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"Tout ce qui est parfum te ressemble, et le palpitement des oiseaux, la respiration du feuillage. » Elsa Triolet et Louis Aragon à Villeneuve

"Le bonheur existe, et j'y crois" à la Maison Elsa Triolet-Aragon

3 min
À retrouver dans l'émission

Aller au Moulin de Villeneuve et relire Aragon et Triolet. Parce qu’ils ont tant à nous dire des deux mouvements fondamentaux de la vie : l’engagement, et l’amour.

"Tout ce qui est parfum te ressemble, et le palpitement des oiseaux, la respiration du feuillage. » Elsa Triolet et Louis Aragon à Villeneuve
"Tout ce qui est parfum te ressemble, et le palpitement des oiseaux, la respiration du feuillage. » Elsa Triolet et Louis Aragon à Villeneuve Crédits : Archives AFP - AFP

Près de Saint Arnoult dans les Yvelines, non loin du péage trop connu, il est un lieu de poésie. Ce fut longtemps un moulin moulin à eau, c’est aujourd’hui un jardin de sculptures, un musée, une bibliothèque, un centre de recherche et de création. Un lieu de retraite, un lieu où se fixer pour ré-envisager le monde,  « ce lieu où tu te réfugies, quand Paris t'épuise de gens, de cris, et d'exigences. Écoute ce décor d'eaux et d'arbres, ne l'avons-nous pas ensemble combiné, n'est-il pas comme une grande convention que nous nous sommes l'un à l'autre faite, à demi conscients des temps qui vont venir ? » Louis Aragon s’adresse à Elsa Triolet dans La mise à mort, en évoquant le  moulin de Villeneuve qu’ils ont acquis en 1951. C’est ici que le couple littéraire français le plus célèbre du XXème siècle va vieillir,  écrire, et enfin mourir.

Je ne vais pas vous faire l’affront de tenter de dire en deux minutes seulement qui sont Elsa Triolet et Louis Aragon, tant leur noms circulent dans nos têtes. Ils sont accolés des rues, des écoles, des collèges, des lycées dans tant d’anciennes villes communistes qu’on a la sensation de ne connaître qu’eux. Mais je regrette qu’ils soient devenus ce couple un peu patrimonial et poussiéreux, trop marqués dans l’imaginaire par leur pro-soviétisme forcené. Je veux dire ce matin pourquoi il faut les aimer, pourquoi il faut les lire aujourd’hui, plus que jamais. Parce qu’ils ont tant à nous dire des deux mouvements fondamentaux de la vie : l’engagement, et l’amour. L’engagement et l’amour, ils les ont vécus, racontés, sans cesses réactualisés dans ce moulin vieux de plusieurs siècles,  où ils ont inventé à deux une maison pour réparer leurs identités fragmentées. 

« J'étais celui qui sait seulement être contre Celui qui sur le noir parie à tout moment Que serais-je sans toi qui vins à ma rencontre"

Car Louis Aragon, ce n’est pas que ce vieux poète communiste chanté par Ferrat et Ferré. C’est cet homme qui tout sa vie a porté un nom fictif, Aragon, inventé par un père préfet de police, qui ne l’a pas reconnu, élevé par une mère dont il a longtemps cru qu’elle était sa tante. Un homme qui a vécu deux guerres, la première dans les tranchées, la deuxième dans la résistance, qui a inventé, puis tué dans son cœur pour mieux le ressusciter le surréalisme, qui a arpenté toutes les idéologies, qui  aimé des femmes et des hommes. Avant de rencontrer Elsa, et c’est Elsa qui lui a donné la force d’affronter sa vie, de l’écrire, de la réécrire pour en trouver l’unité « J'étais celui qui sait seulement être contre Celui qui sur le noir parie à tout moment Que serais-je sans toi qui vins à ma rencontre Que cette heure arrêtée au cadran de la montre » C’est ce qu’il écrit dans Le Roman Inachevé, son autobiographie en vers,  écrite en partie à Villeneuve et parue en 1954. 

Elsa la déracinée, née Ella Yourievna Kagan, qui a désiré, œuvré pour  la révolution russe avant de la fuir, qui fut à la fois le chantre et la victime d’un régime soviétique qui eut raison de son premier amour le poète Maïakovski, et de sa sœur et rivale, Lili Brik.  Elsa l’immigrée qui a longtemps fabriqué des chapeaux et des bijoux, parce qu’écrire ne nourrit pas.  Elsa qui n’a jamais perdu son accent. Elsa et ses yeux, tant aimés, chantés par Aragon qu’on en oublie de la lire. Qu’on sait peu qu’elle est la toute première femme à avoir gagné le prix Goncourt  pour Le premier accroc coûte deux-cents francs, en 1945. Même cet honneur lui échappera, tant tout le monde lira à l’époque comme un simple geste politique, une récompense d'après-guerre à l’égard des communistes, 

C’est à Villeneuve qu’elle sera elle-même, enfin ancrée. C'est à Villeneuve qu'Aragon écrira : "Le bonheur existe et j'y crois." Et qu'ils reposent tous deux. Elsa est partie la première, foudroyée par une crise cardiaque au beau milieu du jardin qu’elle aimait tant, près des hêtres qui la fascinaient,. « Les branchages s’en allaient si loin qu’on avait peine à croire qu’ils appartenaient toujours à ces deux arbres là, » écrit-elle dans Le cheval Roux. « Sous cet univers de verdure, nous avions installé une table et un banc de pierre. Je disais alors à qui voulait l’entendre, que je souhaitais d’être enterré là, sous ces hêtres, à côté de Louis : ils serviraient de pierres tombales, il y en avait deux. La loi interdisait, paraît-il, de se faire enterrer chez soi, mais un souhait est un souhait. » 

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