LE DIRECT
Emmanuel Macron à Londres devant une statue du Général De Gaulle, le 18 juin /  Xi Jinping lors de la clôture de l'Assemblée du peuple, retransmise sur un écran géant dans une rue de Pékin, le 28 mai 2020

Emmanuel Macron et le 18 juin : De Gaulle à la rescousse / 2e vague en Chine : la bataille des récits continue

59 min
À retrouver dans l'émission

Emmanuel Macron a commémoré en grande pompe jeudi l'appel du 18 juin, tandis que l'ensemble de la classe politique française revendique une part de l'héritage gaullien. Et sur le front géopolitique la bataille des récits continue, alors que Pékin déplorait cette semaine un retour des contaminations.

Emmanuel Macron à Londres devant une statue du Général De Gaulle, le 18 juin /  Xi Jinping lors de la clôture de l'Assemblée du peuple, retransmise sur un écran géant dans une rue de Pékin, le 28 mai 2020
Emmanuel Macron à Londres devant une statue du Général De Gaulle, le 18 juin / Xi Jinping lors de la clôture de l'Assemblée du peuple, retransmise sur un écran géant dans une rue de Pékin, le 28 mai 2020 Crédits : TOLGA AKMEN / WANG ZHAO - AFP

Première partie : Emmanuel Macron et le 18 juin : De Gaulle à la rescousse

C’est l’histoire d’un jeune président né en 1977, qui navigant en eaux troubles  (pandémie mondiale, crise économique historique, pays électrique…), avait décidé qu’il allait s’abriter sous la stature d’un grand et vieux général né à la fin du 19e siècle.

Cette semaine on a donc vu le président de la République commémorer en grande pompe l’appel du 18 juin en se rendant aux Invalides, au Mont Valérien, puis à Londres, premier déplacement international depuis le confinement, pour une cérémonie de remise de la croix de la légion d’honneur à la capitale britannique.

Depuis le début de son quinquennat on a souvent vu le Président Macron se référer à la figure gaullienne, sans doute fasciné par ce que l’historien britannique Sudhir Hazareesingh appelait jeudi dans La Croix « la plasticité de de Gaulle, le mythe gaullien réussissant avec succès à concilier des éléments contradictoires, comme l’ordre et le mouvement, la tradition et la modernisation politique, la grandeur et l’humilité ». Bref un champion du « en même temps » avant l’heure. Le même historien analysait comment Emmanuel Macron avait voulu reprendre la verticalité et l’incarnation de l’autorité gaullienne, mais à ses risques et périls, puisque cette verticalité l’avait amené à se retrouver face à face aux Gilets Jaunes sans corps intermédiaires pour filtrer la colère populaire, et sans avoir non plus de parti solide pour le soutenir, contrairement au Général qui, s’il détestait le régime des partis, avait réussi à s’en fabriquer un solide. Le parti du Général de Gaulle, Les Républicains, qui n’aime guère en 2020, que le macronisme lui dispute l’héritage gaulliste : il fallait lire cette semaine dans Le Figaro Bruno Retailleau dénoncer la chienlit et le désordre de la France d’Emmanuel Macron.

De Gaulle super star…à tel point que même le parti de la famille Le Pen, qui, historiquement, a davantage soutenu la collaboration que la résistance, l’Algérie française plutôt que l’indépendance, se revendique à son tour, et à la stupéfaction générale, gaulliste ! Marine Le Pen qui s’est vue copieusement sifflée mercredi sur l’Ile de Sein.

Chacun veut être gaulliste…et donc faire des referendums : sur le climat par exemple : le chef de l’Etat serait tenté de soumettre au suffrage universel les mesures issues de la convention citoyenne pour le climat  présentées ce week-end, afin d’entraîner les Français dans la transition écologique et neutraliser les critiques sur son manque d’ambition verte.

Reste à savoir ce qu’aurait voté le vieux Général… mais ça, c’est une autre histoire…

Deuxième partie : 2e vague en Chine : la bataille des récits continue

S’inquiéter ou ne pas s’inquiéter ?

Alors que nous redécouvrons la liberté, voir à Pékin revenir ces images que l’on ne voudrait plus voir : les aéroports de Pékin ont annulé mercredi plus d'un millier de vols, la mairie a fait refermer les écoles, et les habitants ont été priés de ne pas quitter Pékin… Bars, restaurants et commerces doivent à nouveau fermer ou imposer des restrictions aux clients: prise de température, limitation du nombre de personnes à table.

La ville de 21 millions d'habitants recense désormais plus d'une centaine de personnes atteintes du nouveau coronavirus, après deux mois sans aucune contamination. En cause : un rebond de COVID-19 lié à l’un des plus gros marchés d'Asie, le marché de gros de Xinfadi, situé dans le sud de Pékin et où transitent d'ordinaire 70 % des légumes consommés dans la capitale. Le virus a notamment été détecté sur des planches servant à découper le saumon.

Selon l’AFP, en l'espace de cinq jours, plus de 130 malades ont été identifiés. Un choc pour les Pékinois, car avant ce rebond épidémique, la capitale n'en avait recensé aucun depuis deux mois et la vie avait repris un cours quasi normal. «L'épidémie est toujours en phase ascendante», a déclaré mercredi lors d'une conférence de presse Pang Xinghuo, la directrice adjointe du Centre du contrôle et de prévention des maladies de Pékin. «Il n'est pas exclu que le nombre de cas continue (à augmenter) ou reste à ce niveau pendant un certain temps. Jusqu'à présent, 95 % des cas sont de type normal ou bénin», a-t-elle souligné.

Conséquence en France et dans le reste du monde : le grand retour des épidémiologistes dans les médias : en France par exemple, on pouvait lire vendredi dansLe Parisien la Professeure Catherine Hill nous expliquer que ce qui se passe en Chine ne lui parait pas inquiétant car selon elle les Chinois maîtrisent la situation, elle s’inquiète en revanche d’une situation américaine toujours problématique, l’épidémie continuant de progresser aux Etats-Unis, lesquels ont déjà enregistré plus de 117 000 décès,  de même qu’au Brésil, qui continue d’enregistrer plus de 1000 décès par jour, Catherine Hill rappelant enfin que si la situation semblait désormais maîtrisée en Europe (sauf en Grande Bretagne et en Suède), la France ne pouvait complètement ranger le Covid dans le tiroir des mauvais souvenirs : avec encore plus de 400 cas par jour déclarés cette semaine, rapportés à la population, cela fait… trois fois plus qu’en Chine !

De Xi Jinping à Emmanuel Macron : on a sans doute pas complètement fini d’entendre parler de « guerre contre le virus »… ni de bataille des récits, voire de guerre de l’information !

Intervenants
  • Journaliste et productrice de l'émission "Affaires étrangères" sur France Culture
  • Historien des relations internationales, directeur de l’Institut français des relations internationales (IFRI).
  • Président et co-fondateur de la société de conseil Vae Solis Communications
L'équipe
Production
Réalisation
Avec la collaboration de
Chronique

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......