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La "Marche de la colère", à Marseille, le 2 février 2019.

Zineb Redouane : une femme tuée à sa fenêtre

27 min
À retrouver dans l'émission

Le 1er décembre 2018, des rassemblements ont lieu à Marseille pour réclamer des logements dignes. Un tir de grenade lacrymogène lancé en pleine manifestation touche Zineb Redouane, qui fermait la fenêtre de son appartement au quatrième étage de son immeuble. L'octogénaire décède le lendemain.

La "Marche de la colère", à Marseille, le 2 février 2019.
La "Marche de la colère", à Marseille, le 2 février 2019. Crédits : CLEMENT MAHOUDEAU - Maxppp

Zineb Redouane vivait près de la moitié de l'année à Marseille, et le reste du temps à Alger, avec ses enfants. Le 1er décembre 2018, elle est chez elle, dans son appartement alors que, quatre étages plus bas, des manifestants défilent dans la rue pour réclamer des logements dignes, suite à l'effondrement des immeubles de la rue d'Aubagne. Au téléphone avec une amie, elle s'apprête à cuisiner, se pensant à l'abri des tirs de grenades lacrymogènes qui, dehors, s'intensifient. Craignant que les gaz s'infiltrent dans son appartement, elle entreprend de fermer sa fenêtre. C'est à ce moment là, qu'elle est touchée par une grenade lacrymogène qui la blesse gravement. Elle décédera le lendemain, à l'hôpital. 

Retour sur cette affaire avec sa fille, son amie et des témoins. 

"Elle me dit au téléphone : 'Je vais fermer la fenêtre parce que le gaz va monter jusqu'à moi'. Elle a commencé à crier, mais ne me répondait plus. Puis elle m'a dit 'Il y a un policier qui a tiré, il m'a visé'"

Un policier lui a dit : 'donne-nous les clés de ton appartement, on y va pour sécuriser les lieux'. Elle lui répond que l'appartement est sécurisé et que tout est éteint. Elle ne voulait pas lui donner les clés, il l'a forcée : 'donne-nous tes clés sinon on casse la porte'.

"Zineb me répète comme la veille : 'dès que je sors tu vas m'aider pour savoir qui m'a tirée dessus, et pourquoi il m'a visée. Parce qu'il m'a visée'. Elle insistait tellement sur ce mot : 'il m'a regardée, et après il m'a visée'.

"Quand j'ai vu sa photo, je me suis mise à genoux. Je n'aurais jamais imaginé ça, je me suis dit on est dans une guerre (...) elle était défigurée"

L'instruction est aujourd'hui en cours. Deux plaintes sont déposées : la première pour "violence ayant entraîné la mort", et la seconde pour "entrave à la manifestation de la vérité" car, étonnamment, la caméra de surveillance au dessus du carrefour a été déclarée hors-service.

"Je répondais aux questions de l'IGPN. On m'a dit 'Regardez son état de santé et son âge... Si vous aviez reçu la même grenade aujourd'hui, vous seriez en vie !' C'était le commandant de l'IGPN"

"Il faut que la vérité soit faite, qu'on sache pourquoi ce policier a tiré sur ma mère. Quelles que soient les circonstances, j'ai besoin de savoir : qui a tiré ?"

Merci à Milfet Redouane, Imen Souames, Pierre Isnard Dupuy, le collectif presse papiers, le 35 et Anicka Erichsen. Merci aussi à Laura Spica, Dominique Carpentier, Bilal, Salli, et au collectif du 5 novembre.

Reportage : Olivier Minot 

Réalisation : Clémence Gross

Référence musicale de fin d'émission : Northorn - Yuko - Album : As if we were dancing

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