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Et vive la radio !

Vive la radio !

28 min
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Pour célébrer les 100 ans de la radio et la première “Fête de la radio”, retour sur un petit transistor qui a bouleversé des vies. Maltraitée par sa mère, Chantal n'a eu pour seule compagnie qu'une petite radio. Hervé, otage des talibans, s'est accroché aux ondes de son poste pour rester connecté.

Et vive la radio !
Et vive la radio ! Crédits : H. Armstrong Roberts/ClassicStock - Getty

Cette année, c'est le centenaire de la radio. Pour fêter cet anniversaire, Radio France célèbre la première "Fête de la radio" du 31 mai au 5 juin 2021. L'occasion de célébrer ce média pas comme les autres, qui a bouleversé la vie de tant de personnes depuis son invention. Sur les ondes, les récits personnels et professionnels se croisent, se répondent, s'entrechoquent pour - on l'espère - ouvrir les esprits, dépeindre le monde tel qu'il est, inviter les auditrices et les auditeurs à la réflexion. 

De la naissance de la Radio Tour Eiffel en 1921 à l'inauguration de la Maison de la Radio par Charles de Gaulle le 14 décembre 1963 en passant par la libération des ondes il y a maintenant 40 ans, notre medium préféré s'est infiniment perfectionné. Pour célébrer ce centenaire, on vous propose deux histoires, celles de Chantal et Hervé, dans lesquelles la radio a joué un rôle crucial et salvateur.

L'histoire de Chantal commence au Sénégal, où elle grandit aux cotés de sa grand-mère et ses deux sœurs alors que sa mère habite en France. Un jour, la grand-mère décide d'envoyer les jeunes filles en France afin qu'elles rencontrent leur mère.

Elle n'était pas prête à nous accueillir. 

La mère de Chantal annonce tout de suite la couleur. Elle prévient ses filles qu'elle ne sera pas tendre avec elles. Il se trouve qu'elle n'avait pas envie de vivre avec ses filles :

Mes deux sœurs ont pu aller à l'école mais moi, je suis restée toute seule à la maison avec ma mère, pour des raisons que je ne connais pas. [...] Je restais dans la chambre, enfermée, même si la porte restait ouverte, je savais que je n'avais pas le droit de sortir de la pièce.  

Chantal est complètement isolée, elle ne parle encore pas encore français et n'interagit qu'avec ses sœurs.

Un jour on a trouvé un poste de radio, quand on est tombé dessus, on ne savait pas trop quoi en faire. Ma sœur a touché un bouton et il s'est mis à parler. On a rigolé parce que c'était un accent qu'on ne connaissait pas !

Les trois sœurs écoutent la radio en cachette, cachées sous les draps, le petit transistor collé à l'oreille. Elles ne veulent pas que leur mère leur confisque ce petit bijou de divertissement.

Pour moi, quand j'éteignais la radio, ils ne parlaient plus. Il n'y avait plus rien qui se passait et c'est quand je l'allumais qu'ils se remettaient à parler. 

Avec la radio, Chantal se construit une école de fortune, elle apprend le français en répétant les phrases qu'elle entend, en retenant certains mots. Le petit transistor crée un lien avec le reste du monde, Chantal apprend tout un tas de choses : la musique, la politique, le nom des rues, la France, le mot "université"... Elle tombe même amoureuse d'une voix et ne l'a toujours pas oubliée des années plus tard. 

Si je n'avais pas eu ce poste de radio, je n'aurais pas survécu. La radio nous a permis de sortir à l'extérieur, non pas physiquement mais mentalement. Après avoir reçu des coups, on allait écouter la radio pour oublier. 

Hervé est journaliste. En 2009, afin de recueillir les témoignages des habitants d'une région afghane, il part en reportage avec son équipe. Quelques heures plus tard, le petit groupe de reporters est intercepté par un commando... 

Je me suis tourné vers le traducteur qui m'a dit : "big big problem". Il n'a pas eu besoin de dire que c'était les talibans, nous l'avions compris. 

Hervé et son équipe sont pris en otage. Les talibans les emmènent au fin fond des montages afghanes, où ils les emprisonnent chez une famille de locaux. Après quelques jours de détention, ils négocient une radio. 

Ce qu'on voulait savoir c'était si on parlait de notre enlèvement. Ça a duré un jour et puis plus rien.

Au bout de quatre mois, Hervé et ses coéquipiers comprennent qu'ils vont être séparés. Ils se mettent en tête de récupérer une radio chacun, le seul lien qui leur reste avec le monde extérieur. Contre toute attente, les talibans acceptent. 

Sans radio, je ne sais pas ce que je serais devenu. Est-ce que je serais devenu fou ou pas ? Et surtout on sort de ce trou à rat morbide, on a la vie à côté, à l'oreille.  

Le journaliste se souvient du jour où Ben Laden est mort : Hervé l'apprend à la radio. Sous le choc, les talibans ont perdu leur père, confie Hervé.

Au fur et à mesure que le temps passe, Hervé s'attache à sa petite radio, hors de question de l'abimer, de ne plus avoir de batterie ou de se la faire confisquer. 

Sans radio, plus de vie quoi. 

En entendant l'interview d'Íngrid Betancourt - otage des FARC pendant plus de six ans -, le journaliste se demande si son calvaire va durer aussi longtemps...

Les quatre derniers mois, on a reçu plusieurs dizaines de messages. J'ai entendu un message de ma maman, qui est décédée depuis. C'est un choc émotionnel énorme. Tout ça fait qu'on savait qu'on était soutenus, pas oubliés. 

Hervé Ghesquière nous a quitté en 2017, des suites d'une maladie. Il repose en paix mais sa voix résonne encore sur nos ondes.  

Reportage : Alice Milot

Réalisation : Peire Legras et Emily Vallat 

Merci à Chantal Sagna et Hervé Ghesquière.

Du 31 mai au 5 juin 2021 se déroule la première Fête de la Radio à Radio France, à l'occasion du centenaire de la radio. Toutes les informations sont disponibles ici. Vous pouvez suivre nos aventures radiophoniques sur Twitter et Instagram

Musique de fin : "Set fire to the rain", Adèle - Album : 21, 2011. 

Première diffusion : 31/08/2015.

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