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Jacob Lawrence dans son studio en 1989

The Color Line : ségrégation et artistes africains-américains

1h
À retrouver dans l'émission

Edmonia Lewis, Bob Thompson, Jacob Lawrence, Norman Lewis... Peu connus encore de ce côté de l'Atlantique, de nombreux artistes remarquable ont depuis le début du XXè siècle émergé de la "communauté" noire. Leur travail raconte souvent la vie des leurs et la ségrégation dont ils sont victimes.

Jacob Lawrence dans son studio en 1989
Jacob Lawrence dans son studio en 1989 Crédits : George Rose - Getty

Le poète Langston Hughes (1902-1967) exprima, en 1949, son exaspération envers les lois Jim Crow qui instaurent la ségrégation à la fin du XIXe siècle, et en conséquence desquelles un événement majeur a lieu : c’est un gigantesque mouvement de masse, qui s’amplifie dans les années 20, et qui entraîne des millions d’Africains-Américains à fuir le sud agricole et ségrégationniste pour venir s’installer dans les grandes villes du nord supposées plus accueillantes. En 1940, un autre artiste relate ce phénomène en se lançant dans la réalisation d’un cycle de 60 peintures à ce sujet. Âgé seulement de 24 ans, le jeune peintre Jacob Lawrence invente un style narratif neuf, auquel on pourrait aujourd'hui trouver des rapports avec la bande-dessinée. A travers ses 60 petits tableaux, tous accompagnés d’une légende, il détaille les différents épisodes de l’exode. « Migration Series » est le titre qu’il donne à cet ensemble, peint à la détrempe sur des panneaux (d’environ 30 par 45 cm ou bien 45 par 30 cm) préparés avec une base de colle blanche brillante, qui apparaît sur la surface comme de très petits points texturés. Lawrence, qui avait l’intention de produire un récit continu, décida de travailler avec une seule teinte à la fois sur les soixante panneaux et anima ses compositions avec de vigoureux coups de pinceau qui renforçaient encore plus l’impression de mouvement de l’histoire.

Aujourd’hui, dans "Les Regardeurs", nous observons le panneau 49 (1940-1941), une œuvre de Jacob Lawrence (1917-2000), artiste africain-américain des années 1940, issue de la série « Migration Series ».

NB : En attendant l'autorisation de vous montrer l'oeuvre, le temps de l'exposition, sur notre site, vous pouvez la voir en cliquant sur son titre "panneau 49".

C’est Sandra Adam qui réalise l’entretien.

"The Color Line" est le titre d’un article du grand leader noir Frederick Douglass, paru en juin 1881, dans The North American Review.

Premier exemplaire de la North American Review (mai 1815) avec la signature de son éditeur William Tudor
Premier exemplaire de la North American Review (mai 1815) avec la signature de son éditeur William Tudor Crédits : Wikipédia

Invités : Daniel Soutif (philosophe et critique d’art) pour l’exposition « The Color line. Les artistes africains-américains et la ségrégation » dont il est commissaire et l’artiste Kader Attia (prix Marcel Duchamp 2016).

Quelques éléments de biographie : Agrégé de philosophie et critique d’art, Daniel Soutif a abordé une grande diversité de sujets au cours des différentes activités qu’il a exercées, notamment en tant que rédacteur en chef des Cahiers du musée national d’art moderne (de 1990 à 1994), directeur du développement culturel au Centre Pompidou (de 1993 à 2001), ou à la tête du Centro per l’arte contemporanea Luigi Pecci de Prato (Italie). Commissaire indépendant depuis 2006, il a notamment conçu les expositions LE TEMP, VITE ! au Centre Centre Pompidou (2000) ou LE SIECLE DU JAZZ au musée du quai Branly – Jacques Chirac (2009).

Portrait de Daniel Soutif
Portrait de Daniel Soutif Crédits : Cyril Zannettacci

Auteur de nombreuses préfaces de catalogue, il a également dirigé Nelson Goodman et les langages de l'art, (Paris, Centre Pompidou, 1991) et L’Art du XXe siècle 1939-2002. De l’art moderne à l’art contemporain (Paris, Citadelles et Mazenod, 2005). Il est également auteur et réalisateur des documentaires.

L'artiste Kader Attia : né en 1970 à Dugny (Seine-Saint-Denis), il vit et travaille à Paris et Berlin. Il est représenté par : Galleria Continua, San Gimignano, Beijing, Les Moulins, Habana - Galerie Nagel Draxler, Berlin, Cologne - Galerie Krinzinger, Vienne - Lehmann Maupin, New York and Hong Kong.

19 avril 2015 Source   https://www.flickr.com/photos/95704119@N08/17193616751/ Auteur  Franz Johann Morgenbesser
19 avril 2015 Source https://www.flickr.com/photos/95704119@N08/17193616751/ Auteur Franz Johann Morgenbesser Crédits : Wikipédia

Quelques éléments biographiques : Lauréat en 2016 du Prix Marcel-Duchamp, Kader Attia expose à cette occasion le film-essai Réfléchir la mémoire, dans lequel des entretiens de chirurgiens et psychanalystes alternent avec des images de personnes amputées, un miroir étant disposé de manière à faire croire que le membre disparu existe toujours.

