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Recep Tayip Erdogan à Ankara le 10 août 2011

La Turquie

59 min
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Avec Ahmet Insel, professeur émérite à l’Université Galatasaray d’Istanbul, et vice-président de l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne de 1994 à 1999

Recep Tayip Erdogan à Ankara le 10 août 2011
Recep Tayip Erdogan à Ankara le 10 août 2011 Crédits : Adem Altan - AFP

LA TURQUIE

Ahmet Insel vous êtes économiste et politologue. Professeur émérite à l’Université Galatasaray d’Istanbul, vous avez occupé le poste de vice-président de l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne de 1994 à 1999. Vous êtes également éditeur et journaliste au quotidien turc Cumhuriyet. Vous avez publié en 2015 aux Éditions La Découverte « La nouvelle Turquie d’Erdogan », ouvrage réédité revu et augmenté en 2017. Avec vous, nous allons nous intéresser à la situation de la Turquie alors que ce pays traverse une période de bouleversements politiques de grande ampleur.

Dans la nuit du 15 au 16 juillet 2016, un groupe de militaires prétendant agir au nom de l’état-major de l’armée turque a attaqué le palais présidentiel et le parlement. Les putschistes ont annoncé une opération « visant à rétablir la démocratie » et déclaré l’instauration de la loi martiale en Turquie. La situation est resté incertaine jusqu’à l’appel du président Erdogan à la mobilisation populaire. Les affrontements entre putschistes et loyalistes se sont soldés par des centaines de morts et l’échec de la tentative de coup d’Etat.

Cet événement inaugure une période de répression dirigée particulièrement contre les soutiens réels ou supposés de la communauté religieuse Gülen (accusée d’être à l’initiative du putsch) et les représentants de la communauté kurde. Vous faites état dans votre livre de 93.000 fonctionnaires suspendus et de l’interdiction de 101 médias accusés « d’intelligence avec l’ennemi ». Le pouvoir prononce la dissolution de centaines d’associations et ordonne l’arrestation de maires et députés kurdes dans le cadre de l’état d’urgence. Vous affirmez que la Turquie est aujourd’hui « la plus grande prison au monde pour les journalistes » alors que s’installe un régime d’ «Etat d’exception permanent ».

C’est dans ce contexte de crise que le Président Erdogan prend l’initiative d’un référendum visant à réformer la constitution. La victoire du oui en avril 2017 avec 51,41% des suffrages consacre l’instauration d’un régime présidentielle en Turquie. La nouvelle loi fondamentale confère au Président de la République le pouvoir de nommer et de destituer les magistrats, un droit de véto sur les lois votées par le parlement et le droit de rester chef de parti. Elle consacre la disparition du poste de Premier Ministre. La réforme doit entrer en vigueur en 2019 à l’occasion des prochaines élections présidentielles et législatives, désormais concomitantes. Elle permet au Président Erdogan d’envisager de se maintenir au pouvoir jusqu’en 2029.

Cette réforme est la dernière étape en date d’un processus que vous qualifiez dans votre dernier livre de « ré-islamisation de la société » après une période kémaliste caractérisée par la suprématie d’une « caste militaro-bureaucratique soutenue par les courants nationalistes défendant une laïcité militante ». Si l’arrivée de l’AKP au pouvoir constitue bien selon vous « une réelle rupture dans le paradigme dominant en Turquie depuis les années 1920 », vous décrivez une continuité dans l’autoritarisme alors que le parti islamiste « a chassé de l’Etat ses anciens occupants et a pris leur place, sans changer fondamentalement les structures du pouvoir et l’imaginaire politique hérité ». Les transformations en cours en Turquie peuvent alors s’analyser comme la revanche d’une frange populaire et pieuse d’une société turque extrêmement polarisée contre les « turcs blancs » : l’ancienne élite oligarchique et moderniste. Vous mettez également en évidence le rôle qu’a joué le ressentiment contre l’Union européenne dans cette « remontée à la surface des réflexes islamistes » alors que Bruxelles « a pratiquement fermé la porte d’entrée après l’avoir entrouverte un court moment ». Cette attitude a selon vous « alimenté le prurit antioccidental et la remontée d’un romantisme politique valorisant la recherche de l’authenticité culturelle ».

Ahmet Insel, Comment envisager l’avenir à long terme d’un régime construit autour de la personnalité charismatique de son dirigeant ? Le Président Erdogan est-il assuré de conserver la faveur populaire alors que l’économie turque entre dans une période de stagnation ? Quelle réponse à la question kurde alors que cette crise ne connaît aucun dénouement ? Quelle attitude devrait adopter l’Union européenne face à une posture toujours plus agressive du Président turc ?

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