LE DIRECT

Fiscalité et désindustrialisation dans la campagne présidentielle

58 min
À retrouver dans l'émission

A venir, dimanche 18 mars 2012 :

L'Esprit public en direct et en public du Studio 105 de la Maison de Radio France.

Entrée libre - accès Porte B, rue de Boulainvilliers, à partir de 10h30.

Réservation souhaitée à auditeurfranceculture@radiofrance.com

La question fiscale dans la campagne présidentielle :

Lundi soir, à TF1, François Hollande a créé la surprise en proposant de créer une tranche supplémentaire de l’impôt sur le revenu fixée à 75% pour les revenus supérieurs à un million d’euros par an. Interrogé le soir même, Jérôme Cahuzac, chargé des questions budgétaires dans l’équipe de campagne du candidat socialiste, a déclaré découvrir cette proposition. « Il est normal que je prenne un certain nombre d’initiatives, je suis le candidat », commentait le lendemain M. Hollande qui devait préciser vendredi : « Il y a une situation nouvelle avec les rémunérations indécentes qui justifient des signaux qui doivent être donnés (…). ».

Jeudi, Nicolas Sarkozy, évoquant le risque d’une évasion fiscale des ménages fortunés, déclarait : « M. Hollande veut moins de riches en France moi, je veux moins de pauvres ». Incluant dans son calcul l’augmentation de la CSG prévue par le candidat socialiste, il ajoutait : « Y’a-t-il un seul pays au monde, un seul, où il y a une taxation à 83% ? ». Le ministre des affaires étrangères Alain Juppé a parlé de « fuite en avant fiscale », la ministre du budget Valérie Pécresse d’« inflation fiscale », le ministre des finances François Baroin dénoncé une « course à l’échalotte ». Christian Jacob, le président du groupe UMP à l’Assemblée, a jugé que la « marxisation du Parti Socialiste (était) en marche ». François Bayrou commentait pour sa part : « Je crois que c’est Audiard qui avait cette phrase un peu rude : Le déconomètre fonctionne à plein tubes ». Jean-Luc Mélenchon s’est quant à lui félicité mercredi de cette annonce, y voyant « une conséquence du progrès du Front de gauche dans l'opinion ».

La mesure annoncée par M. Hollande ne figure pas dans le projet du Parti Socialiste présenté fin janvier. D’après Michel Sapin, responsable du programme, elle concernerait « entre 7.000 foyers et 20.000 personnes », et rapporterait à l’Etat « 200 à 250 millions d’euros ». La « réforme fiscale » figurant dans le projet de M. Hollande prévoit la « fusion à terme de l’impôt sur le revenu et de la CSG » la création d’une « tranche supplémentaire de 45% pour les revenus supérieurs à 150.000 euros par an » le plafonnement des niches fiscales à « 10.000 euros de diminution d’impôts par an » (contre 18.000 euros aujourd’hui) l’abaissement du plafond du quotient familial pour les ménages les plus aisés et un relèvement du taux d’imposition sur la fortune pour les plus gros patrimoines. Le 7 février, Jérôme Cahuzac avait émis des réserves sur la possibilité de conduire à bien la fusion de l’impôt sur le revenu et de la CSG, déclarant qu’elle ne serait réalisée d’ici 2017 que « si les conditions le permett(aient) ». S’agissant du prélèvement à la source pour l’impôt sur le revenu, il a précisé que la mesure était « techniquement très compliqué(e) » à mettre en œuvre, et qu’il n’en était pas « fait mention » dans le programme de M. Hollande.

La désindustrialisation :

Jeudi, Nicolas Sarkozy a annoncé sur France Inter le sauvetage de l’usine sidérurgique de Florange, en Moselle. Il a déclaré qu’ « à la demande de l’Etat français, ArcelorMittal (allait) investir maintenant 17 millions d’euros à Florange (afin que) le deuxième haut-fourneau (puisse repartir) au deuxième semestre ». Cette décision devrait permettre à l’entreprise de conserver l’ensemble de ses salariés, soit 2.667 personnes. Toutefois, la direction d’ArcelorMittal a précisé que « le redémarrage du site de Florange dépendra(it) d’une reprise économique cette année ».

