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La crise budgétaire américaine - L'immigration en Europe après le drame de Lampedusa

59 min
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La crise budgétaire européenne

Depuis le 30 septembre, 800 000 des 4 millions de fonctionnaires étatsuniens sont au chômage en raison de l’incapacité du Sénat et de la chambre des représentants à s’accorder sur le budget avant le début de l’année fiscale, le 1er octobre aux Etats-Unis. Les administrations et les services fédéraux « non indispensables » sont fermés. Le pays n’avait pas connu pareille situation depuis 1995. La discussion budgétaire bloque cette année sur la question du plan Obamacare d’assurance médicale. Cette réforme de santé a été votée en 2010 et validée par la Cour suprême. A partir de 2014 elle obligera tous les Américains à souscrire à une assurance-maladie. La majorité républicaine de la Chambre des représentants s’y oppose et elle a modifié le budget pour retarder ou diminuer le financement de l’Obamacare. Le Sénat à majorité démocrate a rejeté ces modifications. L’absence d’accord avant le début de l’année fiscale a provoqué la fermeture, le « shutdown ».

Alors que les discussions se poursuivent, la dette américaine devrait atteindre son plafond autorisé de 16 700 milliards de dollars le 17 octobre. Aux Etats-Unis, ce plafond est fixé par la loi et doit être relevé pour que le Trésor puisse continuer à emprunter. A quatre jours de cette échéance, les négociations n’ont pas abouti et le pays risque le défaut de paiement. Les Républicains exigent une réduction des dépenses sociales, mais le Président pose le relèvement du plafond de la dette comme préalable à toute discussion et refuse de créer un précédent. « L'extorsion ne peut pas devenir une routine dans notre démocratie », a-t-il déclaré mardi. Les vingt responsables républicains qu’il a reçus jeudi ont proposé de relever temporairement la dette pour éviter le défaut de paiement, mais « aucune décision définitive n’a été prise » selon John Bohner, président républicain de la Chambre des représentants. Hier samedi, les négociations ont finalement échoué à la chambre des représentants et reprendront demain au Sénat. Les républicains sont divisés. Les membres du Tea Party, la frange ultra conservatrice du parti républicain, restent intransigeants, tandis que certains de leurs collègues semblent prêts à un compromis, tel Peter King, élu républicain de New York, qui a appelé les députés républicains à mettre fin à leur « terrorisme ».

Le« shutdown » pourrait avoir de graves conséquences sur l’économie américaine. Des analystes de la banque Goldman Sachs estiment qu’une semaine de fermeture coûte 8 milliards de dollars, et que la croissance au quatrième trimestre 2013 pourrait être pénalisée de 0.9 point. Hier, tous les banquiers réunis à l'assemblée annuelle du FMI ont exprimé leur crainte d'un "chaos budgétaire" dangereux pour l'économie mondiale. Selon un sondage publié mardi par le Washington Post, 70 % des Américains désapprouvent l’action des républicains dans les négociations budgétaires. La cote du président s’est quant à elle relevée de 4 points en 7 jours, à 45%. Mais à la question « les républicains doivent-ils négocier sans changement sur la réforme du système de santé ? », 75% des sympathisants du parti répondent non.

L'immigration en Europe après le drame de Lampedusa

Le jeudi 3 octobre dernier, plus de 300 migrants clandestins sont morts noyés dans le naufrage de leur embarcation au large de l’île italienne de Lampedusa. Plus de 500 passagers avaient embarqué à bord de ce bateau de pêche parti du port libyen de Misrata. Ils étaient majoritairement Erythréens, Somaliens et Syriens, comme la majorité des 22 000 clandestins arrivés sur les côtes italiennes depuis début 2013. Depuis la chute de Kadhafi, les migrants de la Corne de l’Afrique et du Moyen-Orient transitent par la Libye dans leur route vers l’Europe. Ils traversent le Sahara pour rejoindre les ports libyens et de là, Malte ou Lampedusa. Cette île est le point le plus au sud du territoire italien et se trouve seulement à 170 kilomètres de la Tunisie et 350 kilomètres de la Libye. Le Pape François s’y était rendu le 8 juillet dernier « pour réveiller nos consciences. » Vendredi 4 octobre, depuis Assise, il a dénoncé une nouvelle fois « l'indifférence à l'égard de ceux qui fuient l'esclavage et la faim pour trouver la liberté et qui trouvent la mort ». On estime à 20 000 le nombre des morts noyés en Méditerranée ces vingt dernières années. Dans la nuit de vendredi à samedi, une trentaine de migrants ont péri dans un naufrage survenu au large de Malte.

Mardi 8 octobre, en réaction au drame de Lampedusa, les ministres de l'intérieur des 28 se sont réunis à Luxembourg. Ils se sont entendus pour « élargir la coopération avec les pays voisins, les pays d’origine et de transit des migrants », pour « renforcer la gestion des frontières extérieures de l’UE, en utilisant en premier lieu les possibilités de l’agence européenne de surveillance Frontex » et pour « lutter contre les groupes organisés, en particulier ceux qui font le commerce d’êtres humains ». Les ministres ont aussi discuté de l’aide à apporter aux deux millions de réfugiés syriens. Le flux des migrations vers l’Europe se fait plus important avec les troubles politiques du monde arabe. Selon les derniers chiffres publiés par Eurostat, le nombre de demandeurs d'asile s'est accru de 50 % en Europe au cours du deuxième trimestre 2013 par rapport à l’an passé.

Les ministres n’ont pas évoqué leurs divergences au sujet des dispositions dites "Dublin 2" qui imposent aux pays d'arrivée de traiter les demandes d'asile et d'assurer l'hébergement des demandeurs. Les pays méditerranéens, qui sont les plus exposés à l’arrivée des migrants, réclament la révision de ces dispositions mais 24 pays sur 28 y sont hostiles. "Dublin II n'a pas a être modifié", a affirmé le ministre allemand, Hans-Peter Friedrich. "L'Allemagne est le pays qui traite le plus grand nombre de demandes d'asile en Europe", a-t-il insisté. A la demande de la France, la question de l'immigration s'imposera à l'agenda du prochain Conseil des chefs d'Etat et de gouvernement, les 24 et 25 octobre.

Invités

Sylvie KAUFFMANN, directrice éditoriale au Monde

Jean-Louis BOURLANGES, professeur à l'Institut d'Etudes Politiques de Paris

Max GALLO, romancier et historien

Thierry PECH, directeur de la rédaction d'Alternatives Economiques

Brèves

  • La Tragédie d’Hamlet , de William Shakespeare, texte français d’Yves Bonnefoy, à la Comédie Française du 7 octobre 2013 au 12 janvier 2014. Mise en scène de Dan Jemmett

  • Revue Esprit, Octobre 2013, n° 398

  • Virginie DESPENTES, BLAN, GALOU, Guide de survie en milieu sexiste (Editions Blandine Lacour, Octobre 2013)

  • Jean CLAIR, Les derniers jours (Editions Gallimard, octobre 2013)

  • Thérèse DELPECH, La dissuasion nucléaire au XXIe siècle (Editions Odile Jacob, septembre 2013)

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