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Doit-on épouser le modèle allemand?

56 min

« Dieu que les roses sont belles à Göttingen… »…. C’est du moins ce que le chef de l’Etat Français, notre président-candidat nous chantonne en faisant de l’Allemagne son principal argument de campagne. Lors de son intervention télévisée dimanche soir dernier, Nicolas Sarkozy a vanté les mérites du modèle allemand une bonne quinzaine de fois, semblant ainsi faire corps, le temps d’une soirée, avec Ernest Renan qui, en 1871, écrivait dans sa préface à la Réforme intellectuelle et morale : « L'Allemagne a été ma maîtresse ; je lui ai consacré ce qu'il y a de meilleur en moi ». Au point que le quotidien économique Handelsblatt évoque même « la romance allemande » de Monsieur Sarkozy. Une « romance » partagée Outre Rhin puisque la Chancelière allemande Angela Merkel a annoncé qu’elle viendrait soutenir les meetings du futur candidat encore non déclaré…. Et une heure durant, le chef de l'Etat a fait l'apologie de l'Allemagne pour légitimer ses réformes économiques - bouclier fiscal hier, réforme de l'ISF, renforcement de l'apprentissage, TVA sociale, accords compétitivité-emploi aujourd'hui, et règle d'or budgétaire demain. Et une heure durant, Nicolas Sarkozy, s’est présenté en président courage, se comparant volontiers au chancelier Schröder qui, entre 2003 et 2005, prit des mesures courageuses, comprenez libérales, pour remettre son pays sur les rails de la croissance, avec un commerce extérieur plus florissant que jamais et un taux de chômage historiquement bas. Le « Sarko Américain » de 2007 serait donc devenu en 2012 « Sarko le Berlinois »… Après le «rêve américain», le «mythe allemand»… Et ce couple Franco allemand, « toujours au bord de la crise de nerfs», paraît animé d’un feu sacré, au point que demain… Angela Merkel et Nicolas Sarkozy seront simultanément sur les écrans télévisés de France et d'Allemagne pour une interview commune, à l'occasion de la venue de la chancelière à Paris pour un conseil des ministres franco-allemand. Mais notre président n’est pas le seul à s’être amouraché du modèle allemand.….François Bayrou, dans son livre programmatique 2012 État d'urgence , comme dans tous ses derniers discours, ne manque jamais une occasion de citer l'Allemagne en exemple, voire en modèle à suivre. François Hollande a déclaré que sitôt élu, il irait à Berlin, et pas seulement pour dire à Angela Merkel qu’il faut ajouter un volet croissance au nouveau pacte de rigueur européen……L'Allemagne revient si souvent dans le discours politique que Le Figaro se demandait cette semaine si la présidentielle française ne sera pas un référendum sur le modèle économique allemand…..Mais au fait, de quoi est fait ce fameux modèle allemand ? Existe-t-il réellement ? Et si oui, le transposer est-il la clé de tous les maux français?

Entre la France et l’Allemagne, c’est une histoire de couple. C’est-à-dire d’union et de séparation. Une histoire d’attirance et de répulsion. Pour l’union, pensons au traité de l’Elysée (1963) ou bien à la fameuse image de François Mitterrand et d’Helmut Kohl main dans la main à Douaumont, non loin de Verdun (1984). Les séparations sont légions : 1815, 1870, 1914-1918 et 1940-1945. Entre la France et l’Allemagne, c’est une histoire de coupe, aussi. De coupe française pleine de « diktat », de « politique à la Bismarck » et d’économie « casque à pointe ». Et d’une coupe allemande lassée par les cocoricos, égos et ergots franchouillards déplacés. La crise de la zone euro a une nouvelle fois accentuée ce mouvement de balancier.Alors que le député socialiste Arnaud Montebourg soutient encore qu’« il n'y a pas de modèle allemand » mais seulement « un antimodèle allemand » avec ses cinq millions de « mini-jobs » payés 400 euros par mois, le président Nicolas Sarkozy a affirmé de son côté dans son entretien du 29 janvier, que « l’économie allemande a fait le choix de l’emploi, l’emploi, l’emploi » a-t-il dit trois fois. Modèle ou repoussoir, fusion ou coalition, les intellectuels oscillent de leur côté entre distances et alliances. Alors pour sortir des clichés, nous avons invité philosophe Michael Foessel qui explique dans un dossier à paraître dans Le Monde ce mardi 7 février, que « l’Allemagne d’aujourd’hui vaut mieux que son modèle économique ». Plutôt que de célébrer la déflation compétitive, Michael Foessel fait l’éloge d’une démocratie décentrée, délibérative et tempérée dont la France pourrait s’inspirer. Dans ce même dossier, la journaliste et essayiste Jacqueline Hénard , correspondance de la Frankfurter Allegemeigne Zeitung et de Die Zeit, que nous accueillons aussi sur France Culture ce soir, tout comme dans Le Monde mardi prochain, rappelle la préoccupante augmentation de la pauvreté au sein d’une Allemagne où « l’égalité des chances semble s’évaporer ». Une manière de tempérer tous ces élans, même si l’hégémonie a changé de camp. « La relation avec la France manque encore de sex-appeal », nous dit-elle. Décidemment, la France et l’Allemagne, c’est une histoire de coupe. Après les unions, les séparations et les réconciliations, voici l’heure des nouvelles opérations de séduction. Il faut dire que l’économie, notamment chinoise, est passée par là. Et qu’il est temps de mettre un tigre dans le moteur.Mais, il ne sera pas seulement question que de modèle allemand, Les Retours du Dimanche examinent dans la « vie des Idées » qui agitent les pages Débat du Monde, la notion d’élite mondialisée. Enfin, avec, journaliste Christophe Chatelôt , au Monde, notre Tour du monde prospectif se projette ce soir au Sénégal...

Angela Merkel et Nicolas Sarkozy
Angela Merkel et Nicolas Sarkozy Crédits : Radio France
Intervenants
  • essayiste franco-allemande et directrice de CNC Paris
  • philosophe, spécialiste de la philosophie allemande et de la philosophie contemporaine, et professeur à l'école Polytechnique
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