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Des activistes d’Extinction Rébellion enchaînés devant l’Assemblée Nationale, manifestant contre l’adoption de la Loi Climat, le 4 mai 2021.

Technique de lutte pour une planète en feu

28 min
À retrouver dans l'émission

Le 4 mai 2021, douze militantes d'Extinction Rébellion s’attachent par le cou aux grilles du Palais Bourbon pour appeler les parlementaires à réviser la “loi climat et résilience”, qu’elles jugent en deçà de ce qu’exige l’urgence climatique. Récit de cette journée d’action.

Des activistes d’Extinction Rébellion enchaînés devant l’Assemblée Nationale, manifestant contre l’adoption de la Loi Climat, le 4 mai 2021.
Des activistes d’Extinction Rébellion enchaînés devant l’Assemblée Nationale, manifestant contre l’adoption de la Loi Climat, le 4 mai 2021. Crédits : Thomas Samson - AFP

Le mardi 4 mai 2021, "la loi climat et résilience" était votée dans l'Hémicycle. Les députés se sont réunis pour voter ce projet de loi qui s'appuie sur le travail de la convention citoyenne pour le climat (CCC), mise en place par Emmanuel Macron en 2019, suite au mouvement des gilets jaunes. 150 citoyens ont été tirés au sort pour définir ensemble des mesures qui permettront de diminuer nos émissions de gaz à effet de serre. L’objectif fixé est une baisse d'au moins 40% des émissions par rapport à 1990, et ce d'ici 2030. Lorsque les citoyens et les militants découvrent "la loi climat et résilience" proposée à l'Assemblée nationale, ils protestent : certaines mesures phares proposées par la CCC ont tout bonnement été écartées. 

Le vote de cette "loi climat et résilience", jugée aseptisée, édulcorée et ses mesures insuffisantes face à l'urgence climatique, avait lieu en séance publique à l'Assemblée nationale le mardi 4 mai. Ce jour-là, des militantes et militants se mobilisent pour interpeller les députés afin de les faire réagir et tentent de se faire entendre. 

C'est ainsi que onze femmes se sont enchainées par le cou aux grilles de l'Assemblée nationale. Les clés pour libérer ces militantes ont été envoyées à des députés (ministre de la transition écologique, des transports, de l'agriculture...), afin qu'ils se manifestent et entrent en dialogue avec les militantes. 

La loi, en l'état actuel permet à peine de diminuer nos émissions de gaz à effet de serre d'ici 2030. On est complètement à coté de la plaque. 

Elisabeth a 29 ans, elle est infirmière et a grandi en banlieue parisienne. Elle commence à militer, d'abord pour des causes féministes, avant d'entendre parler d'Extinction rébellion.      

La fois où j'ai commencé à m'intéresser à eux, c'était en juin 2019, quand ils ont bloqué le pont de Sully et on les voyait assis, se faire gazer. Leur non-violence mettait particulièrement en lumière la violence de la répression policière. Ça m'a interpellée. 

Cet épisode pousse Elisabeth à se renseigner à propos de ce mouvement de désobéissance civile en lutte contre l'effondrement écologique. Elle a envie de s'investir et d'intégrer ce groupe, de participer au combat.  

C'est ce qui manquait au paysage en France, de la désobéissance civile non-violente. 

Le 4 mai 2021, Elisabeth et onze autres femmes du collectif s'enchainent, au niveau du cou, aux grilles de l'assemblée nationale. Onze d'entre-elles parviendront à rester attachées. 

La mairie va venir avec la meuleuse pour couper les "neck-lock", il faut qu'elles se préparent psychologiquement parce que la meuleuse c'est un peu impressionnant. Elles sont costaudes quand même, il fallait monter là-haut et il y a des piques...   

Livana est aux cotés d'Elisabeth ce jour-là, elles ont le même âge et militent avec Extinction rébellion. 

Livana a travaillé plusieurs années dans la communication avant de se réorienter, elle a fait les scouts de France et elle est la benjamine de sa fratrie. Un mois avant, le 1er avril, elle avait participé à une action à la banque de France pour dénoncer l'investissement dans les énergies fossiles et elle s'était retrouvée en garde à vue, ce qui l'avait bouleversée. Elle a hésité avant de se décider à s'enchainer à l'Assemblée nationale, n'ayant pas très envie de revivre une garde à vue en si peu de temps. 

S'enchaîner par le cou à l'Assemblée nationale, c'est s'émanciper, reprendre possession d'un espace public. On dit aux politiques symboliquement, "vous êtes en train de saboter notre avenir et c'est vous qui avez les clés".  

Dans la famille de Livana, on évitait les sujets qui fâchent, tout ce qui touche à la politique ou aux sujets de société. Depuis qu'elle milite pour "XR", ce qui a ouvert le débat entre elle et ses parents.

En fait mes parents me soutiennent et je ne m'attendais pas du tout à ça. Je me dis que j'ai beaucoup de chance. 

Anne-Sophie était également enchaînée aux grilles de l'assemblée ce mardi 4 mai. Elle a 28 ans et travaille dans l'industrie musicale. La jeune femme a perdu confiance en notre système social et économique, voyant les injustices se multiplier. 

La crise écologique - qui me fait peur, évidemment - c'est une cause commune, universelle, qui aurait pu être l'occasion de rebattre un peu les cartes de ce système capitaliste destructeur.   

Elle s'est engagée auprès du collectif non-violent et radical "XR" dans l'attente de voir renaître un espoir de justice sociale, de démocratie et environnemental.  

Je suis dans un mouvement non-violent, mais quand on en arrive à un tel point de déconsidération de la voix du peuple, je comprends qu'on en arrive à vouloir tout brûler...

Reportage : Alain Lewkowicz 

Réalisation : Émily Vallat 

Merci aux membres d’Extinction Rébellion qui ont participé à ce reportage.

Musique de fin : "Change is coming" (acoustic live) de Winter Woods. 

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