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Touriste portant un masque à Jérusalem, le 27 février. / Bons chiffres du chômahe en France / Affiches pour les élections municipales à Marseille

Coronavirus, la peur plus contagieuse que le virus / Bons chiffres du chômage en France, dans l'indifférence / Municipales, chacun cherche son vote

58 min
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Alors qu'un premier Français est mort cette semaine du Coronavirus, la peur est-elle plus contagieuse que le virus ? Tandis que le pays connaît des bons chiffres du chômage, dans l’indifférence. Et à deux semaines des municipales, moins d’un Français sur deux sait pour qui il va voter au 1er tour.

Touriste portant un masque à Jérusalem, le 27 février. / Bons chiffres du chômahe en France / Affiches pour les élections municipales à Marseille
Touriste portant un masque à Jérusalem, le 27 février. / Bons chiffres du chômahe en France / Affiches pour les élections municipales à Marseille Crédits : Emmanuel DUNAND / Philippe LOPEZ / David Rossi (MaxPPP) - AFP

Première partie : Coronavirus : la peur est-elle plus contagieuse que le virus ?

La grande peur du Coronavirus a gagné du terrain cette semaine : avec ce premier mort en France, cet enseignant de l’Oise qui n'avait pourtant pas voyagé dans une zone à risque comme le Nord de l'Italie, la Chine ou la Corée du Sud, ce qui a aggravé l’angoisse en diffusant l’idée que le virus circule par des voies mystérieuses, non identifiables et donc non maîtrisables, perturbant les certitudes de certains sur la mondialisation des échanges et des virus, excitant certains avec ce jeu de piste d’un genre nouveau : à la recherche du patient zéro.

Le désormais célèbre Covid-19 s’est donc invité partout, avec moult éditions spéciales radio-télévision et gros titres de presse écrite, et quantité de mesures annoncées dont il était parfois difficile de comprendre la logique : pourquoi par exemple autoriser en France des milliers de supporters turinois à venir assister mercredi à un match de football à Lyon tout en interdisant aux élèves rentrant de vacances en Vénitie ou en Lombardie de s’abstenir d’école pendant 14 jours ?

Mise « en quatorzaine » contraignante mais dérisoire quand on s’intéresse à ce qu’est devenu le quotidien des habitants de Pékin ces dernières semaines et qu’a filmé un journaliste français vivant sur place pour la chaîne Arte : on y voit la démultiplication des représentants de ce qu’on appelle en Chine les « comités de quartiers », la prolifération de multiples checks points, l’obligation de ces « laisser-passer » requis pour pouvoir sortir de chez soi ou entrer dans un immeuble, ou de ces prises de températures dans l’oreille exigées lors de contrôles autoritaires, et ces métro déserts, magasins fermés… Bref, le régime de Xi Jinping n’y est pas allé de main morte, et l’économie mondiale accuse le coup, soulignant une nouvelle fois s’il en était besoin, nos dépendances et interdépendances avec l’Empire du Milieu.

En fait en fin de semaine, on ne pouvait s’empêcher de penser au sage Sénèque rappelant à Lucilius cette triste vérité : nous nous gâchons bien plus le présent par la peur du mal que par le mal lui-même. 

Deuxième partie : En France les bons chiffres du chômage, dans l’indifférence 

Mardi l’Unedic l’organisme en charge de l’indemnisation chômage en France a publié ses dernières prévisions : son déficit devrait diminuer de -1,3 milliard d'euros en 2019 à -900 millions d'euros en 2020. Pour 2021 et 2022, l'organisme paritaire anticipe même des excédents ! Plus de dix ans après la grande récession de 2008 , la situation financière de l'assurance-chômage retrouve des couleurs dans le contexte d'une amélioration de la conjoncture économique et d’une embellie du marché du travail. L’Unedic s'attend ainsi à la poursuite de la baisse du taux de chômage, jusque 7,4% fin 2022 !

Le président de la République s’est bien évidemment réjoui de la baisse du chômage à 8,1 % à la fin 2019 qui démontre selon lui l’efficacité des politiques conduites, et d’énoncer les vertus de la réforme de l’assurance-chômage ou encore de l’apprentissage et de l’alternance . Des bonnes nouvelles dont on entend assez peu parler dans le débat public alors même que la préoccupation de l’emploi semble toujours faire partie des inquiétudes principales des Français. Sans doute aussi parce que ces bons résultats sont régulièrement minorés par ceux qui redoutent la réforme en cours de l'assurance-chômage, le durcissement des conditions d'accès aux indemnités pour les chômeurs : depuis le 1er novembre, pour pouvoir s’inscrire comme demandeur d’emploi, il faudra en effet avoir travaillé six mois au lieu de quatre.

En attendant, difficile de nier que la tendance économique française n’est pas mauvaise…mais « n’imprime » pas comme disent les sondeurs…. Chômage, de bons résultats et après… semblent dirent les désabusés.

Troisième partie : Municipales, chacun cherche son vote

Ces dernier mois, la campagne pour les Municipales semblait n’avoir été qu’une simple toile de fond, la réforme des retraites, les grèves ayant focalisé l’attention, avant que l’affaire Griveaux et le coronavirus n’envahissent à leur tour le débat public. Le premier tour aura pourtant bien lieu dans exactement deux semaines, le 15 mars et un sondage Odoxa indiquait jeudi que moins d’un Français sur deux (45%) sait déjà pour qui il votera au premier tour de ces élections. Incertitude des Français, à l’image de cette période politique incertaine, flottante, que nous vivons. 

Après le temps du dynamitage du clivage droite-gauche par la République en Marche en 2017, confirmé aux européennes de l’année dernière, certains voient revenir ce clivage programmatique à l’occasion de cette campagne, à Paris notamment, avec le duel Dati/Hidalgo. Retour  aussi de certains ténors du « monde d’avant »: ainsi Rachida Dati, toujours elle, fleure bon les années Sarkozy. Autre exemple : la revenante Catherine Trautmann, candidate du PS à Strasbourg, qui semble faire revivre les années Jospin, dont elle fut ministre de la Culture, comme si le PS en pleine déconfiture aux dernières européennes allait chercher les visages, comme celui de Martine Aubry à Lille, d’une gauche heureuse, celle la fin du 20e siècle. Un parfum vintage, se combinant avec les nouvelles tendances et notamment : l’écologie reine, l’écologie partout, dans tous les programmes et dans tous les partis, mais avec une prime aux pionniers d’EELV, dont la percée à ses élections est souvent annoncée, comme on annonce que LREM aura bien du mal à s’implanter dans le tissu local français.

Incertitude des Français, hésitations des analystes, fragmentation d’une offre politique, à l’image de la campagne en cours à Marseille : Gauche et droite divisées, RN en embuscade : dans la cité phocéenne, les vingt-cinq ans de règne municipal de Jean-Claude Gaudin s’achèvent dans un climat politique confus… L’homme à l’accent chantant et aux principes fluctuants s’en va…laissant un épais brouillard au dessus du vieux port… qui derrière, quelle nouvelle ère ? Avant le monde d’après, il y a un peu de flottement.

Intervenants
  • professeur des universités à Science Po Paris et enseignant-chercheur associé au Centre d’études et de recherches internationales (CERI).
  • Journaliste et producteur de l'émission "Le Tour du monde des idées"
  • Femme politique, romancière, ancienne ministre de la Culture dans les gouvernements Ayrault puis Valls
  • éditorialiste au Monde
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