LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.
Le Sacre de Napoléon par le peintre Jacques-Louis David, peintre officiel de Napoléon Ier.  Imposante par ses dimensions, presque dix mètres sur plus de six, la toile de David est conservée au Louvre.
Épisode 7 :

Bâton de danse sioux à effigie de cheval (1880)

59 min
À retrouver dans l'émission

Un bâton de danse sculpté représente un cheval blessé. Mais s'agit-il ici d'honorer la bravoure de la monture d'un guerrier Sioux ? Cette œuvre d'un artiste de la tribu des Dakotas n'évoque-t-elle pas davantage la fin d'une culture, et la destruction des Indiens des Grandes Plaines ? Décryptage.

Baton de danse à effigie de cheval, circa 1875, bois et cuir
Baton de danse à effigie de cheval, circa 1875, bois et cuir Crédits : Courtesy South Dakota Historical Society - Radio France

C’est un bâton de danse de presque un mètre de haut. Le cheval est représenté en plein élan, les antérieurs relevés comme s’il allait sauter, l’encolure tendue, la tête prolongeant la trajectoire générale de l’objet. Des rênes longues en cuir, pendent du garrot à la bouche du cheval. Au mors est accrochée une mèche de cheveux qui évoque un scalp et donc la bravoure du guerrier qui le chevauchait. Les deux pattes postérieures sont rassemblées, et tendues, surmontées par un panache de crins noués qui représentent la queue dressée de l’animal en action, comme saisi par l’artiste pendant qu’il enjambait d’un saut extrême les obstacles de son passé. La crinière et les oreilles ont été ajoutées par l’artiste en cuir et en crin. Ces bâtons de danse devaient honorer le cheval mort à la guerre, sa bravoure. Et à y mieux regarder, on voit en effet sur ses flancs et sa cuisse, cinq triangles rouges de chaque côté qui évoquent les blessures reçues par l’animal avant qu’il ne s’effondre. 

Tout autant que de la mort héroïque d’un cheval, cette œuvre témoigne aujourd'hui de la fin de l’une des périodes de l’histoire des premières Nations américaines installées depuis plus de 15 000 ans dans les Grandes plaines. La fin d’une certaine civilisation du cheval, d'une culture guerrière, de la société du bison dont vivait une population de 30 millions d'Indiens qui a été réduite, en l'espace de quarante ans à la fin du XIXe siècle, à quelques centaines de milliers d’individus seulement. Les massacres humains, la venue des maladies, la destruction des lignées, la création des réserves, l’effondrement d’un mode de vie, c’est de tout cela aussi que parle cette sculpture.

Pour évoquer ces différentes dimensions, Jean de Loisy s'entretient avec André Delpuech, conservateur en chef du Patrimoine, chargé des collections Amériques au Musée du quai Branly, et avec Romain Bernini, artiste plasticien.

Spécialiste des cultures d’Amérique du Nord, André Delpuech revient sur l'usage attribué à cet objet :

André Delpuech : Ce type de bâton rituel, dont les plus célèbres à nous être parvenus ont été sculptés par Joseph No Two Horns (1852-1942), qui a participé à la bataille de Little Big Horn, était utilisé soit avant le combat - ou la chasse - pour stimuler le courage de l’animal, soit ensuite pour en raconter et en transmettre la valeur. On retrouve cette représentation du cheval aussi dans l’art des peaux peintes. Sur les peaux, on voit à partir du XIXe siècle, le cheval mis en scène de façon magistrale dans des scènes de guerre.

Comme le rappelle André Delpuech l'art indien s'est longtemps exprimé sur des peaux, des tuniques brodées, des boucliers ou des pipes, des objets correspondant à un mode de vie nomade. Mais pour ce qui concerne ce bâton de danse, qui date de 1875-1880 environ, il est très difficile d'établir s'il a été encore utilisé au cours de rituels ou bien s'il a été, dès sa réalisation par l'artiste, pensé comme une statuette pour être admirée, voire fabriqué avec une intention commerciale, pour des collectionneurs blancs d'art indien, et afin d'aider sa communauté.

Jean de Loisy : Il est difficile de ne pas ressentir de l’admiration en regardant cet objet. Une admiration mêlée d’une profonde mélancolie... Voire une nostalgie d’un certain rapport à la nature définitivement détruit. Que ressentez-vous en tant qu’artiste face à cette œuvre ?

Romain Bernini : Si on regarde la partie postérieure du cheval, il est représenté dans une vivacité, dans une course, tandis que son encolure est baissée, ses pattes repliées sous son corps. On a l’impression qu’il est mourant, mais en même temps l’arrière continue de le propulser. Blessé, il galope encore... Pour les Indiens, un des actes d’extrême bravoure du cheval consistait à ne pas mourir sur le champ de bataille, mais d'être capable d'emporter son cavalier hors du danger. Je vois dans ce bâton sculpté un moment de bascule, de passage entre deux mondes. Pour moi, c’est comme la représentation d’une extase.

Notre regardeur : George Catlin (1796-1872)

Les Indiens des Plaines furent l’objet de nombreux récits de voyages. Des éléments de leur culture, découverte tardivement, apparaissent néanmoins dès 1832 dans les toiles du peintre voyageur George Catlin et sont documentés par le photographe américain Edward S. Curtis.

  • Les textes de George Catlin sont lus par César Van den Drische
  • Musiques diffusées : DJ Shub, DJ NDN & Bear Witness
Intervenants
  • Archéologue, anthropologue, directeur du Musée de l'Homme, conservateur général du patrimoine, ancien conservateur général du Musée du Quai Branly
  • peintre
L'équipe
Production
Réalisation
Avec la collaboration de
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......