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Un groupe de mineurs pose, le 01 avril 1981 au fond de la mine de Ricamarie, près de Saint-Etienne.

"Très tôt j'ai compris que l'école, c'était la seule voie pour sortir d'une condition."

28 min
À retrouver dans l'émission

Un fils de mineur devenu professeur d'histoire-géographie, une femme française renvoyée à ses origines étrangères, un philosophe qui ne reconnait plus son grand-père laveur de vitres... Trois histoires de honte et de violence sociale.

Un groupe de mineurs pose, le 01 avril 1981 au fond de la mine de Ricamarie, près de Saint-Etienne.
Un groupe de mineurs pose, le 01 avril 1981 au fond de la mine de Ricamarie, près de Saint-Etienne. Crédits : AFP

Jean Pierre est professeur au lycée Paul Eluard de Saint-Denis. Il se sent très proche de ses élèves qui subissent des humiliations et ressentent de la honte liée à leur condition sociale. Lui aussi a connu ça, avant d'obtenir son diplôme de Sciences Po et de devenir un brillant professeur. 

J'ai grandi dans un petit village de l’Aveyron, à Combes. Mon père était mineur, puis ouvrier métallurgiste. ll m'a toujours dit qu'il fallait que je fasse autre chose.

J'ai été dans une école religieuse payante, à l'internat. Comme je travaillais bien, les prêtres ont fait une fleur à mes parents. 

Les prêtres m'ont dit devant tout le monde : "vous êtes là par les faits de notre grâce". J'avais l'impression qu'on m'avait marqué au fer rouge.

J'avais honte de mes parents. Ma mère avait perdu ses dents à quarante ans et elle n'avait pas les moyens d'aller chez le dentiste. Je rêvais d'avoir une mère avec un beau sourire comme mes camarades. 

A Sciences Po, il sent progressivement cette déchirure culturelle et sociale grandir entre lui et sa famille. 

Quand je rentrais chez mes parents, je m'ennuyais, je me disais qu'ils n'avaient pas de conversation. 

La mère d'Emilie Chaudet, tunisienne d'origine, a toujours tenu à ce que ses enfants soient parfaitement intégrés. Elle les a inscrits dans une école privée catholique. 

J'ai toujours été présente aux réunions parents-élèves. Je me suis toujours investie ; les sorties, les ventes de gâteaux...Et un jour une dame de l'école m'a demandé si je pouvais l'aider à faire un couscous, car elle recevait du monde.

Il faut toujours qu'on nous renvoie à notre condition de femme du Maghreb. Est-ce si difficile d'accepter qu'on soit française tout court ? 

Didier Eribon aussi connaît bien ce sentiment de honte. 

En arrivant à Paris, je n'avais pas un sou, j'allais déjeuner chez mes grands-parents qui habitaient Barbes. Mais je ne voulais plus qu'on me voit avec ma famille. Ils représentaient le milieu auquel je ne voulais plus appartenir. 

En sortant du Nouvel Observateur, où je travaillais comme critique, mon grand-père en mobylette m'a aperçu et m'a appelé. J'étais tétanisé. J'avais tellement honte. 

On s'impose des comportements à soi-même, au lieu de se libérer en disant simplement d'où on vient. 

Reportage : Emilie Chaudet

Réalisation : Emmanuel Geoffroy

Chanson de fin : "Shook" par Dralms - Album "l'esprit Inter 04 : le son d'Inter"

Rediffusion de l'émission du 30 novembre 2015.

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