Cette annonce intervient peu de temps après le sauvetage par Bernard Arnault de Lejaby, la reprise par EDF de Photowatt à Bourgoin-Jallieu, le sursis de six mois négocié par MM. Sarkozy et Fabius pour Petroplus à Petit-Couronne, les négociations autour de Goodyear à Amiens, ainsi que les manifestations touchant Unilever et Fralib à Géménos.

Une TVA sociale, dite « anti délocalisation », a été adoptée par le Parlement le 29 février. Elle prévoit la suppression des cotisations patronales affectées à la protection sociale, pour un coût de 13,6 milliards d’euros. Cette diminution du coût du travail sera compensée par une hausse de 1,6 point de la taxe sur la valeur ajoutée ainsi que par une augmentation de deux points de la CSG sur les revenus du capital. Jeudi, à l’initiative de la députée UMP Françoise Guégot, une loi visant à empêcher les détournements d’actifs, dite « loi Petroplus », a été votée à la quasi-unanimité selon son auteur, « ce texte doit permettre (en cas de fermeture d’usine) de bloquer les stocks de la société qui, sinon, risqueraient de repartir à la société-mère. »

A Florange, le 24 février, François Hollande a proposé qu’une loi stipule que « lorsqu’un groupe industriel envisage de fermer un de ses sites, il ait l’obligation (…) de le céder (à un repreneur) si une des offres est validée par le tribunal de commerce et par les institutions représentatives du personnel. » Le candidat socialiste s’est également engagé à proposer des allègements fiscaux pour les entreprises investissant en France. Jean-Luc Mélenchon souhaite instaurer un « droit de préemption » sur l’entreprise par ses salariés en cas de fermeture. François Bayrou, aimerait faire de l’étiquetage « Produit en France » une « vraie mobilisation nationale ». Selon son programme, Eva Joly souhaite s’appuyer sur l’économie verte pour la relance de l’industrie française.

En France, six millions d’ouvriers représentent 23% des actifs, soit le plus important groupe d’actifs. La part d’ouvriers dans la population active française atteignait 40% dans les années 1950. Entre 2009 et 2012, selon l’Observatoire pour l’Industrie cité par Les Echos en décembre dernier, 879 usines ont fermé en France quand 494 étaient créées, pour un solde négatif de 385 unités de production. En dix ans, le secteur secondaire a perdu 750.000 emplois, principalement dans l’industrie automobile.

Invités :

Sylvie KAUFFMANN, directrice éditoriale au Monde

Jean-Louis BOURLANGES, professeur à l’Institut d’Etudes Politiques de Paris

Max GALLO, romancier et historien

Eric LE BOUCHER, directeur de la rédaction d’Enjeux-Les Echos, éditorialiste du site Slate.fr

Références :

  • Article : Steven Erlanger, « French-German Border Shapes More Than Territory », nytimes.com, 3 mars 2012.

  • De mémoires d’ouvriers , un film de Gilles Perret, actuellement en salles.

Brèves :

  • Articles : Adrien Jaulmes, « Comment Edith Bouvier a survécu à l’enfer de Homs », lefigaro.fr, 2 mars 2012 ; Tyler Hicks, « A War Reporter’s Last Days », nytimes.com, 3 mars 2012

  • Jean Tulard, Dictionnaire amoureux de Napoléon (Plon, 2012)

  • Jean Tulard, La Berline de Napoléon, Le mystère du butin volé à Waterloo (Albin Michel, 2012)

  • Camille Landais, Thomas Piketty, Emanuelle Saez, Pour une révolution fiscale (Seuil, 2011)

  • Thierry Pech, Le temps des riches (Seuil, 2011)

  • Patrick Artus, Marie-Paule Virard, La France sans ses usines (Fayard, 2011)

  • Dominique Wolton, Indiscipliné, 35 ans de recherches (Odile Jacob, 2012)

  • Michel Rocard, Mes points sur les i, Propos sur la présidentielle et la crise (Odile Jacob, 2012)

  • Michel-Antoine Burnier, Quel le meilleur perde, éloge de la défaite en politique (Plon, 2012)

L'équipe
Production
Réalisation
Avec la collaboration de

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......