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L'immeuble du 4 de la rue Girardon à Paris, au cinquième étage duquel vécut Céline, de 1941 à 1944

En passant rue Girardon à Montmartre, de Céline à Dalida

3 min
À retrouver dans l'émission

La rue Girardon à Montmartre abrite le spectre de Louis-Ferdinand Céline, qui y a vécu de 1941 à 1944, mais aussi celui de la chanteuse Dalida... Une bataille discrète de mémoires artistiques dans un même quartier.

L'immeuble du 4 de la rue Girardon à Paris, au cinquième étage duquel vécut Céline, de 1941 à 1944
L'immeuble du 4 de la rue Girardon à Paris, au cinquième étage duquel vécut Céline, de 1941 à 1944 Crédits : R. de Becdelièvre - Radio France

Aujourd'hui, on part pour un lieu à la fois touristique et à la fois pas du tout : l'appartement de Louis-Ferdinand Céline au 4 de la rue Girardon, à Montmartre dans le 18ème arrondissement de Paris. Car l’auteur a vécu presque quinze années sur la butte parisienne, et il hante la mémoire des lieux. C'est donc au 4 de la rue Girardon qu'il a vécu, au cinquième étage, avec sa compagne Lucette Destouches, né Almansor, en pleine seconde guerre mondiale de 1941 à 1944. Une période noire où Céline fréquente l’establishment collaborateur et laisse libre court à un antisémitisme effréné.

L'affaire, récente et rocambolesque, des manuscrits retrouvés de Céline a remis la rue Girardon sur le devant de la scène, puisque c'est dans cet appartement, quitté en catastrophe à la Libération, que Céline a abandonné, en haut d'une armoire dit-on, plusieurs manuscrits qui lui ont été subtilisé, et qui ont refait surface récemment. Je renvoie à l'enquête publié par Jérôme Dupuis la semaine dernière dans le Monde, et à l'entretien avec lui dans les Matins de vendredi dernier.
 

Cet épisode a ravivé le souvenir de ma lecture du roman de Céline D'un château l'autre (1957). Soit le récit apocalyptique, dans le bruit et la fureur, de la fuite en Allemagne de tout le gouvernement de Vichy et de ses supporters, qui émerge dans les brumes fiévreuses d'un accès de paludisme du narrateur. La voix et la cadence heurtée de l'écriture, les points de suspension et d'exclamation qui pleuvent littéralement. Dès les premières pages de ce roman, le narrateur-Céline se plaint du rapt de ses manuscrits qu'il a laissés derrière lui rue Girardon.
 

on m'a tout volé à Montmartre !... tout !... rue Girardon... je le répète... je le répéterai jamais assez... on fait semblant de pas m'entendre... juste les choses qu'il faut entendre !... je mets pourtant les points sur les i... tout !... des gens, libérateurs vengeurs, sont entrés chez moi, par effraction, et ils ont tout emmené aux Puces !... tout fourgué !... j'exagère pas, j'ai les preuves, les témoins, les noms... tous mes livres et mes instruments, mes meubles et mes manuscrits !... tout le bazar !...  j'ai rien retrouvé !... pas un mouchoir, pas une chaise !... vendu même les murs !... le logement, tout !... soldés !... "D'un château l'autre" (1957)

Cela m'a donné envie d'aller voir. J'y suis donc allé, hier, au 4 de la rue Girardon à Montmartre, poussé par la quête de l'esprit des lieux. L'immeuble est tout à fait massif. Mais on ne peut évidemment pas y accéder. J'ai donc attendu un peu, scruté le cinquième étage, croisé un groupe qui semblait s'adonner à une sorte d’escape game avec des casques et des applis : "on est bien rue Girardon là, il faut continuer par là je pense…" et aussi un certain nombre de touristes, comme il est d'usage dans ce quartier un lundi 9 août. Rien cependant n'y indique la présence de l'écrivain. Aucune plaque, aucun signe ne marque son passage dans le quartier, et cette absence fait débat chez les céliniens, comme les non-céliniens.
 

En continuant ma route, légèrement déçu, au bout de la rue Girardon, j’arrive sur une petite place circulaire à l'ombre de quelques arbres. On peut ici y admirer un buste : celui de Lolanda Gigliotti, plus connue sous le nom de Dalida.

Buste de Dalida
Buste de Dalida Crédits : PATRICK KOVARIK - AFP

Musique : Dalida, "Le jour où la pluie viendra" 

Si vous cherchez Céline à Montmartre, vous trouverez Dalida.

Cette dernière a en effet vécu au n°11 bis de la rue d'Orchampt, où une plaque de marbre honore sa mémoire : "Dalida a vécu dans cette maison de 1962 à 1987, ses amis Montmartrois ne l'oublieront pas." Il se joue, sur la petite montagne parisienne et à même la pierre, une bataille des mémoires artistiques.

Plaque commémorative au 11 bis de la rue d'Orchampt, maison de Dalida
Plaque commémorative au 11 bis de la rue d'Orchampt, maison de Dalida Crédits : R. de Becdelièvre - Radio France

Mais l'affaire se complexifie d'un tour supplémentaire, quand on apprend que dans cette maison de la rue d'Orchampt, Céline a aussi vécu, mais avant d’habiter rue Girardon ! Et ce dès 1929, avec sa compagne précédente, Elizabeth Craig. Céline et Dalida ont donc vécu dans la même maison, à trente ans d’intervalle. On pourrait longtemps imaginer des ponts et gloser sur les liens mystérieux qui unissent Céline et Dalida, la chanteuse populaire et l'auteur maudit : l'avait-elle lu ? Savait-elle qu'il avait habité là ? Et lui, mort en 1962, peut-être a-t-il entendu Bambino à la radio, tube de 1956 ? 

Du travail pour les biographes...
 

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