tony Del Monaco - Album : "Morricone Arrangement, Vol. 2" (2008) - Label : Diamond Days 

Playlist à emporter

En cliquant sur "Ajouter à..." vous pourrez récupérer tout ou partie  de la playlist de cette émission sur Spotify, Deezer ou Youtube.

L'équipe
Production
Avec la collaboration de
Production déléguée
Réalisation

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......