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Emmanuel Macron et des soldats français durant une commémoration à Morhange dans l'Est de la France, 5/11/2018 / Autocollant "a voté" pour les midterms en Californie, 5/11/2018

1918-2018 : savons-nous encore penser la guerre ? / Les deux Amériques ou le poison de la division

59 min
À retrouver dans l'émission

Analyse politique et géopolitique de deux thèmes majeurs de l'actualité de la semaine, avec la journaliste Christine Ockrent, le philosophe François-Xavier Bellamy, l'économiste Daniel Cohen et l'essayiste Philippe Manière.

Emmanuel Macron et des soldats français durant une commémoration à Morhange dans l'Est de la France, 5/11/2018 / Autocollant "a voté" pour les midterms en Californie, 5/11/2018
Emmanuel Macron et des soldats français durant une commémoration à Morhange dans l'Est de la France, 5/11/2018 / Autocollant "a voté" pour les midterms en Californie, 5/11/2018 Crédits : Ludovic Marin / ROBYN BECK - AFP

Première partie : 1918-2018 : savons-nous encore penser la guerre ? 

Cet après-midi, après la flamme ravivée du soldat inconnu sous l’Arc de triomphe, après les hymnes et les uniformes, tous les chefs d’état et de gouvernement invités à Paris par le Président Macron avaient rendez vous non plus avec le souvenir de la guerre mais avec l’avenir de la paix ! La France conviait après le déjeuner dirigeants d'institutions internationale, ONG, intellectuels à un forum pour la paix, à la grand halle de la Villette à Paris, non plus pour commémorer le centenaire de la Grande Guerre mais pour essayer de tenir la promesse du « plus jamais ça ».

Sauf que depuis le début de la semaine, tout se passait comme si parler de guerre et de paix était devenu inaudible dans la France de 2018, ce que le dessinateur Plantu avait fort bien résumé en Une du Monde jeudi avec cette vignette qui montrait le Président Macron tenant à la main une gerbe de fleurs, mine déconfite et larme à l’œil, « je commémore une époque » essayait-il de dire….« une époque où l’essence était moins taxée »n l’interrompait un poilu français visiblement peu sensible à l’émotion présidentielle.

Réapprendre à penser la guerre, dans un pays et une époque qui aimaient se dire que la guerre se résumait désormais au terrorisme et aux cyber attaques. Que les vraies guerres, c’était « pour les autres », au Moyen-Orient, en Afrique… Pourtant, pas si loin de chez nous, dans d’autres pays, on trouvait des dirigeants et des opinions publiques qui vivaient très bien avec le caractère tragique – et guerrier - de l’histoire, dans la Russie du Président Poutine par exemple, qui n’avait pas du tout vu comme nous la fin de l’URSS et de la guerre froide comme la fin de l’histoire. 

L’Europe qui pensait avoir banni définitivement la possibilité de la guerre allait-elle donc devoir changer ? Savions-nous encore penser la guerre ? 

Deuxième partie : Les deux Amériques ou le poison de la division

Dans l’analyse de ce scrutin américain, il y avait d’abord la lecture « civique » ! De ce point de vue là, il fallait se réjouir que la démocratie restât vivace dans les Etats Unis de Donald Trump, avec une participation électorale record, 114 millions de voix exprimées contre 83 millions en 2014. La manifestation, sans doute, de l’attachement profond des Américains non seulement à la démocratie représentative, mais aussi et surtout aux contre pouvoirs, ces checks and balances qui faisaient depuis tant d’années la force du système américain. 

Il y avait ensuite la lecture politique, qui permettait à chacun des 2 camps de sauver la face. Devenus maîtres de la chambre des Représentants, les Démocrates allaient pouvoir enfin tenter de contrer le trumpisme, notamment par le pouvoir colossal des commissions d’enquête à l’américaine, et la possibilité de bloquer l’agenda législatif des Républicains. Les Républicains qui eux consolidaient leur position au Sénat, ce qui permettait à Donald Trump de pouvoir parler « d’un immense succès ». 

Il y avait enfin une lecture sociologique qui elle, n’incitait guère à l’optimisme, car ces élections entérinaient un fossé béant, inquiétant, entre deux Amériques : l’Amérique rurale, attachée à ses guns, à sa foi, à ses frontières, mélange hétéroclite de chrétiens conservateurs, d’hommes d’affaires, d’électeurs de la classe moyenne et populaire, Trump reliant désormais les deux « ceintures de l’Amérique », la Rust Belt et la Bible Belt, l’Amérique ouvrière et l’Amérique religieuse. Et puis l’autre Amérique, l’Amérique des villes mais aussi celle des banlieues, qui avait voté massivement démocrate, souvent en faveur de candidats issus de l’immigration, la candidate Alexandria Ocasio Cortez par exemple, née dans le Bronx, à peine 30 ans. D’ailleurs analysait le Wall Street Journal, jamais le « gender gap », c’est-à-dire l’écart entre hommes et femmes n’avait été aussi grand que dans cette élection, une étude indiquant que les femmes diplômées votaient massivement démocrate quand les hommes n’ayant pas fait d’études étaient majoritairement séduits par le trumpisme. 

Les Etat-unis devenaient-ils les états désunis d’Amérique ? Et le Président Trump serait-il capable d’adopter, après le ton et le temps de la division, celui de la conciliation, à défaut de ré-conciliation ?

Références / conseils de lecture

  • Henry Rousso, Face au passé. Essai sur la mémoire contemporaine, Belin, 2016
  • Maurice Genevoix, Ceux de 14
  • Jean-Christophe Fromantin, Travailler là où nous voulons vivre, éditions Bourin François, 2018
  • Marc Crépon, Inhumaine condition, Odile Jacob, 2018
  • Bernard Maris, _L'Homme dans la guerre : Maurice Genevoix face à Ernst Jünge_r, Grasset, 2013
Intervenants
  • Journaliste et productrice de l'émission "Affaires étrangères" sur France Culture
  • professeur de philosophie, maire adjoint (sans étiquette) de Versailles, auteur de « Les Déshérités » et de « Demeures », tête de liste "Les Républicains" aux européennes 2019
  • Économiste et directeur du département d'économie de l'École Normale Supérieure
  • Président et co-fondateur de la société de conseil Vae Solis Communications
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