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La porte de Chatellerault qui donne sur la Grand Rue de Richelieu

Richelieu, la ville nouvelle du cardinal

4 min
À retrouver dans l'émission

La traversée d'un grand projet rationnel et démesuré en Touraine : la ville de Richelieu, imaginée et fondée au 17ème siècle par le Cardinal du même nom.

La porte de Chatellerault qui donne sur la Grand Rue de Richelieu
La porte de Chatellerault qui donne sur la Grand Rue de Richelieu Crédits : Guillaume Souvant - AFP

En Indre-et-Loire, entre Tours et Poitiers, existe une cité à la fois totalement folle et absolument rationnelle : celle de Richelieu

En 1631, le Cardinal et duc de Richelieu, puissant prince et ministre du roi Louis XIII, l’âme damnée des Trois mousquetaires de Dumas, a un projet : entreprendre la construction d'une ville. Un rêve qui fait penser à la mégalomanie classique chez les hommes d'état français : celui de marquer son passage dans la pierre. Sauf qu'avec Richelieu, la folie franchit plusieurs degrés puisqu'il s'agit là de bâtir une ville entière, à qui il donnera son propre nom, un nom solennel qui sonne comme une trompette ou comme une publicité à mauvais jeu de mot : Richelieu (riche-lieu). 

Ce que le cardinal ministre imagine avec cette idée de ville n'est donc rien de moins que le projet d'une ville nouvelle. Trois siècles avant Cergy-Pontoise, Villeneuve d'Asq ou Marne-la-Vallée, Richelieu porte dans sa construction le fantasme de la ville qui sort de terre, construite à partir de rien, dans des territoires de la Touraine qui étaient en friche à l'époque. On raconte même que Richelieu en aurait dessiné les plans, et qu'il en aurait sûrement rêvé les formes, les lignes et l'ordonnancement. Il en confie la construction à l'architecte star de l'époque : Jacques Lemercier, auteur entre autres de la coupole de la Sorbonne et du Palais royal à Paris.
 

Mais alors, à quoi ressemble Richelieu ? 

La ville, ou plutôt le village (qui compte moins de 1700 habitants au dernier recensement) est entourée de remparts qui dessinent un rectangle. Elle est symétriquement coupée en deux par une Grande Rue, on pourrait presque la plier sur elle-même en suivant cet axe. Il y a d'un côté la place royale, de l'autre la place cardinale, rigoureusement identiques. 

De plus, la ville est organisée selon un plan en damier strict, c'est-à-dire découpée en blocs carrés enfilés les uns à la suite des autres, où littéralement rien ne dépasse. Concrètement, quand on se promène dans Richelieu, on a l'impression d'arpenter les rues de Barcelone ou de circuler entre les blocs d'immeubles de Manhattan, les gratte-ciels en moins... On est saisi par les perspectives qu'elle dessine, la netteté des axes, et les bâtiments dupliqués qui se ressemblent les uns les autres. Par un effet d'anachronisme, c'est comme si le rationalisme classique du 17ème siècle français rencontrait dans ce projet le fonctionnalisme des avant-gardes du début du 20ème. Magie de la ville nouvelle et de la cité idéale où le plan décide de tout, car construire sur du vide permet toutes les organisations de l'espace possible. 

Si la promenade dans la cité est agréable, bercée par l’ordre et la proportion, elle peut aussi s'avérer inquiétante. Car dans la ville de Richelieu, tout chante la gloire de son fondateur : il y a une statue, un musée, et des plaques devant chaque maison qui remercie la générosité du prince qui a octroyé telle demeure à un tel. Les bâtiments portent ainsi le signe de la démesure politique du ministre de Louis XIII, ce grand seigneur qui se voudrait peut-être un rival de son souverain. L’ombre du grand homme plane sur la ville comme son bienfaiteur, mais il la hante aussi comme un fantôme. La ville sera achevée en 1642, après 10 ans de travaux qu'on imagine éprouvants. 1642, c'est aussi l'année même de la mort du ministre, qui ne la verra donc jamais construite de son vivant, presque comme une malédiction. 

La cité d'Indre et Loire aurait pu devenir une ville-musée, une sorte de "Richelieu-land" dédié à la mémoire du ministre. Or il n'en est rien. Car si le village est classé aux monuments historiques, il reste un lieu habité, et qui n'a pas cédé aux tentations parfois asphyxiantes de la patrimonialisation. Allez donc parcourir les rues de Richelieu pour éprouver ce sentiment mélangé: celui d’abord de voir un projet à la fois nouveau et vieux, celui ensuite de voir une utopie réalisée, et donc légèrement ratée. La ville aurait ainsi suivi la destinée de son créateur. Elle porte la trace d'une grandeur qui s'estompe progressivement dans les mémoires. Celui qui, dans les Trois Mousquetaires, est désigné par Aramis comme le "Duc Rouge", est devenu rose pale, ou blanc comme sa statue qui trône entre le parc et les portes de la ville.  

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la ville de Richelieu dans une gravure de 1657
la ville de Richelieu dans une gravure de 1657 Crédits : Bibliothèque municipale de Reims via Wikipedia
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