LE DIRECT
 "In the Fade"

Justiciers solitaires

2 min
À retrouver dans l'émission

Dernier jour de compétition, avec deux films qui expriment avec plus ou moins de brutalité un besoin de vengeance. "In the Fade" et "You Were Never Really Here" confirment aussi la grande tendance de cette 70e édition : l’enfance maltraitée, quand elle n’est pas franchement massacrée…

 "In the Fade"
"In the Fade"

C'est dans la violence et la vengeance que se clôt cette 70e compétition du Festival de Cannes. "In the Fade" commence comme d'autres films du réalisateur germano-turc Fatih Akin, dans un quartier multiculturel de Hambourg. Un couple mixte : elle est allemande, il est kurde, trafiquant de drogue repenti. Ils ont un garçon de 6 ans. Mais un attentat à la bombe va tuer père et fils, et plonger la survivante dans le deuil, le besoin de justice et le désir de vengeance. Inspiré par les attentats néo-nazis qui avaient visé au début des années 2000 des membres de la communauté turque, Fatih Akin divise sagement son histoire en trois chapitres, qui sont autant de genres cinématographiques : le film de résilience, le film de procès et le film de vengeance. Mise en scène lourdement illustrative, confusion, pour ne pas dire irresponsabilité politique, le film souffre aussi, mais ce n'est pas sa faute, d'être tragiquement inactuel, quatre jours après l'attentat de Manchester. Reste, pour son premier film en langue allemande, une performance remarquée de Diane Kruger, toute en dignité dans l'expression de la douleur, qui pourrait lui valoir un prix d'interprétation demain.

Coups de marteau

Le même sort pourrait échoir à Joaquin Phoenix pour son incarnation fiévreuse et habitée de Joe, le héros torturé de "You Were Never Really Here", tourné par l'Anglaise Lynne Ramsay aux Etats-Unis. Joe est un vétéran polytraumatisé, par son enfance et la guerre en Afghanistan. Il a une spécialité : il sauve les petites filles enlevées ou disparues. Si vous avez aimé la scène de "Taxi Driver" où Travis Bickle/Robert de Niro sauvait la petite Iris/Jodie Foster, prostituée de 12 ans, en massacrant proxénète et clients, vous serez servis : Lynne Ramsay en étire le principe sur une heure et demie, avec une brutalité sauvage où rien ne vous sera épargné, des coups de marteaux aux dents arrachées à la pince. Un film choc, pas toujours très fin, dans sa recherche effrénée de cadrages baroques et d'effets de montage, mais qui confirme in fine la grande tendance de cette année : à Cannes, en 2017, les enfants auront été maltraités de toutes les façons. Enlevés, disparus, prostitués, abattus ou explosés, quand ils ne sont pas eux-mêmes meurtriers. Le cinéma contemporain, à l'image sans doute du monde d'aujourd'hui, a très mal à ses enfants...

L'équipe
Production

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......