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Le Sacre de Napoléon par le peintre Jacques-Louis David, peintre officiel de Napoléon Ier.  Imposante par ses dimensions, presque dix mètres sur plus de six, la toile de David est conservée au Louvre.
Épisode :

Kazimir Malevitch, L'Homme qui court (1930)

59 min
À retrouver dans l'émission

Mais où court cet homme entouré de lumière bleue ? En 1930 ou 1931, Kasimir Malevitch réalise l'une de ses dernières toiles : "L'Homme qui court" aussi appelée "Sensation du danger". Le maître de l'abstraction et créateur du suprématisme revenait alors à une mystérieuse figuration.

Sensation du danger ou L'Homme qui court est un tableau réalisé par Kasimir Malevitch en 1930-1931. Elle est conservée au musée national d'Art moderne, à Paris.
Sensation du danger ou L'Homme qui court est un tableau réalisé par Kasimir Malevitch en 1930-1931. Elle est conservée au musée national d'Art moderne, à Paris.

Kazimir Malevitch. On le connaît comme le héros de l'abstraction. Celui qui, en décembre 1913, à l'occasion de l'opéra Victoire sur le soleil qu'il a conçu avec Matiouchine et  Kroutchenykh, fit apparaître sur le costume du fossoyeur le célèbre quadrilatère noir entouré de blanc. Un simple carré qui devint l'icône de la peinture suprématiste et dont la naissance sera célébrée deux ans plus tard par le tableau Le carré noir. C'est ce carré qui, vingt ans plus tard, était placé au-dessus de son lit de mort en 1935. Ce carré noir dont Malevitch pu dire, avec son lyrisme inimitable : 

A la première page du nouveau livre du temps, nous plaçons le carré noir comme un mystère. Ce plan nous regarde avec son visage sombre, comme s'il cachait de nouvelles pages de l'avenir. Il sera le sceau de notre époque, n'importe où et n'importe quand, quand il sera accroché. Il ne perdra pas sa face.

Mais c'est un tableau de petit format de Malevitch que nous observons aujourd'hui. On lui donne deux titres : L'homme qui court mais aussi Sensation du danger, qui paraît plus à propos. Au premier regard, nous sommes loin du suprématisme, même loin de l'abstraction au sens commun du terme…

Un hiéroglyphe d'apparence humaine

A quoi ressemble ce tableau ? Dans la lumière presque monochrome de l'azur, un homme de profil, vêtu d'une tunique verte et d'un pantalon blanc court vers la gauche. Il a deux visages qui se superposent, l'un transparent, l'autre noir. La barbe et les cheveux blancs flottent au vent et ses longs bras balancent. Une main noire et l'autre grise, tandis que les pieds noirs aussi se détachent dans le rouge de ce qui pourrait être une route. La posture très schématique est raide. La couleur semble appliquée rapidement, comme si un état d'inquiétude de l'âme transformait la chimie de l'image et de la matière. Le bas du tableau est composé de lignes de couleurs inégales, mais parallèles. Jaune, rouge, noir, verte, puis blanc, puis jaune et blanc, à nouveau. Posées sur la ligne d'horizon, derrière le coureur, deux maisons, une rouge à toit noir et une blanche à toit rouge, séparées par une épée verticale dont la lame dégoutte de sang vermillon. Devant le personnage hauteur de son bras, une grande croix rouge dont la base est noire. 

Ce tableau n'est pas réaliste. Ou plutôt, il est aussi réel que La flagellation de Piero della Francesca, ce chef-d'œuvre de la Renaissance dans lequel les personnages absents à eux-mêmes semblent, comme ici, être les symboles d'une réalité d'un autre ordre. Cet homme qui court est un grand hiéroglyphe d'apparence humaine qui nous communique une situation mentale, une sensation, un état d'âme.  

Que s'est-il passé entre le Carré noir et cette toile ? Quand Malevitch peint ce tableau, cela fait trois ans qu'il a décidé de parvenir à exprimer une nouvelle image de l'homme. Et pour cela, de transposer dans un mode figuré le sens symbolique, les formes et les couleurs du suprématisme. Il inaugure cette nouvelle figuration après un retour précipité d'Allemagne dans le climat tourmenté, décevant, inquiétant de la post-révolution bolchévique. Il a même passé plusieurs semaines en prison. Et c'est cette terreur d'une société qui se glace, qui est à l'origine de cet extraordinaire tableau.  

Pour parler cette œuvre datée de 1930-31 et conservée au Centre Pompidou, au sein du Grand Palais à Paris où se déroule la FIAC, Foire Internationale d'Art Contemporain,  l'une des artistes nominées au Prix Marcel Duchamp, Farah Atassi, ainsi que l'historien d'art et grand spécialiste de Malevitch, Andreï Nakov, notre regardeur.

Musiques : 

- Extraits de l'opéra Zaoum : Victoire sur le soleil, composé en 1913 par Matiouchine pour la musique et Alexeï Kroutchenykh pour le livret. Costumes et décors de Malevitch. (zaoum ou alogique - néologisme créé par le poète Khlebnikov pour désigner un art formaliste, un art dont l'objectif n'est plus de reproduire la nature mais de s'interroger sur la relation entre le signe et la réalité). 

- Drums Not Dead, Liars.

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