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Deux personnes debout au bout du couloir à l’hôpital.

Orphelins du Covid

28 min
À retrouver dans l'émission

Calixte Songa Mbappé a été emportée par le Covid alors qu’elle travaillait en Ehpad. Parmi ses cinq enfants, deux vivaient encore sous son toit. Aurèle, la fille aînée est infirmière et raconte le besoin de soutien de sa fratrie orpheline.

Deux personnes debout au bout du couloir à l’hôpital.
Deux personnes debout au bout du couloir à l’hôpital. Crédits : FangXiaNuo - Getty

Aurèle a 30 ans. Infirmière intérimaire à la Pitié-Salpêtrière à Paris, elle est la fille de Calixte Songa Mbappé, embauchée comme "agent au chevet" dans un Ehpad. L'institution manque d'aides-soignantes et Calixte Songa Mbappé, pourtant à risque, apporte différents soins aux résidents. Le tout, sans protection.

Au début de l'épidémie, ma mère m'a dit qu'elle n'avait pas de masque. On leur disait que c'était inutile, car c'était juste une grippette. 

Le 16 mars, Calixte Songa Mbappé présente un symptôme grippal. Sur le coup, tout le monde pense à une grippe passagère. Et la mère d'Aurèle continue de travailler.

Si elle se mettait en arrêt maladie, elle savait qu'elle ne serait pas renouvelée. Et puis elle avait aussi une conscience professionnelle, c'était important pour elle de ne pas laisser tomber les personnes dont elle avait la charge. 

Les symptômes s'aggravent et Calixte Songa Mbappé est envoyée aux urgences. Rapidement, Aurèle est rassurée : l'état de sa mère est plutôt stable. La preuve : elle sera transférée à Caen, avec d'autres cas sans gravité, pour être prise en charge et désengorger les hôpitaux de Paris. 

A ce moment là, je suis plutôt confiante, et me dit qu'on en rigolera lorsqu'elle sortira. 

Mais quelques jours plus tard, les médecins lui annoncent qu'ils sont face à un échec thérapeutique. Ils ont tout essayé et sont démunis, disent-ils. Calixte Songa Mbappé décèdera le 1er mai, sans ses enfants.

Je me suis dit que c'était à l'Ehpad de prendre en charge les obsèques. Quand on les a contactés, on nous a répondu qu’ils n'avaient pas les fonds nécessaires. Je leur ai dit : "Si vous aviez fait les choses comme il se devait, ma mère serait là et vous n’entendriez même pas parler de nous". 

Les plus jeunes frères et sœurs d'Aurèle, qui dépendaient encore de leur mère, se retrouvent sans ressource. La famille doit s'organiser, faire face, et elle demande à ce que les pouvoirs publics prennent en main leur situation. 

Ce que nous demandons, c’est que nos frères et sœurs qui dépendaient de ma mère soient pris en charge, en tant que pupille de l’Etat. Monsieur Macron nous avait informés que ce serait mis en place dès septembre. A ce jour, nous n’avons eu aucun retour. 

Chacun a du faire des sacrifices. Le plus jeune frère d'Aurèle a arrêté ses études, à contre cœur, pour trouver un emploi.  Aurèle travaille désormais du lundi au dimanche pour subvenir aux besoins de la fratrie. Elle est maintenant responsable légal de sa plus jeune sœur de quatorze ans et s'occupe également de son frère de vingt deux ans. 

Je n'ai pas le choix. Lorsqu'on a fait appel à la Mairie de Paris, on avait l'impression de les déranger. Mais on ne demande pas l'aumône. On demande juste une prise en charge. 

Ces quelques mois, je me disais que c'était un mauvais rêve, que j'allais me réveiller, que ma mère était toujours en réanimation ou en convalescence. Qu'elle allait revenir. 

  • Reportage : Rémi Dybowski Douat 
  • Réalisation : Cécile Laffon
  • Mixage : Manuel Couturier

Merci à Aurele Kiddi et Mathilde Goannec de Mediapart

Chanson de fin : "Baobab Sunset" de Manu Dibango. 

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