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Peinture de l'artiste britannique Banksy à Douvres / Donald Trump et Benjamin Netanyahu à Washington le 28 janvier / Le Premier ministre Edouard Philippe

Brexit: les ennuis commencent? / Israël-Palestine : un plan pour rien? / Edouard Philippe, couteau Suisse de la Macronie?

57 min
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Le Royaume-Uni a officiellement quitté vendredi l'Union Européenne... et cette semaine aussi, Trump proposait son plan pour résoudre le conflit israélo-palestinien : un plan pour rien ? Et puis nous reviendrons en France pour nous intéresser à Edouard Philippe, couteau suisse de la Macronie...

Peinture de l'artiste britannique Banksy à Douvres / Donald Trump et Benjamin Netanyahu à Washington le 28 janvier / Le Premier ministre Edouard Philippe
Peinture de l'artiste britannique Banksy à Douvres / Donald Trump et Benjamin Netanyahu à Washington le 28 janvier / Le Premier ministre Edouard Philippe Crédits : Glyn KIRK / Sarah Silbiger / CHARLES PLATIAU / - AFP

Première partie : Brexit: les ennuis commencent ?

Il règnait vendredi un calme étrange en Grande Bretagne pour le jour J ou plutôt le D Day du Brexit. Le calme d’une plage des côtes anglaises, avec ses falaises blanches, à la Une du Guardian vendredi matin, et ce titre : « Small Island ». Voilà donc le Royaume Uni redevenu une petite île isolée après 47 ans d’appartenance –certes singulière- à la grande famille européenne. La même plage de Douvres à la Une du Daily Mail vendredi mais avec cette fois beaucoup plus d’enthousiasme dans le titre : « A new dawn for Britain », un nouveau jour se lève pour l’Angleterre, avec cette fois l’idée inverse que cette insularité retrouvée est une promesse d’avenir enthousiasmante.
La fin de 4 ans de psychodrame britannique, de David Cameron à Boris Johnson en passant par Theresa May, mais en aucune manière la fin des questionnements : avec le début d’une phase de transition de 11 mois, durant laquelle rien ne change, pour tenter de résoudre l’éprouvant casse tête anglais. Quel accord conclure entre Londres et Bruxelles, Londres rêvant de combiner le maximum d’accès au marché européen avec le minimum d’engagements, Bruxelles affirmant elle sa volonté de ne pas faire de cadeau. Comment savoir qui est le grand perdant dans cette histoire ? Est ce d’abord et avant tout L'Europe, comme l’affirme L’Express cette semaine,
ou au contraire l’Angleterre, qui fait 50% de son commerce avec l’Union européenne quand celle-ci ne fait que 10% avec elle.
Sans oublier les fantasmes des Brexiters ces derniers mois désormais confrontés à l’épreuve du réel : Londres pourra-t-elle devenir Singapour sur Tamise ? L’île pourra-t-elle miser sur l’aide américaine, sur les vieilles alliances du Commonwealth, et sur la réconciliation d’une société britannique fracturée, divisée, déchirée, épuisée… par des semaines, des mois, des années d’un éprouvant divorce ?

Deuxième partie : Israël-Palestine : un plan pour rien ?

De quoi la diplomatie de Donald Trump est elle le nom ? Facile de répondre à cette question : dollars ! Trump ou l’histoire d’un d’un buiness man déguisé en chef d’Etat de la première puissance du monde. Pensait-il vraiment mardi résoudre l’insoluble et ancestral conflit israélo-palestinien avec la promesse d’une aide pour l’instant théorique de 50 milliards de dollars aux Palestiniens, en l’absence de ces derniers, mais en osmose avec le premier ministre israelien Benyamin Netanyahou ?
Qu’attendait il vraiment comme réactions en annonçant un possible futur Etat palestinien « mité par les colonies, sans frontière extérieure, enkysté à l’intérieur d'Israël et qui plus est démilitarisé » (pour reprendre les termes de Bertrand Badie cette semaine dans La Croix) ?
Sans oublier bien sûr Jérusalem capitale israélienne, légalisation des colonies et annexion de la vallée du Jourdain…
Trump, ce président diplomate business man qui au moment de faire son deal a déjà parfaitement jaugé la partie adverse : en l’occurrence une Palestine épuisée, un monde arabe divisé, une union européenne timorée, à une époque où le conflit israelo palestinien n’apparait plus que comme un conflit oublié, de seconde zone, loin derrière les enjeux de l’après-guerre en Syrie, de la rivalité irano-saoudienne, des luttes d’influence à l’œuvre d’Ankara à Bagdad, de Beyrouth à Tripoli… Alors pas de deal du siècle cette semaine à Washington, mais plutôt une incroyable arnaque, coup de Jarnac, claque retentissante pour le droit international, bref, sans doute, un plan pour rien ? 

Troisième partie : Edouard Philippe, couteau Suisse de la Macronie ?

Dans un entretien à Paris-Normandie, vendredi, le premier ministre, Edouard Philippe, a donc annoncé qu’il sera candidat, tête de liste au Havre à l’occasion des élections municipales des 15 et 22 mars prochain, cette ville qu’il a dirigée entre 2010 et 2017, avant de laisser son fauteuil de maire au moment de rejoindre Matignon. 

Soumis comme tous ses ministres à la règle du non-cumul entre sa fonction gouvernementale et la direction d’un exécutif local, Edouard Philippe a également fait savoir qu’il n’entendait pas quitter Matignon en cas de victoire. Ce serait donc le maire actuel, Jean-Baptiste Gastinne, qui assurerait l’intérim : ajoutant ces mots « Si le président de la République continue à m’accorder sa confiance, je continuerai à remplir ma mission de premier ministre parce qu’on ne se dérobe pas quand il s’agit de servir son pays (…)J’ai été maire avant d’être premier ministre, et ma plus grande ambition est de le redevenir dès que la mission confiée par le président de la République s’achèvera. »

Edouard Philippe éternel bon petit soldat de la Macronie, servant ce coup ci à garantir au moins une belle victoire électorale à son camp lors des prochaines élections, les sondages l’annonçant comme seul candidat LREM en mesure de dépasser les 50 % dès le premier tour, servant aussi à montrer qu’un macroniste peut être attaché fidèlement à un territoire, sentir cette France provinciale souvent opposée à celle, trop urbaine du chef de l’etat.

Edouard Philippe servant également de syphon en chef pour attirer dans le giron présidentiel 50% de l’électorat de la droite française, juppéiste droit dans ses bottes pour servir de rempart au président dans la très difficile réforme des retraites, incarnant à lui seul la ligne de la rigueur budgétaire et de l’âge pivot, bref Edouard Philippe couteau suisse de la Macronie, loyal et constant affirmant même ne pas souffrir du bien connu syndrome français baptisé « Enfer de Matignon ». 

Intervenants
  • professeur des universités à Science Po Paris et enseignant-chercheur associé au Centre d’études et de recherches internationales (CERI).
  • Philosophe, directrice de recherche au CNRS, ancienne directrice de l’ENS et ancienne présidente de l'université Paris sciences et lettres (PSL), auteure de plusieurs ouvrages de philosophie antique et philosophie morale contemporaine
  • éditorialiste au Monde
  • Professeur des Universités à Sciences Po et directeur général de la Fondation pour l’innovation politique (Fondapol)
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