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Le Sacre de Napoléon par le peintre Jacques-Louis David, peintre officiel de Napoléon Ier.  Imposante par ses dimensions, presque dix mètres sur plus de six, la toile de David est conservée au Louvre.
Épisode 7 :

Piero della Francesca, Nativité (1470)

59 min
À retrouver dans l'émission

Le grand mathématicien de la Renaissance Luca Pacioli disait qu’il était le vrai monarque de la peinture. Il faudra pourtant attendre la fin du XIXe siècle pour que l’attention se porte sur Piero della Francesca. Retour sur l'ultime tableau peint par l'artiste toscan avant d'être atteint de cécité.

Nativité, Piero della Francesca (circa 1470-1475)
Nativité, Piero della Francesca (circa 1470-1475) Crédits : Art Media/Print Collector - Getty

Treize acteurs se répartissent dans l’espace du tableau. Ils ne se regardent pas, ne se parlent pas, chacun absorbé par son rôle. L’artiste les a placés devant un édifice en ruines, une vieille tour sur les restes de muraille de laquelle a été méchamment posé un toit en pente. Là sont rassemblés cinq anges qui chantent devant l’enfant posé à terre, sur le manteau blanc de la Vierge et qui paraît crier en tendant les bras vers sa mère. Derrière elle presque de face le bœuf baisse la tête tandis que l’âne gueule ouverte, naseaux retroussés, ajoute son braiment au concert des anges. Derrière Marie, assis sur le bât de charge de l’âne, le vieux Joseph. Il s’y tient comme sur un trône, les mains croisées, une gourde posée au sol près de lui, il paraît absent de la scène et ne prête pas attention aux deux personnages qui ont été disposés par le peintre au 3e plan de la scène : les deux bergers. L’un désigne le ciel au-dessus de lui, sans doute l’étoile qui a arrêté sa course pour signaler la venue du fils de Dieu. Enfin, participant à ce rassemblement, perchée sur la toiture une pie, souvent commentée, curieuse et peut-être bavarde, observe la scène. Derrière la crèche à gauche du tableau, un paysage escarpé, une vallée où coule un fleuve, à droite les bâtiments de Borgo San Sepolcro, la ville où vécut Piero. Dans ce tableau figé sous un ciel céruléen, presque pas d’ombre sinon un triangle créé par une brèche dans le mur de la crèche, il donne l’impression qu’il est midi, et dans cette lumière qui dévore les couleurs s’élève, inaudible pour nous sinon par l’esprit, les bruits de la campagne, les chants des anges, les accords des luths, peut-être le bruit des animaux…

Cette Nativité, réalisée vers 1470, est l'œuvre du maître du Quattrocento italien Piero della Francesca, auteur d'importants traités sur la perspective, et qui fut appelé à réaliser les fresques de la basilique San Francesco d'Arezzo, dédiées à La légende de la Vraie Croix. Sollicité par les princes d’Urbino ou de Ferrare, admiré de Vasari, il fut abondamment commenté du XVe siècle à nos jours. En 1927, Roberto Longhi lui consacre une monographie restée célèbre, et d'autres historiens d'art comme Paolo Lecaldano, Pierre Francastel ou encore Elie Faure ont longuement interrogé les compositions du peintre toscan, notamment sa capacité extraordinaire à rendre sensibles les volumes des corps immobiles.

Pour en parler, Jean de Loisy s'entretient avec Elisabeth Ballet, artiste et sculptrice et Michel Laclotte, historien d'art, ancien directeur du Musée du Louvre.

Les regardeurs contemporains admirent Piero della Francesca pour le silence impassible qui émane de ses compositions, une dimension à laquelle est très sensible Elisabeth Ballet :

Ce qui me frappe dans ce tableau c'est qu'il est totalement muet. Les anges sont merveilleux, tout nous dit qu’ils sont en train de chanter, mais ils appartiennent tellement à l’image que le son ne sort pas du tableau mais nous envahit quand même, de manière abstraite.      
Elisabeth Ballet

Michel Laclotte, pour qui Piero della Francesca est l’un des deux ou trois plus grands peintres de l’histoire de la peinture, revient sur la façon dont celui-ci s'est saisi des innovations techniques de son temps pour les porter à un point de perfection :

Quand on regarde de près les perles qui ornent le visage et le cou de la Vierge, on voit que c’est peint avec une extraordinaire subtilité. Une subtilité que ne pouvait atteindre Masaccio avec la peinture a tempera. Il est évident que Piero avait compris comment il fallait utiliser cette nouvelle ductilité, cet aspect liquide qu’offrait la peinture à l’huile et qui permet de faire tourner les formes dans l’espace et dans la lumière. Michel Laclotte

La Nativité de Piero della Francesca est aujourd'hui conservée à la National Gallery de Londres.

  • Textes lus par Lara Bruhl
  • Musiques diffusées : John Cage / Meredith Monk
Intervenants
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