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Le vestiaire ou la salle des pendus de Lewarde

Voyage dans le ventre de la terre au Centre minier de Lewarde

2 min
À retrouver dans l'émission

Pour se souvenir de l'expérience totale que fut la mine, et des vaillantes gueule noires, cette "armée noire, vengeresse, qui germait lentement dans les sillons, grandissant pour les récoltes du siècle futur".

Le vestiaire ou la salle des pendus de Lewarde
Le vestiaire ou la salle des pendus de Lewarde Crédits : LECLERCQ OLIVIER / HEMIS.FR / HEMIS.FR / HEMIS VIA AFP - AFP

Dans cette lumière du cœur de l’été, il faut s'imaginer un monde qui fut longtemps sans ciel. Un monde où la terre était percluse de fosses, comme des blessures le long d’un flanc, là où l’on a été heureux parfois, et courageux  souvent : le bassin minier du Nord-Pas-de Calais. Si l’on n’est pas enfant, petit-enfant ou arrière petit-enfant de mineur, il est difficile de se figurer ce que fut la vie de ceux qui, dès la fin du XVIIe siècle et jusqu’en 1990 ont creusé cette longue veine de charbon qui court jusqu’à la frontière belge, ce filon de la houille sur lequel nous sommes assis, sur lequel nous avons tout construit, qui est à la base de la société industrielle, comme aime le dire  le sociologue Alain Touraine. 

Pour la comprendre ou l’entrapercevoir, il faut aller au Centre minier de Lewarde, qui fut le premier et reste aujourd’hui le plus important musée de la mine en Europe. Il faut y voir les chevalements, ces cathédrales de fer qui ont orné les paysages du Nord. Il faut entrer dans la fosse, elle s’appelait ici la fosse Delloye, et a englouti au cours de son histoire 1 099 mineurs. Il faut tenter de l’imaginer en activité, comme la décrit Zola qui passa plusieurs semaines tout près d’ici à Anzin, dans la fosse Renard pour écrire son Germinal. La mine, "au fond de son trou, avec son tassement de bête méchante, s'écrasait davantage, respirait d'une haleine plus grosse et plus longue, l'air gêné par sa digestion pénible de chair humaine." 

Centre minier de Lewarde
Centre minier de Lewarde Crédits : LECLERCQ OLIVIER / HEMIS.FR / HEMIS.FR / HEMIS VIA AFP - AFP

Car la mine trop longtemps a bel et bien digéré les hommes. On le sent dans ce Centre minier de Lewarde, qui fait l’objet d’un engouement surprenant depuis son ouverture en 1984, où l'on traverse les vestiaires, baptisés "salle des pendus", où l’on arpente les galeries, souvent en compagnie d’une ancienne gueule noire. Et ce qui frappe, c’est que la mine était une expérience totale : il y a le manque de ciel, le manque d’air, le charbon qui s'insinue partout. Dans les vêtements, que l’on suspend en hauteur en arrivant au vestiaire, dans les corons tout proches que les femmes de mineurs passent leur temps à récurer. Il y a les corps contraints des mineurs, qu'ils aient été piqueurs, haveurs, boiseur, herscheurs, freineurs, boutefeux ou ouvriers du rocher. Ces noms de métier qui sonnent si joliment à nos oreilles recouvraient une réalité du travail terrible. Il y a le son surtout, celui du charbon qui est tiré à la surface, qui équivaut en intensité à celui d’un avion à réaction. Celui des marteaux qui creusent la roche : "Encore, encore, de plus en plus distinctement, comme s'ils se fussent rapprochés du sol, les camarades tapaient. Aux rayons enflammés de l'astre, par cette matinée de jeunesse, c'était de cette rumeur que la campagne était grosse", écrit Zola dans Germinal. 

"Des hommes poussaient, une armée noire, vengeresse, qui germait lentement dans les sillons, grandissant pour les récoltes du siècle futur, et dont la germination allait faire bientôt éclater la terre." A l’heure où l’on entend tourner du carbone, n’oublions pas que ce sont les mineurs qui, en menant des grèves effroyablement difficiles, ont gagné pour nous le jour de repos hebdomadaire, puis la loi Waldeck-Rousseau qui légalise les syndicats. Si nous sommes en vacances cet été, c’est un peu grâce à eux.  

Bibliographie

Couverture de Germinal - Emile Zola - Editions Gallimard (folio)

GerminalÉmile ZolaGallimard, 1999

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