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 Manifestation à Lille le 10 décembre / Le Premier ministre du Royaume Uni Boris Johnson célèbre les résultat des élections législatives, au lendemain du vote cette semaine / Manifestant opposé à l'élection présidentielle en Algérie, le 12 décembre

Grève: qu'attendons-nous de l'Etat? / Le BoJo nouveau est arrivé? / Algérie: long chemin vers la démocratie

57 min
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Un décembre de grèves en France: qu’attendons-nous de l’Etat ? Avec la réélection de Boris Johnson en Grande-Bretagne, le "Bo-Jo nouveau" est-il arrivé ? Enfin, après l'élection présidentielle contestée cette semaine en Algérie, pourquoi la démocratie est-elle un si long chemin au Maghreb ?

 Manifestation à Lille le 10 décembre / Le Premier ministre du Royaume Uni Boris Johnson célèbre les résultat des élections législatives, au lendemain du vote cette semaine / Manifestant opposé à l'élection présidentielle en Algérie, le 12 décembre
Manifestation à Lille le 10 décembre / Le Premier ministre du Royaume Uni Boris Johnson célèbre les résultat des élections législatives, au lendemain du vote cette semaine / Manifestant opposé à l'élection présidentielle en Algérie, le 12 décembre Crédits : DENIS CHARLET / DANIEL LEAL-OLIVAS / STRINGER / - AFP

Hommage à la comédienne Anne Karina disparue hier samedi 14 décembre à Paris, puis analyse des temps forts de la semaine politique et géopolitique en compagnie de nos visiteurs du dimanche : la philosophe Monique Canto Sperber, les journalistes Sylvie Kauffmann et Brice Couturier et le professeur de relations internationales Bertrand Badie.

Première partie : Un décembre de grève : qu'attendons-nous de l’Etat ? 

Ce dimanche sans doute les Français sont-ils fatigués : de ne pas avoir de train ni de métro, de pédaler ou de marcher, et surtout de vivre dans un pays une nouvelle fois fracturé.

Pendant ce temps, la presse étrangère elle aussi s’intéresse à nos fractures : le Guardian par exemple, journal britannique de gauche évoquait cette semaine « un projet de réforme qui constituerait la plus profonde refonte du système social français depuis sa création, après-guerre », et le journaliste Cole Stangler d’expliquer à ses lecteurs que la France « peut s’enorgueillir de posséder l’un des meilleurs Etats-providence du monde ».

13,8% du PIB : 325 milliards d’euros : c’est ce que représentent les dépenses publiques consacrées aux retraites en France et ces chiffres, c’est un autre journal britannique, bien plus libéral, le Financial Times qui les a mis en exergue cette semaine, parlant des retraites à la française comme « de l’un des systèmes les plus onéreux au monde » avant de rappeler une nécessaire évolution commune à toutes les économies développées : les systèmes de retraite deviennent de moins en moins viables dès lors que les gens vivent plus longtemps et qu’il y a de plus en plus de salariés à la retraite ». Et le FT de donner ainsi sa vision des choses : dans ce nouveau contexte démographique, les solutions sont évidentes mais déplaisantes sur le plan politique, évoquant une « pénurie d’honnêteté » chez nos dirigeants, rappelant enfin la nécessité d’un « bouleversement culturel ». Un bouleversement culturel sans doute particulièrement douloureux en France, comme l’a bien analysé la semaine dernière le philosophe Marcel Gauchet, expliquant dans l’Obs qu’en 1995, déjà, le gouvernement Juppé s’était heurté non pas tant à ceux qui défendaient les régimes spéciaux mais à cette opinion qui voyait dans cette réforme une attaque en règle d’un Etat providence constitutif de l’identité française.

L’État providence attaqué… à moins qu’il ne soit en crise. Crise idéologique pour certains, financière pour d’autres. Et une batterie de questions auxquelles nous ne savons pas répondre d’une seule voix : la fin des régimes spéciaux et la mise en place d’un système universel est ce la manifestation d’un Etat plus, moins, ou différemment protecteur ? Faire travailler les gens plus longtemps, est ce le signe d’un Etat plus dur ou plus réaliste ? Les représentants de l’Etat, en l’occurrence le président et son Premier ministre, mais aussi les syndicats se montrent il à la hauteur des enjeux ?

