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La maison du comédien "Maria Casarès" à Alloue en Charente en 2006

La Maison Maria Casarès, du côté de la vie

3 min
À retrouver dans l'émission

C'est dans cette maison que la tragédienne s'est consolée de l'exil et de la mort de son amour, Albert Camus, à qui elle écrivait : "Y a-t-il plus passionnant voyage que celui de la vie, jusqu’à la mort incluse ?"

La maison du comédien "Maria Casarès" à Alloue en Charente en 2006
La maison du comédien "Maria Casarès" à Alloue en Charente en 2006 Crédits : PHOTOPQR/SUD OUEST/Isabelle LOUVIER - Maxppp

Une maison du théâtre, une maison de la consolation, une maison résolument placée du côté de la vie. Une maison comme un pays. "Je traîne avec moi une vieille nostalgie qui crie de plus en plus fort à mesure que les années coulent et qu’elle assiste, impuissante, à mon destin d’éternelle exilée. Prendre racine, trouver une patrie et m’y attacher jusqu’à la fin, voilà mon profond souhait." C’est ce qu’écrit Maria Casarès en 1950. Elle a à peine trente ans, elle est déjà l’une des comédiennes les plus fêtées de son temps, elle joue Cocteau, Genet, et bien sûr Camus. Mais elle a, comme le dirait Rimbaud, deux trous dans sa poitrine, deux douleurs : l’exil et la difficulté de l’amour. Deux urgences qu’elle transcende au théâtre et qu’elle réparera à la Vergne.  

Qu’il est difficile de parler de Maria Casarès sans donner à entendre la voix, si grave et si profonde, si immédiatement reconnaissable. Car cette voix qui a sublimé les plus grands textes du répertoire n’a pas toujours parlé français, elle s’est battue, cette voix, pour que les mots qu’elle dit sonnent juste. 

Car Maria Casarès est née en Espagne, à la Corogne, dans une famille francophile et profondément républicaine. Elle découvre le théâtre adolescente, en arrivant à Madrid où son père devient le Premier ministre de l’éphémère Seconde République espagnole. Mais vite, c’est l’insurrection, la guerre civile, et la fuite. À 14 ans, la jeune Maria se retrouve dans une France inconnue, ambiguë face à la guerre d’Espagne, chez des amis comédiens de ses parents, à devoir réapprendre une nouvelle langue. Elle s’y attaque par le théâtre immédiatement ; elle apprend à réciter en même temps qu’elle apprend à parler. Elle échoue à l’entrée du Conservatoire à cause de son accent trop prononcé, mais devient bien actrice avant de devenir Française. C’est sans doute ce qui lui confère son génie, cette manière qu’elle avait "de dire les alexandrins qui tient de l’incantation, de casser les vers avec une violence contenue qui éclatait comme une coulée de lave brûlante" comme le dit sa partenaire à la scène Claude Jade

L’autre salut, autre blessure, vient d’une rencontre que Maria fait en 1940, dans un Paris occupé où la guerre l’a rattrapée ; celle d’Albert Camus. L’écrivain est marié, il a dix ans de plus qu’elle, et pendant vingt ans, ils vont s’aimer, se déchirer, s’aider à vivre, s’écrire - plus 837 lettres qui témoignent d’un attachement inouï, qui va au-delà de l’inclination amoureuse. Camus lui tiendra lieu d’amant, d’ami, de père, parfois même dit-elle de fils : "_Depuis quinze ans tu n’as pas partagé ma vie, tu es ma vi_e", lui écrit-il peu de temps avant de mourir brutalement d’un accident de voiture en 1960. 

L’année suivante comme pour survivre, se consoler du départ de celui dont elle dit qu’il lui a permis d’aimer la France, elle acquiert ce logis de la Vergne, en Charente. Une ferme dont les fondations remontent au Moyen Âge, où elle vient se reposer chaque fois qu’elle le peut de ce qu’elle appelle "_le bûcher théâtra_l". Ce bûcher va la consumer jusqu’à sa mort en 1996, dans cette terre, cette patrie de la consolation qu’est la Vergne. Elle lègue la maison à la commune de l’Alloue, pas pour qu’elle devienne un musée ou une école mais bien un lieu de travail pour ses pairs, les comédiens. Maria Casarès nous apprend "que la tragédie, c’est accéder à la vérité. Elle disait que la tragédie, c’est dénouer le songe bourgeois" écrit le dramaturge Olivier Py. La tragédie, c’est finalement être du côté de la vie. 

Allez à la maison Maria Casarès cet été, avant qu’elle n’entame de longs travaux. On ne la visite pas, on y écoute et voit du théâtre, on y dîne. On peut aussi y écouter de la musique pour la dernière fois dans le lieu tel que Maria l’a laissé. Ensuite sa trace s’y perdra un peu plus. Mais "y a-t-il plus passionnant voyage que celui de la vie, écrit Maria à Camus,  jusqu’à la mort incluse ?

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