LE DIRECT
La nef de l'eglise abbatiale de Fontevraud. Au premier plan, les gisants d'Isabelle d'Angouleme et Richard Coeur de Lion, au second plan, Alienor d'Aquitaine et Henri II.

L'Abbaye royale de Fontevraud : la cité des femmes

3 min
À retrouver dans l'émission

Joyau architectural trop méconnu, l'Abbaye royale de Fontevraud raconte quelque chose de la puissance des femmes, de leur pouvoir, de leur liberté au Moyen Âge. Qui ne peut que surprendre tant on a voulu l’oublier.

La nef de l'eglise abbatiale de Fontevraud. Au premier plan, les gisants d'Isabelle d'Angouleme et Richard Coeur de Lion, au second plan, Alienor d'Aquitaine et Henri II.
La nef de l'eglise abbatiale de Fontevraud. Au premier plan, les gisants d'Isabelle d'Angouleme et Richard Coeur de Lion, au second plan, Alienor d'Aquitaine et Henri II. Crédits : S.AUBIN / LEEMAGE VIA AFP - AFP

 Dans un vallon paisible, à la frontière angevine du Poitou  et de la Touraine,  surgit comme une vision : dans un écrin de verdure, taillée dans une pierre blanche très tendre, ce qui fut longtemps l'une des plus vastes et puissantes cités monastiques d'Europe, une cité de Dieu, mais aussi  une cité des femmes. L’abbaye royale de Fontevraud, un joyau architectural trop méconnu qui raconte quelque chose de la puissance des femmes et de leur pouvoir, de leur liberté au Moyen Âge, qui ne peut que surprendre tant on a voulu l’oublier. 

C'est bien un homme qui a fondé Fontrevraud en 1101,  un moine errant du nom de Robert d'Arbrissel,  qu'on est tenté de regarder comme un précurseur du féminisme, car il pratique une forme d’ascèse rare et que l’Eglise s’est évertué à combattre : le syneisaktisme. L’idée que vivre près de Dieu pour les hommes et les femmes c’est justement manger, prier et même dormir ensemble, sans jamais succomber aux tentations de la chair. Robert va semble-t-il plus loin, croit à la mixité des ordres et, osons le mot, à une forme d’égalité entre les deux sexes. De nombreuses femmes nobles, d’anciennes prostituées le rejoignent à Fontevraud, mais à mesure que l’abbaye grandit, le scandale gonfle. Robert d’Arbrissel est contraint de séparer  les moines des moniales en deux ordres distincts, mais il établit qu’après sa mort, seules des femmes pourront diriger Fontevraud. Cette décision n’entame en rien la gloire de l’abbaye, qui s'enrichit et atteint son apogée au siècle suivant quand elle s'attire les faveurs et la tendresse d’une femme hors norme, qui a façonné l’histoire de l’Europe comme peu de monarques : Aliénor d’Aquitaine. 

J’ai une fascination totale pour le destin de la duchesse d’Aquitaine, tant il tranche avec l’idée qu’on se fait de ce que pouvait être la vie d’une femme au XIIIème siècle. Car c’est la liberté, la fougue, et une intelligence politique peu commune que l’on rencontre à tous les moments de la vie d’Aliénor; elle hérite à quinze ans d’un territoire, l'Aquitaine,  plus vaste et riche que celui du roi de France, qu’elle épouse. Elle lui donne deux filles et s'engage  avec lui dans la deuxième croisade, traversant les mers, allant jusqu’à Alep, aux confins du monde connu d’alors, s’arrêtant où bon lui semble. Elle en revient brouillée avec un époux, qu’elle juge trop pieux, et trop jaloux de son pouvoir à elle. 

Qu’à cela ne tienne, elle obtient l’annulation de son mariage, et fait basculer le destin de l’Europe en épousant Henri Plantagenet, de dix ans son cadet. Elle apporte l’Aquitaine en dot à l'Angleterre, et ceint une deuxième fois la couronne de reine. Elle ne quitte pas des yeux l'Aquitaine qu'elle dirige de main de maitre,  promulgue les lois d’Oléron qui sont à l'’origine du droit maritime moderne, finance les arts... "Si tout l’univers était à moi, depuis l’océan jusqu’au Rhin, J’y renoncerais avec joie, pour pouvoir tenir dans mes bras la reine d’Angleterre" chantent les troubadours dans Carmina Burana.  Elle élève quasi seule en France ses fils Richard Cœur-de-Lion et Jean-Sans-Terre, qu’elle monte contre son mari, devenu trop autoritaire. Ses tentatives de renversement échouent, elle sera cloîtrée, puis libérée, continuera d’arpenter l’Europe jusqu’à près de 82 ans, avant de se retirer à Fontevraud, qu’elle aura chérie toute sa vie.

L'abbaye royale de Fontevraud
L'abbaye royale de Fontevraud Crédits : BODY PHILIPPE / HEMIS.FR / HEMIS.FR / HEMIS VIA AFP - AFP

Son gisant sublime dans la nudité de l’abbatiale raconte cette histoire de la puissance des femmes, qui a presque disparue des mémoires quand, après la révolution, l’abbaye devint une sinistre prison, où régnait la loi du silence. Mais jusqu’en 1792, ce sont bien trente-six abbesses qui ont gouverné à Fontevraud.  Femmes d’affaire autant que d'église, elles furent souvent des gestionnaires aguerries, à l’autorité spirituelle respectée. Sous le portrait de la plus célèbre d’entre elles, Marie-Madeline de Rochechouart, dite « la reine des abbesses »  on trouve cet  éloquent quatrain : 

« Cette femme illustre éclata, Par un profond savoir rare aux temps où nous sommes, et par ses vertus mérita, L’honneur de commander aux hommes. 

L'équipe
Production

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......