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La fôret de Tronçais

Forêt de Tronçais : promenons-nous dans les bois du temps long

3 min
À retrouver dans l'émission

La futaie de chênes de Tronçais est née d'une vision de Colbert : planter des arbres pour faire de la France une grande puissance maritime dans les siècles à venir. Rarement un ministre aura vu aussi loin, rarement un homme aura eu tant d'influence sur des paysages entiers.

La fôret de Tronçais
La fôret de Tronçais Crédits : Luc OLIVIER / Photononstop / Photononstop via AFP - AFP

Il existe en Auvergne, plus précisément dans l’Allier, une forêt qui s’étend sur près de dix mille hectares. On y croise de nombreux cervidés, de petits animaux, on y rencontre surtout certains des plus vieux chênes de France. C’est la Forêt de Tronçais. Ces arbres ont parfois près de quatre cents ans, ils portent des noms de rois, de naturalistes, des surnoms vernaculaires. Cette futaie de chênes sessiles, si l’on peut aujourd’hui s’y promener, c’est qu’un homme, un certain Jean-Baptiste Colbert a pensé à nous.

« La France périra faute de bois »

En 1669, les forêts de France sont en lambeaux. Paysans et nobles lutinent les forêts, pour se chauffer, faire marcher les forges, les tuileries, les verreries. On se remet à peine de la Fronde contre Louis XIV, et une guerre de trente ans contre les Habsbourg a révélé le terrible point faible d’un royaume qui pourtant rayonne en Europe : sa marine. « La France périra faute de bois », déclare Colbert. Pour dominer en mer dans les siècles à venir, il faut que la France puisse construire ses propres vaisseaux, et dispose de bois de bonne qualité en quantité. Le ministre choisit la forêt de Tronçais pour y planter les essences de chêne les plus à même de devenir les pièces centrales de navires qui feraient la gloire des générations de Français à venir. Rarement un ministre aura pensé aussi loin, rarement un homme aura eu tant d’influence sur des paysages entiers.  

Je ne sais pas s'il en est de même pour vous, mais lorsque je marche en forêt, que j’y croise de vieux arbres, j’aime me bercer de l’illusion que je suis de retour dans un état de nature, que je suis face à plus grand que moi, plus grand que l’Homme, au cœur d’un territoire inviolé. Or c’est toujours faux, en France, la plupart des forêts sont des futaies, c’est-à-dire des arbres adultes issus de semis. Toutes ont été voulues, pensées, a minima façonnées par l’Homme. Mais il y a aussi peut-être quelque chose de beau dans l’idée de se promener ainsi dans le temps long, d'arpenter une vision. 

Laisser les chênes de Colbert vieillir ensemble 

Bien sûr, même le temps long à ses écueils : quatre siècles après Colbert, on ne domine plus personne grâce aux bateaux de bois, la révolution industrielle est passée par là et les chênes de Tronçais sont essentiellement utilisés pour faire des tonneaux dans lesquels murissent nos vins et nos cognacs. Quant aux plus vieux spécimens de la futaie originelle, ceux qui ont plus de trois cents vingt ans, ils s’affaissent, s’écroulent. Il y a quelques années, l’Office National des Forêts s’est rendu à l’évidence : ce qui reste de la futaie Colbert à Tronçais représente un danger pour le promeneur : il aurait fallu couper quatre arbres pour en sauver un. 

L’ONF s’est refusé à le faire : ces chênes sont des compagnons, les membres d'une même famille qui ont vécu ensemble pendant des siècles. Les priver les uns des autres les rendrait vulnérables, en exposant soudain le survivant à un soleil trop violent. On a donc décidé de les laisser s’éteindre ensemble, en paix, et accueillir les animaux qui aiment les vieux bois : insectes xylophages, champignons lignivores. En espérant que les mieux protégés, les mieux aimés pourront peut-être atteindre l’âge canonique de six cents ans, loin du regard des hommes. Mais une autre futaie, celle de Buffevent, rebaptisée Colbert II, existe toujours. Vous pouvez vous y promener, et y croiser par exemple le chêne François Peron, qui a plus de 210 ans et culmine à 42 mètres. Saluez-le, pensez à ses ancêtres, à nos ancêtres. 

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