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Usine Volkswagen à Wolfsburg

La société hyper-industrielle

59 min
À retrouver dans l'émission

Avec Pierre Veltz, ingénieur du Corps des Ponts, sociologue, urbaniste et président de l’établissement public Paris-Saclay de 2010 à 2015

Usine Volkswagen à Wolfsburg
Usine Volkswagen à Wolfsburg Crédits : Ronny Hartmann - AFP

LA SOCIÉTÉ HYPER-INDUSTRIELLE

Pierre Veltz, vous êtes diplômé de l’école Polytechnique et ingénieur du Corps des Ponts. Président de l’établissement public Paris-Saclay de 2010 à 2015, vous êtes également sociologue et urbaniste. Avec vous, nous allons nous intéresser au concept de société hyper-industrielle que vous développez dans votre dernier livre « La société hyper-industrielle / Le nouveau capitalisme productif » publié aux éditions du Seuil.

Vos réfutez l’idée d’une « désindustrialisation du monde » : vous mettez en évidence dans l’introduction de votre livre que la part de la population mondiale impliquée dans les activités industrielles se chiffre à 5% et reste stable depuis deux siècles. Toutefois, cette activité industrielle s’est concentrée dans des espaces géographiques précis, notamment en Chine.

Vous nuancez la distinction entre industrie et services au regard des mutations économiques contemporaines. Selon vous « il devient difficile de catégoriser des entreprises comme Apple, Amazon ou Google où la convergence (entre ces deux activités) est très profonde. Elle s’exprime à la fois par l’industrialisation des services, leur place croissante dans la compétitivité manufacturière et par la généralisation d’une orientation « servicielle » de l’industrie ».

Cette convergence est pour vous la conséquence de la numérisation de l’économie. Elle aboutit à ce que vous qualifiez « d’économie hyper-industrielle », soit un système ou la rapidité des connections amène la mise en commun des savoirs et accorde une place toujours plus importante à la confiance entre les différents acteurs (que vous opposez au mécanisme d’une économie purement transactionnelle). Vous mettez enfin en évidence le développement d’une économie dite « de communauté » qui bouleverse les hiérarchies traditionnelles en vigueur dans les grandes organisations et le développement des situations de concurrence monopolistique particulièrement visible dans les GAFA (les géants du web).(Google, Apple, Facebook, Amazon)

Ce phénomène est concomitant de la construction d’un « monde en archipel » qui voit se former des réseaux de métropoles unies par la circulations immédiate et fluide des technologies, des informations et des individus. Ce phénomène où « Londres est davantage connectée avec Shanghai qu’avec Bristol » aboutit à une marginalisation des espaces périphériques par rapport à ces pôles, à la fin des solidarités territoriales traditionnelles et du processus de « déversement » entre ces métropoles et leurs périphéries.

La dernière partie de votre livre est consacrée à la France et à l’Europe sur lesquelles vous portez un regard optimiste. Selon vous, la « passion française pour l’égalité » nous a préservé « de l’acceptation béate de la compétition généralisée » et a permis le maintien des liens entre métropoles et territoires. Vous décrivez une France favorisée par sa « configuration territoriale exceptionnelle qui l’articule superbement avec les pays voisins ». Vous aviez déjà évoqué dans un livre précédent cette position exceptionnelle de notre pays que vous décriviez comme une métropole dont le TGV est le RER. Cette « métropole distribuée » est constituée de territoires de plaisir ou de relégation, de résidence ou de production, de front office (de guichet, soit l'ensemble des services commerciaux) ou de back-office (ou d’arrière-guichet soit l'ensemble des activités de supports, de contrôle, d'administration), le tout dans un ensemble européen « seul à même de faire pièce aux économies régionales américaines et asiatiques ». Pour vous, cette configuration urbaine, avec ses lourdeurs (une gouvernance d'un autre âge) et ses difficultés (permanence voire amplification des clivages), est unique au monde.

Pierre Veltz, d’après-vous, comment expliquer la persistance d’un discours politique axé sur la peur de la désindustrialisation de la France ? Quelle place peuvent trouver les populations les moins qualifiées dans cette société hyper-industrielle ? Quel est le rôle des Etats centraux face au développement de ce « monde en archipel » ? Comment assurer la soutenabilité écologique du développement de l’économie hyper-industrielle ?

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