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La salon noir de la  grotte de Niaux se découvre en groupe restreints, à la lumière de la torche.

Se souvenir que l'Homme est un animal comme les autres à la grotte de Niaux

4 min
À retrouver dans l'émission

C'est l'une des dernières grottesornées du Paléolithique à recevoir du public, à offrir une continuité de la présence humaine. Il y a près de 17 000 ans des hommes et des femmes, qui n’étaient ni tout à fait les mêmes, ni tout à fait des autres sont venus à Niaux dessiner des animaux. Pourquoi ?

La salon noir de la  grotte de Niaux se découvre en groupe restreints, à la lumière de la torche.
La salon noir de la grotte de Niaux se découvre en groupe restreints, à la lumière de la torche. Crédits : Rémy GABALDA / AFP - AFP

Il y a près de 17 000 ans, des hommes et des femmes ont pénétré dans les anfractuosités de la terre, ont cheminé sur plus de plus de 700 mètres à travers des passages sinueux et étroits pour aller dessiner avec de l’oxyde de manganèse, ou parfois avec de l’hématite broyée, les silhouettes d’une faune superbe et délicate. Ces dessins inouïs, pour les voir, il vous faudra emprunter les mêmes chemins qu’eux, et c’est à la lumière de votre lampe torche qu’elles se dévoileront à vous. Car c’est de la grotte de Niaux, qui s’ouvre près de Tarascon en Ariège dont il est question. On connait fort bien Lascaux et Chauvet, les "chapelles Sixtine" de l’art pariétal en France,  qui ont toutes deux fait l’objet de reconstitutions superbes. Mais si  je vous parle de Niaux, c’est que c’est l’une des seules grottes ornées du Paléolithique encore ouverte au public en Europe, l’une des dernières avec qui ce contact charnel, cette continuité de la présence est encore possible.

Que se jouait-il ici entre ces hommes et les êtres qu’ils ont mis tant de soin à  représenter ?

Si vous faites partie des heureux élus , vous marcherez jusqu’à cette salle que l’on appelle le salon noir et vous y rencontrerez les quelques cinquante-quatre bisons , les vingt-neuf chevaux, les quinze bouquetins, les poissons, la belette, qui habitent ici depuis plusieurs milliers d’années. Immanquablement, vous vous poserez  cette question, celle qui divise, anime, passionne, fait enrager les chercheurs depuis des siècles : à quoi diable correspondent ces dessins, qui semblent flotter sur les parois ? 

On sait qu’à Niaux,  l'homme préhistorique a pénétré très profondément dans la grotte pour y peindre : il n'y a pas de peinture pariétale identifiée à l'entrée de la grotte. On sait aussi que cette grotte n’était pas habitée par nos ancêtres ; ils n’y ont ni vécu, ni dormi, ni mangé, ils n’y ont même pas stocké de vivres. Ils y sont venus ensemble, en famille (on a trouvé des traces de pas d’enfants), simplement pour peindre. Très longtemps et encore aujourd’hui, les préhistoriens ont cru et raconté que ce que nos ancêtres peignaient, c’était le gibier, qu’ils espéraient ainsi attirer en le convoquant , dans les murs de leur maison.  Certes, on n'y représente jamais ni d’autres hommes, ni le loup ou l’ours, qui sont  pourtant très présents dans la région, car ils sont des prédateurs. Certes, les espèces représentées sont souvent herbivores. 

Une espèce parmi d'autres 

Mais cette interprétation ne tient pas debout : Les chevaux et bisons sont très nombreux, alors qu'ils ne font pas partie des espèces les plus chassées. Par ailleurs, ces animaux semblent flotter le long des parois, y nager, comme s’ils étaient déconnectés  parfaitement de leur environnement de chasse. Nous avons donc fait fausse route. C’est sans doute parce que nous sommes si pétris de nous-mêmes, de l’endroit d’où nous regardons le monde, que nous en avons oublié ce que nous étions avant le Néolithique. 

A peine, 5 millions d’humains répartis par petits groupes dans le vaste monde, une espèce parmi d’autres espèces, qui étaient nos amies, nos ennemies, nos alliées, mais toujours nos égales. Et si nous les peignions d’un trait si sûr, c'était peut-être par empathie, pour entrer en contact avec elles, nous dit le préhistorien Jean Clottes, qui a beaucoup écrit sur le chamanisme pariétal. Il faut donc aller à Niaux, peut-être pas simplement pour mesurer à quel point ces ancêtres artistes nous ressemble, mais aussi pour se souvenir, à leur contact, que nous sommes des animaux comme les autres. 

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