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Georges Valance, auteur de "VGE, une vie" : le bilan politique du septennat de Valéry Giscard d'Estaing

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Le bilan politique du septennat de Valéry Giscard d'Estaing

Georges Valance, vous êtes journaliste et écrivain. Vous avez été directeur délégué de la rédaction de L'Express. Votre dernier essai, remarqué, « Petite histoire de la Germanophobie », publié en 2013 chez Flammarion, et celui que aviez publié en 1990, chez le même éditeur, « France – Allemagne, le retour de Bismarck », ont fait de vous un spécialiste reconnu des relations franco-allemandes. Vous écrivez aussi des biographies : « Haussmann le Grand » en 2000 et « Thiers » en 2007, et en 2011, « VGE, une vie », toujours chez Flammarion, et c’est en tant qu’auteur de ce livre que j’ai aujourd’hui le plaisir de vous inviter.

« Pourquoi VGE ? », écrivez-vous. Parce que quarante ans après l’élection de Valéry Giscard d’Estaing à la Présidence de la République, « son bilan politique reste curieusement en suspens. » « Pourtant son action restera dans l’histoire politique » et notamment parce que son septennat correspond à une période de transition. Les années 1970 « commencent dans l’euphorie de la croissance, de la voiture-reine, de la génération des baby-boomers, de la libération des mœurs. Elles se poursuivent avec le décrochement du dollar de l’or, qui est pour une large part responsable des deux chocs pétroliers, et aboutissent à une crise économique et à un chômage endémique dont nous ne sommes toujours pas sortis. » Le pays comptait 430 000 chômeurs en 1974, ils sont un million et demi en 1981. « Giscard fut l’un des premiers à comprendre que les Trente Glorieuses touchaient à leur fin et à organiser la transition vers ce qu’il appelait la « croissance douce ». VGE est un modernisateur. « Ce qui me passionnait, déclare-t-il, c’était la modernisation, c’est-à-dire la préparation de l’avenir. » Il parie sur l’essor des télécommunications et soutient l’équipement téléphonique : sous son septennat, le nombre de lignes passe de 8 à 20 millions. Il lance le pays dans la voie de l’énergie nucléaire. C’est aussi lui qui a décidé la création de la fusée Ariane. Il se soucie aussi de ce qu’on appelle aujourd’hui « la qualité de vie ». Il entame une politique environnementale, il institue le Conservatoire du littoral, il met un terme au saccage des villes par la percée de grandes voies réservées à l’automobile. Il fonde l’Institut du monde arabe, la Cité des sciences et de l’Industrie de la Villette, et le musée d’Orsay, qui seront inaugurés par François Mitterrand.

En politique extérieure, il est un des premiers à comprendre la mondialisation. Il donne naissance au G7 et relance la construction européenne. Il obtient l’élection du Parlement européen au suffrage universel, met en place avec l’Allemagne le Système Monétaire Européen, il crée le Conseil européen.

En France, il mène des réformes qui étendent les libertés individuelles et démocratiques. Il révise la Constitution pour donner aux parlementaires le droit de saisir le Conseil constitutionnel, il institue la Commission nationale de l’information et des libertés, il permet aux citoyens l’accès aux informations administratives les concernant. C’est lui qui rend aux parisiens le droit d’élire leur maire. « Il a imposé des réformes au plan des mœurs, au risque de s’aliéner une partie de son électorat » : la reconnaissance de la majorité à 18 ans, l’amélioration de la condition féminine, le libre accès à la contraception et la légalisation de l’interruption volontaire de grossesse. Il s’attaque aux discriminations sexistes. Il ouvre la possibilité du divorce par consentement mutuel il dépénalise l’adultère. Il institue le collège unique. Il met en œuvre la retraite à 60 ans pour les travailleurs manuels effectuant des métiers pénibles. « Pourtant, constatez-vous, il n’est jamais parvenu à se faire aimer des Français. » En mai 1981, à 55 ans, il perd l’élection face à François Mitterrand. L’impopularité de la politique de rigueur de son Premier ministre Raymond Barre explique en partie sa défaite.

Vous écrivez en introduction de votre livre : « Encadré, coincé entre deux destins écrasants, entre la geste gaullienne prolongée en Pompidou, et l’alternance réalisée par Mitterrand, Giscard n’a pas la place qu’il mérite dans l’histoire contemporaine de notre pays. » Son bilan restera aussi terni par l’erreur historique qu’a constituée son refus d’abolir la peine de mort.

Georges Valance, qu’est-ce que la société française doit aujourd’hui à Valéry Giscard d’Estaing, et qu’est-ce qu’elle ne lui doit pas, c’est-à-dire quelles erreurs a-t-ils commises pour que son bilan soit si méconnu ?

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