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Une femme douce de Sergei Loznitsa

Âmes mortes

2 min
À retrouver dans l'émission

Portrait-charge de la Russie d’aujourd’hui par Sergei Loznitsa, évocation vaporeuse du Sud des Etats-Unis pendant la Guerre de Sécession pour Sofia Coppola, le Festival de Cannes tourne au cauchemar. Pas exactement pour les mêmes raisons…

Une femme douce de Sergei Loznitsa
Une femme douce de Sergei Loznitsa

L'an dernier à Cannes, un film avait frappé par sa description implacable d'une Russie en proie à un fondamentalisme religieux frôlant le fascisme : c'était "Le Disciple". Avant-hier, son réalisateur, le metteur en scène de théâtre Kirill Serebrennikov, bête noire des autorités poutiniennes depuis des années, a vu son théâtre moscovite, le Gogol Center, perquisitionné, et lui-même se retrouve assigné à résidence. On imagine que l'Ukrainien Sergei Loznitsa ne remettra pas les pieds en Russie de sitôt, tant le film qu'il présente aujourd'hui en compétition à Cannes, "Une femme douce", est un portrait charge de la Russie, de son âme violente et corrompue, et de ses autorités dont l'arbitraire et le goût du secret n'ont rien à envier à l'époque stalinienne dont elles perpétuent le cauchemar quotidien. "Métaphore d'un pays où les gens se font perpétuellement violer", selon les mots de son réalisateur, dont la puissance d'une mise en scène au cordeau ne laisse pas un instant de répit aux spectateurs comme à son héroïne, "Une femme douce" plonge une femme de prisonnier, à la recherche de nouvelles de son mari, dans l'enfer d'une ville pénitentiaire où police, mafia et population conspirent à maintenir une omerta où toute personne qui se fait remarquer court un danger vital. Avec un final très lynchien, sorte de "Twin Peaks" à la soviétique, Sergei Loznitsa se place entre « Les Possédés" de Dostoïevski" et "Les Âmes mortes" de Gogol : sans espoir, et glaçant...

« Virgin Suicides », le retour

Là, c'est moins glaçant que glacé, comme le papier du même nom. Sofia Coppola se frotte au remake avec "Les Proies", d'après un roman déjà adapté en 1971 avec beaucoup plus de talent par Don Siegel, avec Clint Eastwood. On connaît l'histoire de ce conte pervers : pendant la Guerre de Sécession, un soldat nordiste blessé trouve refuge dans un pensionnat de jeunes filles du Sud profond. Il aiguisera leur désir avant de s'en retrouver victime. Reconstitution soignée, pour ne pas dire proprette, image ouatée et vaporeuse, éveil de jeunes filles à la sexualité : Sofia Coppola tente de retrouver la grâce de "Virgin Suicides", qui l'avait révélé à Cannes en 1999, mais par sa mise en scène pataude et son récit mené par à-coups maladroits, elle échoue à créer autre chose que des âmes mortes. Sauf que là, ce n'est sans doute pas volontaire...

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