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Vue arrière de diverses femmes se tenant les unes aux autres en sous-vêtements.

On ne naît pas gros

28 min
À retrouver dans l'émission

Gabrielle a 38 ans et pèse 150 kilos. Elle est grosse : c’est le mot qu’elle emploie pour se décrire, un adjectif qui ne devrait pas pour elle être péjoratif, puisqu’on dit bien "une grosse surprise", un "gros chagrin". En revanche, ce dont elle est certaine c'est qu’on ne naît pas gros.

Vue arrière de diverses femmes se tenant les unes aux autres en sous-vêtements.
Vue arrière de diverses femmes se tenant les unes aux autres en sous-vêtements. Crédits : Luis Alvarez - Getty

Dans les années 90 une expression commence à se faire connaître : « fat phobia », la phobie des gros. En France, le terme « grossophobie » est entré au dictionnaire Robert en 2019, il désigne une attitude de stigmatisation, de discrimination envers les personnes obèses ou en surpoids. Les attitudes hostiles envers les personnes grosses sont nombreuses : discriminations, agressions, moqueries, jugements de valeurs. Pourtant l’obésité concerne 17% de la population française et 12% de la population mondiale.  

Gabrielle fait partie de ces personnes qui ont eu du mal à mener leur vie comme bon leur semblait à cause de son poids. Déjà petite, elle ressentait la pression familiale : il fallait être mince, à tout prix. Mais plus on lui demandait de perdre du poids, plus elle en prenait. 

J’ai jamais été grosse quand j’étais petite mais j’étais quand même grosse dans le regard de mes parents. 

J’avais seize ans, presque dix-sept et je me suis dit que ce n’était pas normal il fallait que j’aille voir un docteur et que je perde du poids. Je me disais qu’il fallait que je perde dix kilos. Sauf que je suis allée chez le médecin et il m’a dit d’en perdre vingt.

Je n’ai pas de mal à dire que je suis grosse, ça m’a longtemps fait pleurer de dire que j’étais grosse ou qu’on me dise que j’étais grosse.

On lui diagnostique une maladie des glandes surrénales et on lui prescrit des hormones. Gabrielle continue à prendre du poids malgré le traitement qui n’est pas adapté et lui cause des effets secondaires très indésirables. Peu à peu, elle devient hyperphage, son rapport à la nourriture se détraque. Jusqu’à la fin de ses études dans le secondaire, on lui fait des remarques et des reproches à cause de son poids. Ce n’est qu’à la fac qu’elle se sent délivrée, elle peut enfin faire ce qu'elle veut sans qu'on l'en empêche ou qu'on lui reproche de "prendre la place de quelqu'un de valide". 

Elle suit des études exigeantes, rentre à SciencesPo et poursuis le rêve de devenir journaliste. Mais voilà, une fois les études terminées, le monde du travail se montre grossophobe. 

Vous savez, le QI est inversement proportionnel à l’IMC, l’indice de masse corporelle, donc plus t’es gros plus t’es con. On m’a dit ça en entretien d’embauche.

Malgré les discriminations, elle s’entête à suivre sa propre voie et fonde un blog culturel. De fil en aiguille, elle écrit un livre On ne naît pas grosse.  

Depuis le reportage de Zoé Sfez, l'histoire de Gabrielle a inspiré un téléfilm intitulé "Moi, grosse". Il est diffusé sur France 2 en mai 2019 et a connu un record d’audience. Elle prépare un second livre et organise des séances de sensibilisation à la grossophobie en entreprise et dans les écoles. Gabrielle a largement participé à mettre la grossophobie sur le devant de la scène médiatique et continue à se battre pour elle et pour toutes les personnes qui sont victimes de discriminations à cause de leur poids.  

  • Reportage : Zoé Sfez
  • Réalisation : Philippe Baudouin (et François Caunac)

Chanson de fin : "One for the road" par Rico Jeezus - Album : Deadbeat prophet (2016) - Label : Mad rebel records. 

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