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La déclaration de politique générale de Manuel Valls - la Hongrie

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La déclaration de politique générale de Manuel Valls

Dans une déclaration de politique générale devant l’Assemblée nationale, qui a duré deux fois moins que celle de son prédécesseur, le nouveau Premier ministre Manuel Valls a fait le constat d’un pays moralement à bout de souffle, qu’il appelle à « se concentrer sur l’essentiel ». En appelant à « produire plus pour renouer avec la croissance et « pour faire reculer le chômage de masse », il confirme le choix du précédent gouvernement de soutenir les entreprises par une politique de l’offre. Pour diminuer le coût du travail, il annonce 30 milliards d’euros d’allègement des cotisations patronales d’ici à 2016. Pour relancer la production, le taux de l’impôt sur les sociétés passera à 28% en 2020, avec une première étape dès 2017.

Le Premier ministre s’engage également à réduire la dette. L’objectif de 50 milliards d’euros d’économies en trois ans est maintenu, mais Manuel Valls n’en détaille que 39 milliards. Il met en cause le niveau trop élevé de l’euro et la politique monétaire de la Banque Centrale Européenne, trop peu expansionniste. Mais il souligne ensuite son attachement à l’Union européenne et « à la solidité du couple Franco-allemand. » Il rappelle la nécessité des réformes de structures et annonce la réduction du millefeuille territorial. La clause de compétence générale, qui occasionne des doublons administratifs, sera supprimée. Le gouvernement réduira de moitié le nombre de régions. Les 22 entités métropolitaines ont jusqu’aux élections locales de 2015 pour s’accorder sur les fusions à accomplir. Elles y seront financièrement incitées. Pour celles qui ne l’auront pas fait, c’est une loi qui fixera une nouvelle carte régionale, effective en janvier 2017. Une nouvelle carte intercommunale est prévue pour 2018. La suppression des conseils départementaux sera étudiée. Mais le Premier ministre assure le maintien de la présence de l’Etat dans les préfectures et les sous-préfectures.

Manuel Valls a consacré une partie de son discours à donner des gages à la gauche. Il a confirmé le choix de l’économie verte comme vecteur de croissance, réaffirmé l’engagement de campagne de François Hollande de réduire la part de l’énergie nucléaire d’ici à 2025. La loi sur la transition énergétique sera soumise au Conseil des ministres avant l’été. Le Premier ministre garantit un effort de justice sociale, qu’il traduit par deux priorités : l’école et logement. S’il entend poursuivre « la refondation de l’école » ce sera en assouplissant le cadre réglementaire de la réforme des rythmes scolaires. Une simplification administrative devrait encourager la construction. Le Premier ministre a annoncé plusieurs réformes marquées à gauche, réforme pénale, projet de loi sur l’immigration et l’asile, projet de loi sur l’euthanasie, projet de loi sur la famille. Mais sur ce dernier point, il souligne qu’il « souhaite l’apaisement, et [que] c’est la volonté du Président de la République. »

La Hongrie

Les électeurs hongrois ont renouvelé leur Parlement dimanche dernier. Le Fidesz, le parti du Premier ministre sortant, Viktor Orbán, allié au Parti populaire démocrate chrétien, a emporté l’élection avec 44% des voix. La majorité occupera 133 sièges sur 199. Avec 26% des voix, l’alliance Unité, qui réunit le centre-gauche, aura 38 sièges. Arrivé troisième avec 20% des suffrages, le parti d’extrême droite Jobbik occupera 23 sièges. Le parti de Viktor Orbán a mené une campagne très antieuropéenne. La Hongrie bénéficie pourtant largement de la politique de cohésion européenne. En 2011 par exemple, elle a contribué à hauteur de 836 millions d'euros au budget de 2011 de l'Union, tout en recevant 5,3 milliards d'aides. Elle était donc bénéficiaire net, à hauteur de 4,5 milliards d'euros. Entre 2007 et 2013, les 10 millions de Hongrois ont reçu 25,7 milliards d'euros de fonds européens, quand la Roumanie, deux fois plus peuplée, s'est vue attribuer 32,2 milliards. Et les 7 millions de Bulgares ont dû se contenter, pendant la même période, de 6,7 milliards d'euros.

Avant les élections, le gouvernement Orban avait pris des mesures populaires, notamment des réductions d’impôts et la baisse des prix de l’énergie. Il avait aussi modifié le système électoral en instaurant une super-prime pour le parti arrivé en tête du scrutin. Ces réformes ont aidé le Fidesz à gagner la majorité qualifiée de deux tiers au Parlement, ce qui lui permet de modifier la Constitution.

Viktor Orbán a fait campagne sur des thèmes populistes et nationalistes. Défenseur autoproclamé des valeurs chrétiennes, il a renforcé le contrôle du chef du gouvernement sur les institutions, les banques, la justice et les médias. En 2011 et sous pression de Bruxelles, son gouvernement avait dû modifier plusieurs articles d’une loi sur les médias que les Européens jugeaient liberticide et contraire au droit européen. Antonela Capelle-Pogacean, chercheur à Sciences-Po, confirme le durcissement du pouvoir d’Orbán : « Pendant la mandature, on a assisté à une frénésie législative - avec plus de 850 lois adoptées - qui lui a permis de centraliser les structures étatiques, de renforcer le rôle du gouvernement et de redéfinir la balance des pouvoirs ».

En matière économique et commerciale, Viktor Orbán gouverne contre l’Europe. La hausse de la TVA de 24 à 27 % touchera d’abord les secteurs économiques où règnent les entreprises étrangères, comme la distribution et les banques. Son gouvernement instaure également des monopoles d’Etat qui poussent les groupes européens à quitter le pays. Bruxelles et l’OCDE se sont inquiétées des mesures restrictives « qui semblent aller contre l'esprit du marché commun ». Dans un rapport paru fin janvier, l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) préconise de « réduire progressivement les impôts spéciaux introduits ces dernières années et de s'appuyer plutôt sur des instruments plus favorables à la croissance ».

Invités

Max GALLO, romancier et historien

Jean-Louis BOURLANGES, professeur à l'Institut d'Etudes Politiques de Paris

Eric LE BOUCHER, éditorialiste aux Echos et co-fondateur de Slate.fr

Thierry PECH, directeur général de la Fondation Terra Nova

Brèves

Bibliothèque nationale de France (site Richelieu), Dessins français du XVIIe siècle : collections du département des estampes et de la photographie

Dominique BAUDIS, Raimond « le Cathare » (Michel Lafon, janvier 1996)

Jean-Paul BLED, L’agonie d’une monarchie. Autriche-Hongrie, 1914-1920 (Editions Tallandier, mars 2014)

Philippe AGHION, Gilbert CETTE, Elie COHEN, Changer de modèle (Odile Jacob, avril 2014)

Emmanuel DAVIDENKOFF, Le tsunami numérique (Stock, mars 2014)

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