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Arrivée d'un bateau de sauvetage au port de Malaga le 16 novembre 2020

Sauvetages

28 min
À retrouver dans l'émission

Aujourd'hui dans les Pieds sur terre, deux histoires de sauvetage de migrants, avec tout le cœur des marins bretons et le travail de longue haleine d'une enquêtrice du service "Rétablissement des liens familiaux" de la Croix-Rouge française.

Arrivée d'un bateau de sauvetage au port de Malaga le 16 novembre 2020
Arrivée d'un bateau de sauvetage au port de Malaga le 16 novembre 2020 Crédits : SOPA Images - Getty

Philippe Martinez commence la pêche en 1982 et passe son brevet de capitaine en 1997. Il dirige un bateau remorqueur-ravitailleur en haute mer de 72 mètres de long. Il va sauver du naufrage près de deux mille migrants. 

Histoire d'un capitaine

Mon équipe est internationale, on ne parle qu'anglais sur le bateau. La première fois que j'ai vu des migrants, c'était le 20 décembre 2013, au large de Malte, un bateau gonflable embarquant une centaine de personnes est passé sans s'arrêter à vingt mètres de nous. Philippe Martinez

Au large des côtes libyennes, il va faire la rencontre de centaines de migrants. 

C'était en pleine mer, à 80 kilomètres des côtes libyennes. Je reçois un message d'un centre d'organisation des secours de Rome, on nous signale une détresse d'un bateau de migrants. Je décide de m'y rendre. Quand j'arrive sur la zone décrite dans le message, on ne voit rien, la mer était belle. J'informe l'Italie que je n'ai rien trouvé. C'est alors que j'aperçois une embarcation bleue, je me dis que je vais faire cap sur eux pour voir ce qui se passe. Eux s'arrêtent, ils étaient partis des côtes libyennes et ils ont été abandonnés par leur skipper. Il y avait environ 140 personnes à bord. Philippe Martinez

Avec mon équipe, on a décidé de les faire embarquer. Je leur fait signe d'approcher aussi et de venir avec nous. J'appelle les Italiens pour leur dire que j'ai récupéré les migrants, ils envoient un bateau qu'on ne voit pas arriver. Je me retrouve avec 700 personnes sur mon bateau alors que l'équipe n'est habituellement composée que de 20 personnes. L'équipage a beaucoup aidé. Une fois arrivés, les Italiens m'ont dit qu'on avait battu le record du monde de sauvetage ! Philippe Martinez

Quand ils sont tous partis, j'ai eu l'impression d'être vidé, j'avais l'impression d'être leur père à tous. Je n'ai pas eu la larme à l'œil mais presque. C'est étrange de les abandonner comme ça, de ne pas savoir ce qu'il va leur arriver ensuite. En tout, j'ai vu défiler 1 840 personnes. J'ai fait imprimer des cartes de visite avec mes coordonnées pour qu'ils puissent me faire signe. J'aimerais bien un jour ou l'autre recevoir une bonne nouvelle. Philippe Martinez

Ce sont toujours les mêmes conditions qui se répètent : ils sont abandonnés par leur skipper. Sans eau, sans vivres, ils se retrouvent en train de couler en pleine mer. 

Deux jeunes Palestiniennes parlaient français, elle m'ont raconté qu'elles étaient réfugiées en Algérie et qu'elles voulaient rejoindre leur famille en Suède. Elles avaient payé le skipper 1 000 euros, d'autres avait payé 3 000 euros. Je suis en colère contre les passeurs. Philippe Martinez

L'administrateur de l'Orient voulait me proposer pour la médaille de chevalier de l'Ordre du Mérite maritime. Il me demande si je l'accepte, je lui dis que j'ai juste fait mon devoir. 

Certaines compagnies françaises avaient dit à leur commandants de fermer les yeux. Philippe Martinez

Naufragés et marins sur le pont
Naufragés et marins sur le pont Crédits : Philippe Martinez

Histoire de Khadija

Khadija fuit le Congo en plein conflit et part avec Reiji, son fils de cinq ans. Une longue errance commence, jusque aux côtes marocaines. La suite du périple, Khadija la raconte à Amel Kelifa, enquêtrice au service "Rétablissement des liens familiaux" pour la Croix-Rouge française à Paris. Elle a permis les retrouvailles entre une mère et son fils de cinq ans séparés lors d'une traversée clandestine en Méditerranée.

Au moment de la traversée, un compatriote a aidé Khadija à porter son fils à bord du Zodiac, mais l'enfant a rapidement été envoyé sur un autre bateau sans qu'elle puisse le rattraper. Amel Kelifa 

Je croyais avoir perdu mon fils pour toujours. Khadija

S'ensuivent de longues démarches administratives pour réunir la mère et l'enfant.

L'important était de localiser l'enfant. Reiji avait été pris en charge par les services de protection de l'enfance en Espagne, et enregistré sous une autre identité. Il a donc fallu établir une preuve de la filiation. Il y avait ensuite des étapes administratives complexes pour réunir la mère et l'enfant. La remise en contact a été permise par le résultat d'un test ADN. Mais ayant été scolarisé dans son pays d'accueil, l'enfant ne parlait presque plus qu'espagnol. Cela a rendu le dialogue entre la maman et l'enfant très difficile au moment où ils se sont retrouvés. Il a fallu deux ans à partir du moment où Khadija a été séparée de son enfant pour réussir à les réunir. Son fils l'a directement reconnue à travers la vitre à l'aéroport. Amel Kelifa

Je suis très content d'avoir retrouvé ma maman, j'ai pris deux avions pour venir ici. Maintenant je veux aller à l'école et jouer au football. Reiji

  • 1ère diffusion : 15/12/2014
  • Reportage : Leila Djitli
  • Réalisation : Peire Legras

Musiques diffusées :

  • Raquel Andueza & La Galania, "Ojos pues me desdenais" 
  • Morcheeba, "The sea" 

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