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Capture d'écran, sur le compte Instagram d'Arnaud, du récit de son agression le 18 septembre 2018.

Violences homophobes : "Elle m‘a craché à la figure, froidement"

28 min
À retrouver dans l'émission

À douze ans, Nicolas était régulièrement battu par ses camarades de classe parce qu’il préférait les garçons. Il ne pensait pas, quinze ans plus tard, revivre cette violence. Comme Alice et Arnaud. Ils racontent leur agression homophobe.

Capture d'écran, sur le compte Instagram d'Arnaud, du récit de son agression le 18 septembre 2018.
Capture d'écran, sur le compte Instagram d'Arnaud, du récit de son agression le 18 septembre 2018. Crédits : Arnaud Gagnoud - Instagram

Le mercredi 12 mai 2021, le ministère de l'Intérieur a annoncé que les violences homophobes et anti-LGBT avaient chuté de 15% en 2020 : 1590 actes ont été recensés contre 1870 en 2019. Une baisse qui s'explique, selon les autorités, par la pandémie et ses conséquences sociales : confinements, couvre-feu et autres restrictions de circulations ont entraîné une réduction des contacts sociaux et a fortiori des risques d'agression. Pour autant, cette baisse n'est pas synonyme de disparition. L'homophobie et la haine anti-LGBT continue à faire des dégâts.  

Arnaud sort d'une pièce de théâtre en compagnie de son copain, le mardi 18 septembre 2018, vers 22 heures dans le 20ème arrondissement de Paris, quand trois jeunes les haranguent en les insultant. Le couple les ignore, mais les jeunes se rapprochent et réitèrent leurs insultes :

Ils nous ont demandé si on est des pédés. […] Ils nous ont demandé de quitter le quartier. Ils ne voulaient pas de pédés chez eux. Puis ils nous ont menacé en disant qu’ils vont appeler des potes pour nous casser la gueule. 

Les « renforts » arrivent, notamment sur un scooter. Des insultes, des signes d’égorgements et pointages du doigt laissent présager du pire. Arnaud et son compagnon commencent à se faire frapper :

Sous la pression des coups, je me plie en deux. Mon arcade s’ouvre, il y a du sang qui coule.

Des gens sortent et crient : les agresseurs s’écartent alors de quelques mètres seulement. Ce n’est qu’avec l’arrivée de la police qu’ils déguerpissent… Arnaud et son compagnon viennent tout juste de vivre ce à quoi ils se sont toujours attendus :

On s’est toujours dit avec mon compagnon qu’on allait se faire agresser un jour. Pourquoi ? Parce qu’on s’est dit qu’on allait vivre comme un couple hétéro. On savait que ça nous mettait en danger, de ne pas se cacher, de ne pas avoir honte.

Nicolas, lui, a connu ses premières insultes et violences homophobes durant son enfance.

Un jour, on m’a coincé contre un mur, on a retiré mes chaussures, retiré mon sac, mon vêtement, puis on m’a appelé Zaza. « La cage aux folles » passait souvent à la télévision à cette époque. C’était très difficile : j’ai même pensé à mettre fin à mes jours.

La scolarité de Nicolas est rythmée par la haine. Il se fait molester et violenter, si bien que les angoisses et pensées suicidaires se multiplient. Il cherche de l’aide en Dieu, mais rien n’y fait. Il développe alors une haine profonde pour l’école et se déscolarise à l’âge de 16 ans. Ses parents s'effondrent quand ils apprennent subitement son homosexualité  :

Ils me disent que c’est une maladie, que ça se soigne, que c’est un problème psychiatrique, psychologique, qu’il faut aller voir un psychiatre, un rebouteux, le curé, etc. Mon père passait du blanc au vert, au fond du canapé.

Nicolas part de sa ville natale pour vivre à Rouen. Il papillonne et vit à droite à gauche. Petit à petit, l’homophobie disparaît, de même que la souffrance. Mais, quinze ans plus tard, tout recommence...

En sortant de son bureau vers minuit, dans la petite rue du 19 aout 1942, il chante une chanson de Diane Tell avec son ami. Deux hommes les regardent.

Je sens, en un quart de secondes, la haine dans leur regard. Ça faisait quinze ans que je n’avais pas ressenti cette haine.

Alors qu’ils poursuivent leur chemin, l’un des deux hommes commence à frapper l’ami de Nicolas. Nicolas et son ami tentent de s'échapper, mais en vain.

Ils ont commencé à me laminer sur place. […] J’ai cru que j’allais mourir, vraiment. J’ai vu ma mort arriver.

L’ami appelle la police, alors que les agresseurs rient. Arrivés sur place, les policiers minimisent le caractère homophobe de l’agression, tout comme l’équipe soignante qui prend en charge Nicolas, victime de deux traumatismes crâniens et de plusieurs fractures.

Il a fallu attendre ma déclaration à la police pour que je tombe sur un enquêteur génial qui a tout de suite compris mon problème : c’était un problème homophobe. Il n’a rien lâché dans l’enquête.

Car l’agression de Nicolas et son ami n’est pas un cas isolé…

L’histoire d’Alice, elle, ne se déroule pas dans une ruelle sombre pendant la nuit, mais dans un bus en pleine journée. En mars 2018, Alice donne un simple baiser à sa copine. Un couple est assis à côté d’elles. À l'arrêt suivant, le couple s’apprête à sortir, quand tout à coup :

Ils nous ont lancé : « c’est à cause de vous qu’on sort, vous êtes dégoûtantes ».

Ébahie, Alice ne comprend pas de quoi il retourne. Mais le couple surenchérit en maltraitant Alice et en crachant sur sa copine.

Elle m’a tiré par les cheveux comme pour me faire sortir du bus. 

Tout en venant au secours d’Alice et son amie, quelques passagers parviennent à éjecter les assaillants du bus.

  • Reportage : Rémi Dybowski-Douat
  • Réalisation : Alexandra Longuet, David Jacobuwiez

Musique de fin : "Fade to Grey", Visage - Album : Visage - Label : Polydor.

Première diffusion : 14/11/2018.

Des nouvelles d’Arnaud :

Le procès des agresseurs d’Arnaud, le premier témoin de l'émission, aura lieu le procès le 24 juin 2021. « Une épreuve à affronter », nous dit-il. 

Pour aller plus loin : 

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