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Les intellectuels dans la campagne

58 min

André Malraux et le général de Gaulle
André Malraux et le général de Gaulle Crédits : Radio France

Mais où sont passés les intellectuels Français ? Pendant des décennies, ils ont signé des manifestes, participé à des meetings, distribué des tracts et, plus récemment, envahi les émissions télévisées pour prêcher leur bonne parole. Ils incarnaient un mythe, participaient de la spécificité française... Et puis à partir des années 1980, avec la mort de Jean-Paul Sartre, Raymond Aron et Michel Foucault, et plus récemment de Pierre Bourdieu leur magistère s’est émoussé... Les derniers dinosaures de l'engagement intellectuel se sont éclipsés... Ces monstres sacrés étaient pourtant le piment de la vie publique, et parfois le sel des campagnes électorales, le condiment indispensable à tout candidat sérieux. La campagne présidentielle de 2007 fut elle leur chant du cygne ? André Glucksmann, qui avait soutenu Nicolas Sarkozy en 2007, jette un regard plus critique aujourd'hui sur le président sortant et ne révèle pas quel bulletin il glissera dans l'urne. Bernard-Henri Lévy, qui s'affichait régulièrement aux côtés de Ségolène Royal, s’est effacé. A peine l'a-t-on brièvement aperçu à un déjeuner avec François Hollande. Michel Onfray, après avoir hésité sur le cas Mélenchon, a clamé qu’il irait mettre un bulletin blanc dans l’isoloir, tandis qu’Alain Badiou, superstar de l’antisarkozysme depuis 2007, a prévenu qu’il ne se déplacerait même pas. Régis Debray, tout en se réjouissant dans un essai de campagne, Rêverie de gauche , de l’élection probable de Hollande, a fait savoir qu’il ira pour sa part voter Mélenchon.

Les quelques exceptions font pâle figure et il n’y a plus guère que quelques artistes pour trôner aux côtés des candidats : Gérard Depardieu était présent au meeting de Sarkozy à Villepinte, Claude Lelouch et l'écrivain Jean d'Ormesson ont fait une apparition au meeting de la place de la Concorde, quand Jane Birkin était avec les socialistes pour soutenir Hollande au parc de Vincennes. Et même Johnny Halliday a récemment confessé que, plus jamais, il ne se mêlera de politique...

Quant aux penseurs, peu se prononce : philosophes, sociologues, politologues, écrivains et psychanalystes préfèrent se mêler de leurs affaires et ne pas clamer leurs opinions. Contrecoup des nombreux appels signés ces dernières décennies, leur soutien n'est plus recherché... Alors comment expliquer ces retraits ? Et quelles en sont les conséquences sur notre vie publique et intellectuelle ?

Comme le crient les sportifs, comme on le scande dans les manifs : « Mais ils sont où, mais ils sont où les intellos », se lamente le landerneau... Disparus, dit-on. Repliés. Déçus ou dépités. Et pourtant ils sont bien là, mais ils ont tout simplement changé. L'intellectuel organique est davantage le think tank

aujourd'hui que l'intellectuel du parti cher à Antonio Gramsci. L'intellectuel aujourd'hui est un intellectuel spécifique comme ces esprits savants soucieux de mobiliser leur savoir acquis dans un champ de recherche déterminé, à l'image de Michel Foucault (1926-1984), historien de l'enfermement investi dans les actions du Groupe d'information sur les prisons. L'intellectuel peut être aussi critique, comme Bourdieu ou Badiou, voir même prophétique, comme Edgar Morin ou Michel Serres. Si l'on déplore le retrait des intellectuels, c'est parce qu'on ne s'intéresse souvent qu'à leur versant médiatique. Alors qu'il est beaucoup plus collectif aujourd'hui. Sans compter que, du géographe Christophe Guilluy, l'analyste des fractures sociales qui séduit à droite comme à gauche en passant par Gilles Kepel, connu pour ses travaux sur l'islam, les chercheurs spécialisés, qui éclairent sur une réalité sociale, ont peu à peu remplacé auprès des politiques les penseurs généralistes. C'est ce que nous dit Thomas Wieder , journaliste au Monde en charge d'une enquête sur cette question publiée ce week-end dans le cahier Culture et idées du quotidien. Il dialoguera avec Laurent Bouvet , un intellectuel s'il en est, qui a récemment publié Le Sens du peuple- La gauche, la démocratie, le populisme aux éditions Gallimard. Professeur de science politique à l'Université de Versailles-Saint-Quentin (UVSQ), il s'est exprimé cette semaine dans les pages « Débats » du Monde. Sur la campagne. Pour dire que personne désormais ne pouvait éviter la question de l'insécurité culturelle aujourd'hui mise à jour par l'importance du votre FN. Un dialogue avec des intellectuels sur les intellectuels.

Mais il ne sera pas question ce soir que des intellectuels en campagne, les Retours du Dimanche se penchent aussi dans la vie des idées qui agitent les pages débats du Monde sur l’ombre marine que le FN fait planer sur le second tour de l’élection présidentielle. Enfin notre tour du monde, en compagnie de Marie Jégo , correspondante du Monde en Russie, se projette à Moscou où la cérémonie d’investiture du Président Valdimir Poutine risque d’être pertubée par les secousses du printemps Russe...

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