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Des individus ont forcé la porte de la cour du secrétariat d’Etat de Benjamin Griveaux le 5/01 / Emmanuel Macron le 31 décembre 2018 / Melania et Donald Trump le 24 décembre 2017

Acte VIII des "gilets jaunes" : la banalisation de l'ultraviolence ? // Ce que les vœux disent des Présidents : Macron, Président debout ; Trump, Président en campagne

58 min
À retrouver dans l'émission

En ce premier dimanche de 2019, l'Esprit Public analyse les vœux des Présidents, avec la sous-gouverneure de la Banque de France Sylvie Goulard, l'ancien ministre des Affaires étrangères Hubert Védrine, le directeur général de la Fondation Terra Nova Thierry Pech et le politologue Pascal Perrineau.

Des individus ont forcé la porte de la cour du secrétariat d’Etat de Benjamin Griveaux le 5/01 / Emmanuel Macron le 31 décembre 2018 / Melania et Donald Trump le 24 décembre 2017
Des individus ont forcé la porte de la cour du secrétariat d’Etat de Benjamin Griveaux le 5/01 / Emmanuel Macron le 31 décembre 2018 / Melania et Donald Trump le 24 décembre 2017 Crédits : BERTRAND GUAY / SAUL LOEB / Michel Euler - AFP

Introduction. Acte VIII des Gilets Jaunes : la banalisation de l'ultraviolence ?

L'ultra violence d'un samedi en France hier, et l'habitude que nous prenons de ce feuilleton des "gilets jaunes" : Acte 8 disait-on hier, acte 8 manqué - puisqu'il fallait reprendre le champ lexical du théâtre par deux scènes intolérables. Celles de gendarmes passés à tabac sur un pont parisien par un casseur au bonnet noir, boxeur professionnel ancien champion de France nous apprend ce matin Le Parisien.
Et puis la scène insensée : un chariot élévateur, un engin de chantier défonçant le portail d'un Ministère, celui de Benjamin Griveaux, évacué et mis à l'abri, avant de réagir, quelques minutes plus tard.

Première partie. Macron, Président debout

Finie la mine présidentielle un peu défaite et l’œil triste de l’intervention télévisuelle du 10 décembre dernier au plus fort de la crise des Gilets Jaunes : le 31 décembre dernier, le Président Macron était cette fois apparu fringant et requinqué, filmé DEBOUT, dans son bureau de l’Elysée, ce qui était aussi inédit qu’évidemment symbolique et abondamment commenté !

Pendant un peu plus de 16 minutes, on avait en effet entendu un président sur le registre de la « détermination », qui n’avait pas prononcé les mots  « gilets jaunes » mais avait fustigé les « porte voix d’une foule haineuse qui s’en prenait aux élus, aux forces de l’ordre, aux journalistes, aux juifs, aux étrangers, aux homosexuels, sous prétexte de parler au nom du peuple ». Un président qui avait veillé aussi pour ses vœux aux Français à se montrer empathique – il disait « entendre les colères » –contre la « mondialisation, l’administration » et même –ce qui faisait sourire ses détracteurs- contre le « capitalisme ultralibéral et financier ». Mais ce qu’on avait surtout entendu, c’était l’ambition d’Emmanuel Macron de ré-endosser le costume du président réformateur, annonçant un programme ambitieux pour 2019, Régime des Retraites, indemnisations chômage, Elections européennes, consultations référendaires : comme si le quinquennat pouvait maintenant reprendre son cours et la magie du fameux « volontarisme macronien » opérer de nouveau, et l’on avait aussi entendu cette phrase présidentielle digne d’une séance de coaching « je suis au travail et je crois en nous ! », le président se fiant sans doute à l’un de ses penseurs préférés, le philosophe Alain qui dans ses Propos sur le bonheur écrivait : « le pessimisme est d’humeur, l’optimisme est de volonté » !

Deuxième partie. Trump, Président en campagne

Donald Trump était contrarié en cette période de vœux ! Contrarié par le shutdown, c’est-à-dire le blocage d’un quart des activités gouvernementales depuis le 22 décembre 2018, soit le gel des salaires de plus de 800 000 fonctionnaires, faute de budget, blocage lié au fait que les démocrates contestaient le financement du mur que Trump voulait ériger à la frontière avec le Mexique : 5 milliards de dollars réclamés par le président pour engager les travaux. Autre motif de contrariété pour le président américain : cette nouvelle majorité démocrate de la chambre des représentants qui avait fait ses débuts cette semaine, et préparait une série d’actions qui allait déplaire fortement au milliardaire à la mèche blonde, comme par exemple la reconstitution de l’Observatoire sur le réchauffement climatique supprimé par la précédente majorité Républicaine. Sans oublier la démocrate Nancy Pelosi qui avait repris jeudi le perchoir perdu en 2011, et accueilli la nouvelle génération d’élus progressistes à l’image d’ Alexandria Ocasio Cortez apparue en tailleur pantalon blanc, et non en jupe comme le voulait la tradition, en hommage aux suffragettes.

Trump qui avait sans doute frémi de rage en lisant par ailleurs cette tribune signée Mitt Romney, ancien candidat républicain, dans le Washington Post, qui exprimait ses doutes sur la stature de Trump qui je cite « n’avait pas endossé le costume de président comme le montrait sa conduite ces deux dernières années et particulièrement en décembre », référence à l’annonce présidentielle sur le retrait des troupes américaines de Syrie qui avait entraîné la démission de Jim Mattis du Pentagone… Certains analystes imaginant déjà un duel Romney-Trump aux primaires républicaines de 2020.

Bref, fin et début d’année difficile pour le président américain, qui, lorsqu’il était en difficulté, avait pour habitude de tirer sur l’adversaire à coup de tweets vengeurs, et tant pis si cela donnait des vœux présidentiels à tonalité plus agressive que festive… Trump : un président en campagne ?

Références, conseils de lecture

  • Thomas Gomart, L'Affolement du monde. 10 enjeux géopolitiques, Tallandier, 2019
  • Pierre Magnan, L'Amant du Poivre d'âne, Gallimard, 1991
Intervenants
  • Ancienne Ministre de la défense.
  • directeur général de Terra Nova
  • diplomate, ancien ministre des Affaires étrangères dans le gouvernement Jospin et ancien secrétaire général de la présidence de la République sous François Mitterrand
  • Politologue et professeur des Universités à Sciences Po, ancien directeur du CEVIPOF
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