Réfléchir la Mémoire , 2016 (Video HD, 40’) : Kader Attia propose une installation mêlant sculptures, objets et film, pensée comme un espace d’analyse: un parcours rémanent où se perdre et revenir. Les sculptures, objets cherchés et trouvés, coexistent avec l’espace du film, pivot narratif et physique de l’œuvre. Celui-ci consiste en un essai poétique constitué d’interviews de chirurgiens, de neurologues, de psychanalystes autour du phénomène du membre fantôme consécutif à des amputations : le sujet a la sensation que le membre manquant est toujours relié à son corps. Ce symptôme, sans doute provoqué par des neurones miroirs, libère des actions instinctives liées au désir mimétique propre à l’homme, tel que le décrit le philosophe René Girard. Au-delà de la portée scientifique et politique de l’enquête, l’œuvre prend ainsi la forme de la traversée d’un labyrinthe miroir. Entre blessures intimes et collectives, symptômes matériels et immatériels, le dispositif élargit l’étude de l’amputation physique et individuelle à celle des fantômes de l’histoire moderne et contemporaine (esclavage, colonisation, communisme, génocide) et à la question de leur réparation.

Exposition « The Color line. Les artistes africains-américains et la ségrégation» au musée du Quai Branly - Jacques Chirac (04.10.16 – 15.01.17).

Affiche de l'exposition
Affiche de l'exposition Crédits : Musée du Quai Branly - Jacques Chirac

À propos de l’exposition : « Le problème du 20e siècle est le problème de la ligne de partage des couleurs ».

Si la fin de la Guerre de Sécession en 1865 a bien sonné l’abolition de l'esclavage, la ligne de démarcation raciale va encore marquer durablement la société américaine, comme le pressent le militant W.E.B. Du Bois en 1903 dans The Soul of Black Folks. L’exposition The Color Line revient sur cette période sombre des États-Unis à travers l’histoire culturelle de ses artistes noirs, premières cibles de ces discriminations.

Des thématiques racistes du vaudeville américain et des spectacles de Minstrels du 19e siècle à l’effervescence culturelle et littéraire de la Harlem Renaissance du début du 20e siècle, des pionniers de l’activisme noir (Frederick Douglass, Booker T. Washington) au réquisitoire de la chanteuse Billie Holiday (Strange Fruit), ce sont près de 150 ans de production artistique – peinture, sculpture, photographie, cinéma, musique, littérature… – qui témoignent de la richesse créative de la contestation noire. Sur le site du musée

Catalogue de l'exposition
Catalogue de l'exposition Crédits : Flammarion / Musée du quai Branly-Jacques Chirac

L’exposition au musée du quai Branly et le catalogue qui l’accompagne embrassent l’histoire de près d’un siècle de lutte acharnée des artistes. Cet ouvrage rend ainsi hommage à une grande variété de formes d’expression, de la peinture à la sculpture en passant par la photographie, la littérature, la bande dessinée, le film et la musique. The Color Line est l’opportunité de (re)découvrir des artistes souvent demeurés marginaux en leur temps mais dont l’histoire de l’art américaine commence depuis 30 ans à mesurer l’importance et l’originalité. Sur le site de l'éditeur.

Quatre parties chronologiques divisent l’ouvrage : de la Reconstruction à la Grande Guerre (1865-1918), de l’avènement du New Negro à la Seconde Guerre mondiale (1918-1945), la longue marche vers les droits civils (1945-1964), et enfin du black power à nos jours (1964-2014). Celles-ci sont enrichies d’inserts thématiques sur la musique, la littérature, le sport, ainsi que des encarts sur des artistes emblématiques de chaque période. Sur le site de l'éditeur

Textes lus par Chloé Baker. Extraits de : « One way ticket »(1949) du poète Langston Hughes - «The Migration of the Negro» (1941) de Jacob Lawrence - Jacob Lawrence, « My opinion about painting », coupure de presse non datée mais probablement des années 40, citée par Patricia Hills - Jacob Lawrence and the Modern Black Freedom Struggle”, 1940, Quotes - Henry Louis Gates Jr ., « New Negroes, Migration, and Cultural Exchange », in Elizabeth H. Turner (dir.), Jacob Lawrence. The Migration Series, catalogue exposition - Alain Locke, « The Legacy of The Ancestral Arts »,The New Negro, (1925)

Extraits de 2 DVD dans l'ordre de la diffusion : DVD "J'ai deux amours 1917-1931" : Langston Hughes, The Negro Speaks of Rivers (1921) - DVD "Noire est la couleur" : Richard Powell, historien d'art Duke University - DVD "J'ai deux amours" : Claude McKay.

Jaquette du DVD
Jaquette du DVD Crédits : Arte Editions

DVD "Noire est la couleur" : Jacques Goldstein (réalisateur) - Jacques Goldstein et Daniel Soutif (auteurs) -Producteurs: ARTE France, Les Films d’Ici 2, Bachibouzouk - 2016

Jaquette du DVD
Jaquette du DVD Crédits : Editions ESC Conseils

DVD "J'ai deux amours 1917-1931" : Jérémy Rozen (réalisateur) - EAN : 3760247200782 - Sortie vidéo : 5 octobre 2016

Musiques extraites de : Hell of a woman de Nina van Horn - A Tribute to Jack Johnson de Miles Davis - The color line / Les artistes africains-américains et la ségrégation 1916-1962, coffret 3 CD officiel de l'exposition (label Frémeaux et Associés).

Pour aller plus loin avec l'artiste Jacob Lawrence, voici le lien de l'exposition "One-Way Ticket : Jacob Lawrence's Migration Series" au MoMA (Museum of Modern Art -New York) du 3 avril au 7 septembre 2015.

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