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"Okja" de Joon-Ho Bong

"Okja", le film monstre de Netflix

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Sifflets massifs de la salle et bronca quand le logo "Netflix" est apparu sur le grand écran, mais le film, qui ne sortira pas en salles, est scandaleusement réussi.

"Okja" de Joon-Ho Bong
"Okja" de Joon-Ho Bong

Pour rester dans les mémoires, une bonne édition du Festival de Cannes a besoin de scandale, on se souvient encore aujourd'hui de ceux causés par "La Grande Bouffe" ou "L'Avventura". D'habitude, ce sont les contenus ou la forme des films qui posent problème. Cette année, c’est leur producteur et diffuseur qui fait grincer : ça fait déjà un mois que les deux films Netflix sélectionnés en compétition provoquent la colère des exploitants de salle et l'inquiétude de ceux qui voient là un funeste présage pour l'avenir du cinéma.

On attendait donc avec impatience la première, et rare projection en salle, puisqu'en France il ne sera visible que sur les petits écrans de la plateforme de visionnement sur abonnement, de "Okja", du Coréen Bong Joon-ho. Et on n'a pas été déçu : sifflets massifs de la salle quand le logo "Netflix" est apparu sur le grand écran du Théâtre Lumière, bronca des spectateurs pendant 5 mn car le film était projeté au mauvais format, ce qui a nécessité son interruption et son redémarrage.

Mais surtout parce que le film est un très grand film, mêlant tous les genres : monstre gentil à la Miyazaki, comédie, brûlot politique contre le capitalisme et l'exploitation animale, "Okja", exceptionnellement mis en scène, avait tout pour être une parfaite Palme d'Or, si le président du jury Pedro Almodovar ne s'était déjà prononcé contre décerner un tel honneur à un film qui ne sorte pas en salle. Le scandale, c'est peut-être qu'un tel film monstre n'ait pas pu se monter dans les circuits traditionnels du cinéma.

Une douceur glaçante

On est beaucoup plus réservé sur cette satire du politiquement correct à la suédoise qu’est « The Square », même si elle est souvent très drôle. Car en brossant la crise existentielle d'un directeur de musée d'art contemporain, confronté à la contradiction entre ses idéaux et ses actes, Ruben Östlund peine à se dépêtrer d'une dialectique confuse cachant à peine un douteux surplomb moralisateur.

A ce titre, on préfère la méthode de Barbet Schroeder, qui clôt avec "Le Vénérable W.", présenté aujourd’hui en séance spéciale, sa Trilogie du Mal. En filmant cet oxymore incarné qu'est un bouddhiste extrémiste, un moine prêcheur de haine antimusulmane en Birmanie dont la parole a provoqué de véritables pogroms, Schroeder, comme avec Idi Amin Dada ou Jacques Vergès, fait le portrait d'un monstre d'une douceur glaçante. Ce sont bien sûr les plus inquiétants...

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