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La réserve du Grand Barry dans la Drôme

Les réserves de vie sauvage du Vercors, voyage dans des sanctuaires vivants

3 min
À retrouver dans l'émission

Les réserves de vie sauvage, dans le Vercors et ailleurs, laissent des espaces et tout ce qu'ils contiennent en libre évolution.

La réserve du Grand Barry dans la Drôme
La réserve du Grand Barry dans la Drôme Crédits : Philippe Desmazes - AFP

Aujourd’hui nous allons dans des lieux où il n’est pas interdit d’aller, mais où l'entrée réclame des conditions. Un lieu où les principaux habitants ne sont pas des humains, mais les cerfs élaphe, les gypaètes barbus, les renards, les sangliers, les chouettes hulottes, les lièvres et les grenouilles… Ces lieux, ce sont les réserves de vie sauvage, on en trouve en Bretagne, dans l'Hérault, mais les plus grandes d'entre elles sont situées dans la Drôme, et plus précisément, dans le Vercors.

On commence par un exercice d’imagination : essayons de penser un espace naturel, une forêt, une prairie, un lac ou une lande qu’on laisserait tranquille, dont on n'exploiterait ni le bois, ni la terre, ni les animaux, ni la force de l'eau. Un lieu qu'on laisserait pousser et vivre en liberté, un espace auquel on ficherait littéralement la paix. C'est l'idée des réserves de vie sauvage, un projet porté par l’Association pour la protection des animaux sauvages, l’ASPAS.

Elle repose sur un ressort institutionnel simple : le droit de propriété. L'idée c'est d'acheter des terrains au nom de l'association pour ensuite les laisser vivre. En renversant au passage la perception de la propriété : posséder la terre, non pas pour l'exploiter, pour la laisser se développer. Dans la réserve Vercors Vie Sauvage par exemple, la plus grande surface détenue par l’ASPAS : presque 500 hectares de terre ont été acquis, près du village de Léoncel, et laissés en libre évolution, ou « réensauvagés ».

Cependant, le projet des réserves ne coule pas de source. Car ces lieux peuvent créer des crispations locales, auprès des sociétés de chasse notamment ou de certains agriculteurs. Parce que l'idée de laisser des terres sans les exploiter d'une quelconque façon continue de gêner les mentalités, même celles de ceux qui n'en sont pas les propriétaires. Toute une lutte des territoires se mène sous nos yeux et à bas bruit.

L'initiative des réserves de vie sauvage est encouragée et suivie par des naturalistes, Béatrice Kremer Cochet et Gilbert Cochet, qui font partie de l'association. Mais aussi des artistes et des philosophes, comme Baptiste Morizot, qui détaille le principes des réserves dans son dernier essai Raviver les braises du vivant où il écrit :

Il ne s’agit pas de mettre la nature sous cloche parce que précisément la fonction est inverse : il s’agit de créer un cœur vert dans un territoire pour que puisse se diffuser une vie vigoureuse partout autour de lui. 

Les réserves de vie sauvage ne relèvent pas de la protection de la nature comme on protégerait un patrimoine, ils maintiennent des foyers vivants appelés à rayonner sur le territoire des environs, et créent des sas écologiques. Il y a donc des règles du jeu si l'on veut arpenter ces espaces, des sentiers prévus pour les humains, en cohabitation et en diplomatie avec les autres espèces.

Parallèlement à ces initiatives de vie sauvage, une enquête de l’INSEE, parue à l'automne 2020, m'a particulièrement frappée. Elle explique qu’aujourd’hui 93% des français vivent dans un espace urbain, ou dans une « aire d’attraction urbaine ». Ce chiffre, en constante augmentation, mène l’institut à conclure que la France a tout simplement terminé sa transition urbaine. Aujourd'hui, dans notre pays, presque tout le monde vit dans quelque chose qui ressemble à une ville. Comment dès lors considérer, penser et imaginer les espaces autres qu'urbains ? Que faire de l'outre-ville ? Que faire de nos arrière-pays ? Nos arrière-pays compris non pas au sens péjoratif, mais plutôt à la manière d'un tableau, comme l'espace qui porte et contient ce qu'il y a devant, et sans lequel l’avant-pays ne tient pas. Le projet des réserves de vie sauvage apporte, peut-être, une réponse à ces questions.

Bibliographie

L'Europe réensauvagée

L'Europe réensauvagée : vers un nouveau mondeGilbert Cochet et Béatrice Kremer-CochetActes Sud (coll. Mondes sauvages, pour une nouvelle alliance), 2020

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