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Crepuscule sur le pont transbordeur de Martrou  au premier plan et le pont autoroutier a Rochefort -

Le Pont transbordeur de Rochefort, éloge de la rencontre

3 min
À retrouver dans l'émission

Rien n’évoque mieux l’idée de la rencontre qu’un pont transbordeur, où vaisseaux et piétons coexistent sans se gêner. Celui de Rochefort a survécu grâce à sa rencontre avec le cinéaste Jacques Demy qui y tourne ses "Demoiselles de Rochefort, " immense film sur le pouvoir des rencontres.

Crepuscule sur le pont transbordeur de Martrou  au premier plan et le pont autoroutier a Rochefort -
Crepuscule sur le pont transbordeur de Martrou au premier plan et le pont autoroutier a Rochefort - Crédits : PHILIPPE ROY / AURIMAGES VIA AFP - AFP

Rien n’évoque mieux l’idée de la rencontre, du passage de témoin, qu’un pont, a fortiori un pont transbordeur. Celui de Rochefort, qui fête cet été ses 121 ans, est le dernier encore en fonction en France ;  ils ne sont plus que huit dans le monde entier, il relie les deux rives de la Charente, et quand on l'emprunte, on éprouve la sensation de survoler le fleuve et de faire presque corps avec lui l’espace des quelques minutes que dure la traversée. 

La rencontre: une  continence qui devient nécessité

Il y a quelque chose de gracieux et de beau dans l’idée même de cette construction : un pont transbordeur qui enjambe un port, un canal ou un fleuve, et permet aux voiliers, mais aussi  aux piétons, à ceux qui circulent en mer comme sur terre de passer ensemble sans jamais se gêner, de coexister finalement. L’idée est très ancienne, elle remonte au XVIIème siècle. Alors que les hauts navires dominent les mers et les fleuves. Impossible de construire un pont qui aurait empêché leur passage. Alors les terriens, les piétons, les chevaux traversent par bac. C’est long, peu sûr, très sensible aux marées, et les accostages sont parfois violents par gros temps. Cette idée d’une nacelle suspendue qui traverserait en survolant fleuves et canaux s’impose à l’ère industrielle. Au XIXème siècle, on en construit 18 en France. 

Le pont transbordeur de Marseille avant sa destruction
Le pont transbordeur de Marseille avant sa destruction Crédits : COLLECTION CHRISTOPHEL VIA AFP - AFP

Celui de Rochefort est l’un des plus beaux : sa construction prend 27 mois, on l’étrenne en 1900. Il est conçu pour supporter le poids de 9 voitures à cheval à 2 attelages et 50 piétons ou bien 200 piétons seuls. Et pendant plusieurs décennies, les vaisseaux traversent et les piétons transbordent, c’est à-dire littéralement qu’ils changent de rive,  dans un ballet très doux. Le 1er août 1912, Lucien Deneau passa sous le tablier du pont transbordeur de Rochefort à bord de son avion ; c’est la rencontre de tous les modes de déplacements d’alors qui se joue dans cette très belle image. 

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Le pont transbordeur sauvé par sa rencontre avec Demy, le cinéaste de la rencontre

Mais le temps passe, et le progrès technique, on le sait, tue ses propres enfants. Après la Première Guerre mondiale, les automobiles pullulent, le débit de passage des ponts transbordeurs devient bien trop lent, et les grands voiliers ont disparu. On cesse progressivement de construire des ponts transbordeurs : celui de Bordeaux n’est jamais achevé, et à partir des années 1950, on détruira ceux que l’on avait construit partout dans le pays. 

Les demoiselles de Rochefort (Jacques Demy, 1967) est précisément un film sur les rencontres : au moins quatre couples s’y cherchent, s’y espèrent, se croisent, sans se trouver. Comme me l’expliquait Anais Ponsin, ma stagiaire, formée à la philosophie et qui fut une des belles rencontres de mon été, la rencontre est ce qui se produit de manière contingente mais qui devient nécessité. Ce qui nous arrive sans que nous l’ayons voulu, mais qui finit par nous modifier, nous déterminer. 

C’est ce qui se joue dans la rencontre d’un territoire et d’un progrès technique, celle de deux amants, de deux amantes, qu’elle se produise de manière fortuite, ou que l’on en ait rêvé, comme le marin Maxence dans Les Demoiselles. Lui qui peint son idéal féminin, et attend désespérément de la rencontrer. « Je l’ai cherchée partout, j’ai fait le tour du monde. De Venise à Java, de Manille à Angkor, de Gênes à Victoria, de Venus en Joconde, je ne l’ai pas trouvée et je la cherche encore. » Demy ne nous montrera pas la rencontre, qui a bien lieu à la fin du film entre Maxence et Delphine, quand les forains venus par pont transbordeur repartent par la route. Il ne me reste qu’à vous souhaiter la rencontre cet été, et d’en être modifiés. 

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