Et nous, dans notre rapport à l’Etat, à l’Etat Providence, à nos idéaux, à nos valeurs, mais aussi à la réalité des chiffres, où en sommes-nous ?

Deuxième partie : Législatives en Grande-Bretagne : le BoJo nouveau est arrivé ? 

Les Britanniques ont donc donné à Boris Johnson une majorité absolue pour mener à bien la mission Brexit : joli coup pour celui qu’on a pris longtemps pour un trublion vaguement clownesque. Happy end donc pour la Brexit story de cet ancien journaliste du Times entré en politique à 37 ans, maire de Londres 7 ans plus tard et qui fera un choix tactique en 2016 : s’opposer à David Cameron, lui aussi conservateur, sur le sujet de la sortie de l’Union européenne, devenant ainsi l’un des principaux avocats du Brexit !

Johnson ministre des affaires étrangères de Theresa May, puis lui succédant au 10 Downing Street, et donc cette semaine reconduit, avec 4 promesses faites aux Britanniques : 

  • Faire ratifier par le parlement l’accord de sortie de l’U.E négocié avec Bruxelles d’ici fin janvier. Une fois le Brexit réalisé, nouer un nouvel accord commercial avec l’U.E avant la fin d’une période de transition prévue jusqu’en décembre 2020.
  • 2e promesse : Johnson veut mettre fin à la libre circulation des personnes et contrôler l’immigration avec un système à points sur le modèle australien, traitant de la même façon ressortissants européens et non européens, et donnant la priorité aux migrants diplômés ou qualifiés.
  • 3e promesse : surprenante pour qui vient du même parti que Margaret Thatcher : renouer avec la dépense publique et les services publics : rendre les rues plus sures en recrutant 20 000 policiers, augmenter de 39,5 milliards d’euros le budget du service public de santé et augmenter le budget destiné aux écoles de plus de 16 milliards d’euros.
  • Enfin 4e promesse : porter à zéro les émissions de gaz à effet de serre d’ici 2050

Bref, le Bo Jo nouveau est arrivé. En résumé : favorable à un Brexit rapide, au retour de la dépense publique, à la fin de l’austérité, opposé à l’immigration, et toujours favorable à faire de son île un paradis sans taxes et sans normes. Après le temps des promesses vient toujours l’heure de vérité…

Troisième partie : Présidentielles en Algérie : la démocratie au Maghreb : un long chemin ?

Il s’appelle Abdelmadjid Tebboune. Il a 74 ans et c’est donc le nouveau président de l’Algérie. Il avait brièvement été premier ministre d’Abdelaziz Bouteflika en 2017. Présenté comme grand favori et candidat préféré de l’armée, l’armée toujours au cœur du dispositif étatique algérien. Continuant de tirer toutes les ficelles, sous la houlette du nouvel homme fort d’Alger, le général Ahmed Gaïd Salah, chef d’Etat major de l’armée.

Un contexte qui explique l’abstention massive de tous ceux qui participent depuis le printemps dernier au Hirak, ce mouvement de protestation populaire, massif, exigeant la fin du « système » aux manettes depuis l’indépendance en 1962. A quand donc un autre destin algérien, un destin plus démocratique sur le modèle de la Tunisie voisine, démocratisée mais pas encore stabilisée, contrairement à l’autre voisin, marocain, présenté comme stable mais figé dans une monarchie n’évoluant guère.

Maghreb : quel long chemin vers la démocratie…

Intervenants
  • professeur des universités à Science Po Paris et enseignant-chercheur associé au Centre d’études et de recherches internationales (CERI).
  • Philosophe, directrice de recherche au CNRS, ancienne directrice de l’ENS et ancienne présidente de l'université Paris sciences et lettres (PSL), auteure de plusieurs ouvrages de philosophie antique et philosophie morale contemporaine
  • Journaliste et producteur de l'émission "Le Tour du monde des idées"
  • éditorialiste au Monde
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