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Manifestation à Tunis.

Sidi Bouzid, dix ans après : le feu de la colère

28 min
À retrouver dans l'émission

Presque dix ans après Mohamed Bouazizi, un autre jeune homme, Omar, s'est immolé par le feu à Regueb tout près de Sidi Bouzid. Il n'a pas survécu à ses blessures. L'histoire se répète et la colère gronde toujours au sein de cette jeunesse tunisienne.

Manifestation à Tunis.
Manifestation à Tunis. Crédits : Fethi Belaid - AFP

Le 17 décembre 2010, il y a dix ans exactement, Mohamed Bouazizi,  un jeune vendeur ambulant vivant à Sidi Bouzid, dans le centre de la Tunisie, s’asperge d’essence devant le siège du gouvernorat puis s’immole par le feu pour protester contre la saisie de sa charette de fruits et légumes, qu’il vend sans autorisation. Sa mort retentissante révolte l’ensemble du pays et sert de détonateur à la révolution tunisienne qui sera suivie par la révolution égyptienne et ce qu’on a appelé les Printemps arabes. 

Dix ans plus tard, Emilie Chaudet s'est rendue en Tunisie, à Sidi Bouzid, pour tenter de comprendre ce qu'est devenu le symbole de Mohamed Bouazizi et ce que la révolution avait changé aux vies des tunisiens une décennie plus tard. 

Le 30 novembre 2020, un jeune homme nommé Omar, s'est immolé par le feu et a mis fin à ses jours. Il avait 17 ans. Nous rencontrons un de ses amis, qui étudie l'agronomie pour faire plaisir à ses parents et qui se passionne pour la musique. 

Omar était un homme bien, il n'a jamais fait de tort à personne. 

Il nous raconte qu'Omar, comme de nombreux jeunes tunisiens, était en difficulté. Sans travail, sans argent, à peine de quoi s'acheter des vêtements, les jeunes n'ont pas confiance en l'avenir. 

Omar ne sera pas le dernier à s'immoler. S'immoler par le feu, c'est un message adressé aux gens, pour dire que la situation est insupportable, que la vie est impossible. 

En effet, depuis l'acte de Mohamed Bouazizi en 2010, l'immolation par le feu est devenu le second moyen de suicide en Tunisie. Les suicides par immolation ont triplé et les chiffres ne baissent pas, malgré le temps qui passe.  

Les jeunes se sentent proches d’Omar, car ils sont tous dans la même situation. Ce qu’ils veulent c’est partir de Tunisie, n’importe où. 

Les jeunes ont contribué à la révolution avec l’espoir de changer la situation, mais rien ne change.

Dans la rue, on rencontre des manifestants, des gens de toutes les régions, des chômeurs qui réclament une action de la part de l'Etat pour qu'ils puissent travailler. 

Nadia a 46 ans, elle est au chômage et vit avec ses parents. Elle a étudié le droit pendant quatre ans, a passé les concours de la fonction publique mais n'a jamais été recrutée. Selon elle, aucun recrutement pour la fonction publique n'a eu lieu depuis 2012.  Selon l'institut national de la statistique de Tunisie, le taux de chômage en 2020 se trouve entre 18 et 16%, et il dépasse les 20% pour les femmes. 

Oussam a 39 ans, et dans sa jeunesse, il était militant du parti communiste travailleur. Le travail qu'il a mené contre le régime de Ben Ali lui causera du tort pendant une quinzaine d'années. Quinze années pendant lesquelles, la police intimide ses employeurs afin qu'il ne trouve pas de travail. En 2018, il tente de s'immoler par le feu, car c'est ainsi qu'il pense pouvoir provoquer un avenir meilleur pour sa femme et sa fille. 

Après qu'il se soit couvert d'essence, l'allumette à la main, Oussam hésite. A ce moment-là, un policier lui saute dessus, l'empêche d'aller au bout de son geste et le convainc que d'autres solutions sont possibles : 

- On se calme, on va trouver une solution.                            
- En Tunisie, on ne trouve pas de solution.                            
- On essaye.                            
- J'ai beaucoup essayé, je ne suis pas seul, j’ai une femme et une fille.                             
- Je vais aller au ministère et on va trouver une solution.

Reportage : Emilie Chaudet 

Réalisation : Emmanuel Geoffroy

Merci à Nadim Hedhli, Najeh, Oussama, Mehdi Ben Khellil, Mouadh Gammoudi et Rémi Dybowski-Douat. 

Musique de fin : "Hila Hila" de Hamza Namira. Album : Insan (2011) - Label : Awakening Worldwide Ltd.

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